Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3677, 16 Aot 1913, by Various

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license


Title: L'Illustration, No. 3677, 16 Aot 1913

Author: Various

Release Date: March 24, 2012 [EBook #39242]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3677, 16 AOT 1913 ***




Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque








L'Illustration, No. 3677, 16 Aot 1913

LA REVUE COMIQUE, par Henriot.


Ce numro contient: LA PETITE ILLUSTRATION, Srie-Roman n 11: LA VOIX
QUI S'EST TUE, par M. Gaston Rageot.


L'ILLUSTRATION SAMEDI 16 AOUT 1913
_Prix du Numro: Un Franc._
_71e Anne.--N 3677._

[Illustration: LE TSAR NICOLAS II. LE GNRAL JOFFRE. LA MISSION
MILITAIRE FRANAISE EN RUSSIE  la revue de Krasnoi-Selo: l'empereur,
suivi de ses cosaques, s'entretient  son arrive sur le terrain avec le
gnral franais. _Phot. C.-O. Bulla.--Voir les autres photographies et
l'article, page 128._]

La Bourse de Paris tant ferme les 15 et 16 aot, et les sances
prcdentes ayant t, comme il arrive toujours  la veille des
vacances, dpourvues d'activit, L'Illustration ne publie pas cette
semaine de _Supplment conomique et financier_.



COURRIER DE PARIS

APRS LA GUERRE

Voici la guerre finie et la paix signe.

La paix! Cela nous semble, par moments, une pousse nouvelle. C'est un
mot qui n'a pas l'air balkanique, et je dois, pour y croire, faire un
vritable effort de volont. Est-ce que l'entente des ngociateurs ue va
pas,  la dernire minute, craquer sur un point de frontire, sur un nom
de ville dispute? N'allons-nous pas apprendre demain que ces peuples,
agits de spasmes rentrs, se sont relancs les uns sur les autres? Nous
le trouverions fort naturel. Et cependant, non. Une certitude secrte,
ncessaire, nous dit tout bas que l'arrt des hostilits est dfinitif,
ou, du moins, que, si c'est du provisoire, il va durer un bon bout de
temps. Nous sentons que l'heure a sonn de la suprme lassitude,
qu'aujourd'hui Grecs, Serbes et Montngrins vainqueurs, Turcs et
Bulgares prouvs, Roumains agrandis et intacts, tous n'ont plus qu'un
dsir, celui de liquider, de rcolter, grasse ou maigre, la terrible
moisson, et de commencer  s'y reconnatre aussi bien dans l'lvation
que dans la chute. Trop de sang a coul. Mme rouge on se lasse  la
longue de la pluie. Celle-ci a donn tout ce qu'elle pouvait donner.
Elle a fait tout le bien et le mal exigs, attendus. Elle a arros,
fcond, noy, submerg, dessch et rafrachi. La terre en est
sature... et ne le boit plus. Elle le rejette, le rend  ses enfants,
comme pour leur prescrire qu'ils aient maintenant  garder le peu qui
leur en reste, car il n'y a plus une goutte  perdre.

                                      *
                                     * *

On est sans voix ds que l'on songe  la quantit,  l'tendue de deuils
et de ruines qui crient rparation, la seule dsormais efficace, celle
de la paix, succdant  celle des armes. Tout la rclame, l'impose, les
morts et les vivants, le ciel et le sol, les drapeaux fatigus et les
canons brlants, les rois pensifs et les soldats sublimes d'hbtude. Le
repos, le noble repos est la consquence fatale et souveraine des
saintes fatigues, le sommet des escalades piques. Le mort... que
veut-il ds qu'il a gagn ce triste et magnifique nom? qu'on l'enterre
et que sur sa tombe on ne fasse plus de bruit. La chair... que veut-elle
ds que troue, taille, elle a conquis ces beaux galons pourpres de la
blessure? qu'on la panse et qu'on la laisse doucement se recoudre et se
refermer. Ainsi, la guerre, par une juste et mystrieuse loi, qui montre
bien qu'elle n'est pas aveugle et sauvage, mais juste et divine,...
ainsi la guerre est-elle la premire, quand le silence qui suit la
tuerie lui dit que l'instant est venu,  se tourner du ct o elle sait
que va venir la paix, et  lui faire signe de loin d'approcher, qu'elle
est dsormais prte  s'en aller,  lui cder la place, car la guerre,
plus intelligente, encore une fois, que ne le laissent croire aux
esprits superficiels son brutal extrieur et ses faons de massacre,
n'ignore pourtant pas qu'elle n'est faite, n'existe, n'est permise et
n'a de raison d'tre invitable, que pour _son rsultat_, celui de la
paix, d'une paix meilleure, plus grande, plus longue, assise sur de plus
solides bases de richesse et de gloire.

                                      *
                                     * *

Voil prs d'un an qu'elle durait, cette guerre! Pendant des mois elle
nous a passionns. Nous en avions la curiosit quotidienne, l'mouvante
habitude. Nous en suivions avec une ardeur infatigable et souvent
malsaine les rcits d'pouvante et de beaut. Elle tait notre
feuilleton vcu, hroque et affreux. Rien ne nous en a t dissimul,
malgr les prcautions initiales. Tout s'est dcouvert, au fur et 
mesure. Nous avons su les batailles, les victoires, les dfaites, les
marches foudroyantes, les retraites dbandes, les convois et les exodes
dans la boue, dans ta neige, les prises de mosques, les bombardements;
les espoirs et les dconvenues, et les hideurs aussi, dont la
photographie et le dessin ne nous ont pas fait grce... Par les lettres
des correspondants et les sinistres images prises sur ces lieux de
tristesse et de dvastation, nous pouvons dire que nous avons tout
connu, tout vu... Et cependant, mme en ayant dvor les comptes rendus
sans sauter une ligne, mme en ayant scrut d'un oeil sec et dcid les
plus terrifiants tmoignages de l'appareil et du crayon, nous savons que
nous n'avons rien vu qui approcht de la ralit!... Et nous ne pouvons
galement, sans une espce de honte et de confusion, nous empcher de
nous rappeler que trs vite, avec l'accoutumance, nous avions pris, de
cet tat et de cet enchanement de catastrophes, un besoin monotone
d'abord, et puis une fatigue dgote. Nous commencions  tre blass.
Le poignant rcit de guerre et le clich horrifique portaient moins sur
notre esprit et nos nerfs. Encore un trimestre et nous n'y aurions pas
plus fait attention qu' une rclame-pilule de quatrime page.

A la fin nous devions nous appliquer, nous donner une grosse nvralgie
pour nous persuader qu' une distance relativement petite, en plein
cholra, on se coupait le nez et les oreilles et que la terre tait 
feu et  sang pendant qu'ici les jeunes femmes dansaient, avec une
inquitante et onduleuse grce, le _tango_ provocateur. Mais cet effort
mme  nous souvenir, succdant  la passion de nos curiosits
premires, a eu pour nous des effets d'une puissance utile. Nous avons
pris l'habitude d'entendre parler de la guerre et de l'accepter,
d'apprendre qu'en dpit de tout elle peut arriver, d'un instant 
l'autre, qu'elle est humaine, foudroyante comme un mal, contre lequel on
ne peut rien et que personne au monde n'est capable d'empcher. C'est
l'appendicite des nations. Nous l'avons vue  l'oeuvre, cette guerre,
nous en avons ressenti le formidable contrecoup. Et cela nous a fait
rflchir, au moment mme o, dans notre pays, sous la patriotique et
gnreuse impulsion du gouvernement et de la France entire, tait vote
de pied en cap la nouvelle loi militaire de contrepartie, de dfense et
de sauvegarde.

Ainsi la secousse des Balkans, qui a branl l'Europe depuis onze mois,
a fait lever chez nous des rsolutions et des hommes. Je sais bien que
beaucoup de gens trouvent que l'on parle trop de la guerre, qu'on y
pense trop, qu'il n'y en a plus que pour elle. C'est la faute et le
devoir des temps prsents. Il faut qu'elle soit notre _proccupation
nationale_ si nous voulons viter _l'occupation trangre_. Nous ne
pouvons pas, quelque amour, quelque dsir et quelque respect de la paix
que nous ayons, nous dsintresser de la guerre. Cela est partout en
menace, autour de nous, contre nous, sur nous.

Ces choses ont t dites des milliers de fois. Rptons-les en ne
craignant pas de perdre la pudeur du rabchage. Un libraire parisien
vient de faire traduire une brochure, trs rpandue, parat-il, en
Allemagne, et que j'ai reue ces jours derniers. Cela est intitul: _le
Partage de la France en l'an 19..?? Ce qu'on verra un jour._ Et il y a
une carte de la France dmembre, aprs anantissement rapide de ses
armes, et envahissement de son territoire. Je ne parlerais pas de cet
opuscule d'une sottise et d'une pauvret sans nom, si, malgr son
absence totale de valeur militaire, littraire, scientifique et
documentaire, il n'tait rvlateur de l'tat d'esprit et de convoitise
haineuse de nos voisins ennemis. Feuilletez ce petit rien. Pour ridicule
qu'elle soit, la lecture n'en est pas indiffrente, grce au cynisme de
la gourmandise qu'elle tale. Aprs que nous avons nous-mmes dclar
les premiers (bien entendu!) la guerre  l'Allemagne, nous sommes
aussitt abandonns par l'Angleterre et la Russie. crass sur toute la
ligne en trs peu de temps... envahis de tous les cts, nous ne pouvons
bientt plus continuer la lutte... et savez-vous pourquoi?... _parce
que le lieutenant d'artillerie Nuglish, descendant du parfumeur
universellement connu, a invent une bombe asphyxiante qui rend
illusoire la guerre dans les airs_. C'est donc la fin de la France. Et
elle est ainsi dpece, de la faon la plus simple, comme vous allez
voir, au congrs de Zurich. L'Italie reoit la Tunisie, l'Algrie, la
Gascogne, la Guyenne, le Dauphin, le Languedoc et la Provence.
L'Angleterre a l'Artois et la Picardie, et nos possessions de l'Inde
franaise. L'Espagne obtient le Maroc, l'Autriche Madagascar. Le reste
de la France est la part de l'Allemagne. Quant  la Russie, elle n'a
rien  prendre chez nous et on lui a donn la Perse et l'Afghanistan...

Tout cela serait risible, encore une fois, s'il n'y avait pour arrter
le rire, non point l'ide que de pareilles exceptions sont ralisables,
mais l'ide qui ressort de semblables petits faits et de bien d'autres
faciles  relever, que jamais, jamais l'Allemagne n'a eu et n'aura
l'intention de nous provoquer ni de songer  nous attaquer, qu'elle veut
la paix, la bonne paix... et qu'en mettant sur pied une arme de huit
cent mille hommes elle ne pense videmment qu' travailler pour le roi
de Prusse!

Partage de la France en 19..??

HENRI LAVEDAN.

_(Reproduction et traduction rserves.)_



AVEC LES VAINCUS

Marcher derrire une arme heureuse; suivre  pas allgres, d'un minaret
 l'autre, l'essor de la Victoire; n'avoir  dpcher jamais  son
journal que des bulletins triomphants, quel sort digne d'envie, pour un
correspondant de guerre! On participe  l'ivresse des succs; on savoure
sa part des vivats et des fanfares alternant avec les sifflements des
obus. Et les narines se dilatent, et la poitrine se bombe... il semble
qu'on ait un peu gagn la bataille  laquelle on vient d'assister du
quartier gnral.

Georges Rmond n'eut point tant d'heur, ni tant de gloire; les fidles
lecteurs de ce journal le savent, il tait avec les vaincus,' et, dans
le fond de son me, il leur demeure fidle,  sa louange. Le livre
pathtique o, reprenant et parachevant les nerveuses correspondances
qu'on a lues dans ces colonnes pendant toute la dure de la premire
guerre balkanique, il vient de fixer ses souvenirs (1), porte au seuil
cette ddicace: _Au colonel Djemal bey, gouverneur militaire de
Constantinople qui, au milieu_ _de la dfaite, conserva une me
invaincue et ne douta jamais de la, Patrie._

[Note 1: _Avec les vaincus._ La campagne de Thrace, octobre 1912 mai
1913. (Berger-Levrault, d.)]

Sa sympathie pour les Osmanlis remonte au temps o, pour
_L'Illustration_, Georges Rmond assistait, au milieu des camps
turco-arabes,  la dfense de la Tripolitaine et de la Cyrnaque.
Tmoin de l'hroque rsistance qu'avaient oppose  l'envahisseur ces
patriotes, il en avait conu pour eux une estime profonde, et, partant
pour Constantinople au dbut des hostilits, il comptait bien retrouver
aux rives du Bosphore, aux champs de la Thrace le mme enthousiasme
indfectible, le mme farouche dsir de vaincre. D'ailleurs, les chefs
qu'il avait connus et admirs dans les sables africains; n'allaient-ils
pas, librs par la paix avec l'Italie  laquelle cette agression
soudaine avait accul la Porte, accourir au secours de la Patrie,
expriments, aguerris, inestimables auxiliaires? De fait, il devait
revoir et Enver bey et Fethi bey, admirables entraneurs d'hommes,
anims toujours des mmes vertus, et quelques-uns encore de leurs
meilleurs camarades et collaborateurs. Mais, hlas! que pouvaient leur
vaillance et leur foi, en prsence du dmoralisant tat de choses cr
par l'impritie d'un gouvernement incapable, occup seulement de
misrables rivalits de partis?

Ainsi, une amre dception attendait ces braves qui avaient accompli, en
d'autres lieux, d'un coeur si exalt, leur devoir de soldats. Rmond
leur tait attach par trop de liens, prils courus en commun, joies,
espoirs partags, pour ne point s'associer  leur rancoeur. Sa constance
n'en fut point branle et si,  ces hommes qu'il apprciait hautement,
il ne mnage pas, parfois, les rudes vrits, il ne peut toutefois leur
retirer ni l'estime, ni l'attachement qu'il leur a vous en des
circonstances moins inclmentes.

De leur ct, des sentiments qu'il leur avait de longtemps tmoigns,
les Ottomans gardaient  Georges Rmond, et c'est encore  leur honneur,
une cordiale gratitude. Ils la lui manifestrent par l'accueil qu'ils
lui rservaient  son retour au milieu d'eux, par les facilits
exceptionnelles que, sitt qu'il leur fut possible, ils lui donnrent de
se rendre au front et de tout voir, par ses yeux, d'o il lui plut. On
trouve dans ce captivant livre assez peu de stratgie--point du tout,
autant dire--non plus que de considrations savantes sur l'art de la
guerre. Pourtant, personne n'a frl de plus prs que son auteur le
grand drame sanglant. Mais qu'on veuille bien se rappeler l'aventure de
Fabrice au milieu des champs de Waterloo. Il est vrai qu'il n'et tenu
qu' Rmond, plus favoris en cela que le hros de Stendhal, de
compiler, le soir venu, des documents d'tat-major. Il a coquettement
ddaign cette source de science jaillissante  sa porte. Il a prfr
se contenter de regarder, avec de bons yeux largement ouverts, ce qui
l'entourait, de noter les impressions profondes qui l'mouvaient. En
quoi son flair de journaliste et d'crivain le guidait infailliblement:
ce caractre de tmoignage direct est l'une des qualits primordiales de
son ouvrage.

Si prvenu que soit Georges Rmond en faveur des Turcs, un doute entame
sa confiance ds le premier contact qu'il prend avec Constantinople.
Certes, l'arme nourrit de grands espoirs. Elle les couve, plutt, comme
la cendre fait d'une braise. Il faut tisonner pour les dcouvrir. Un
soldat que l'on questionne: O vous envoie-t-on? rpond tout franc: A
Sofia. Mais il le dit sans lan. Quant  la ville, au peuple, il est
indiffrent, apathique, impassible. Et bientt un oeil sr a discern le
point faible de cette arme prte  s'branler, de cette nation--si c'en
est une--qui va engager la lutte pour elle dcisive: Elle n'a plus la
foi.

Le train qui emporte les correspondants de guerre n'a pas dmarr depuis
vingt-quatre heures qu'on rencontre les premiers fuyards, le lamentable
convoi des chariots primitifs escorts d'une pauvre foule apeure,--et
bientt aussi les premiers vaincus: la dbcle est dj commence!
Kirk-Kiliss a t une panique; Lule-Bourgas, aprs trois jours de
combat, une droute.

Ah! les lamentables, les lugubres tableaux! et quel regard plana jamais
sur des visions plus horrifiques. Tous les maux que peut bien endurer
l'humanit qui peine sont l ligus contre elle, la faim, le froid,
l'pouvante, l'anantissant dsespoir. La nature elle-mme conspire pour
accabler les hommes. Ces abominations ont pour cadre un paysage
diluvien, harcel par la tempte, une campagne liqufie, qu'opprime
un ciel ruisselant. Enfin, voici vraiment le Roi des pouvantements: le
cholra, venu mettre le sceau  tant de dtresses. Les plus funestes
prdictions des prophtes en leurs anathmes les plus vhments sont
dpasses. Si matre qu'il soit de sa plume, si pleines, si vigoureuses,
si bellement mouvantes que soient les quarante  cinquante pages
consacres  dcrire ces choses atroces, Georges Rmond se sent presque
impuissant  exprimer tant d'effroi. Ce lettr, cet artiste, voque
Orcagna, Bossuet... les matres de l'expression. On sent qu'il pense 
Dante: Tout cela, dit-il, dpassait la parole et l'criture. Eh oui,
ce seraient des choses  vocifrer avec le verbe de flamme d'un Isae ou
d'un Ezchiel.

Ce que dut tre, au milieu de cette orgie de souffrance et de
dsespoir la vie du journaliste, on ne saurait gure l'imaginer. Tout
cela pour procurer  quelque dsoeuvr attendant un soir sur la peluche
rouge d'un caf les partenaires accoutums de la manille quotidienne,
une distraction d'un quart d'heure! Ah! si l'on n'aimait pas, d'ardente
passion, pour lui-mme et pour soi, gostement, ce mtier-l!...

L'arme turque bat en retraite,--sans tre mme trs sre d'tre
vaincue: les Bulgares ne la poursuivent pas, incertains s'ils sont
vainqueurs. La rsistance ottomane se concentre derrire les lignes de
Tchataldja, o allait venir se briser l'lan de l'ennemi. Le cholra
seul est sr de sa victore. Il a suivi l'une et l'autre des deux armes.
Il est le grand triomphateur. Seulement lorsque l'armistice est sign
entre les belligrants, il consent, lui aussi, une trve.

[Illustration: Djemal bey, gouverneur militaire de Constantinople.
_Photographie prise dans la cour du muse imprial des Antiques._]

L'attention alors se reporte vers Constantinople, o un Divan solennel
va dcider de la paix ou de la guerre. Mais la grande rsolution
prise--consentie plutt--c'est le sanglant coup de thtre _alla
Turca_, l'assassinat de Nazim, l'acte rvolutionnaire par lequel
quarante mcontents ramenaient au pouvoir les Jeunes Turcs, au milieu du
silence, de la stupeur, de l'apathie de ce peuple lthargique. Admirable
occasion d'enquter, de chercher  savoir les dessous de ce drame
d'tat. Hlas! malgr ses relations amicales avec quelques-uns de ceux
qui en ont t les tmoins, les acteurs, malgr tout son discernement,
encore qu'il ait pu runir les meilleurs tmoignages, Georges Rmond ne
parvient pas  dchiffrer l'nigme avec certitude: L'me de l'Orient
nous est ferme, a-t-il crit ds ses premiers chapitres, ses ractions
profondes nous demeurent incomprhensibles.

On inclinerait volontiers  croire que de tant d'hommes divers qu'il a
coudoys l-bas, dans les conditions pourtant, en face du danger couru
en commun, o les coeurs se livrent plus aisment et plus compltement,
il n'ait vraiment pntr  fond qu'une seule individualit, mais une
me d'lite parmi l'lite, l'Homme, peut-tre, de la Turquie actuelle:
le colonel Djemal bey,  qui, on l'a vu, il a ddi son livre,--suprme
marque de profonde estime, d'amiti, de gratitude, aussi, car il lui
doit d'un de ses plus saisissants chapitres, le rcit frmissant de
toute la premire partie de la nfaste campagne depuis les fautes des
premiers jours jusqu' l'irrmdiable catastrophe de Lule-Bourgas, o
sombrrent tous les espoirs de la Turquie. Je ne sais rien de plus
poignant dans sa concision.

Au moment o, une fois encore, le sort d'Andrinople qu'on et pu croire
si bien, voil un an, fix pour des sicles, est remis en question, je
ne voudrais retenir, de ses entretiens familiers avec le colonel qu'a
rapports de si expressive faon Georges Rmond, que ce seul
paragraphe,--sur lequel on pourra mditer  loisir.

Mon colonel, lui disait-on devant moi,  quoi bon gaspiller encore tant
d'hommes et tant d'argent? Que vous importent quelques tombeaux et
quelques mosques  Andrinople, qui continueraient d'exister sous un
statut spcial? Pourquoi ne pas reconnatre la dfaite et ne pas
rserver pour l'avenir tant de forces aujourd'hui gches en pure,
perte? Et lui de rpondre: Ecoutez bien ceci: il ne s'agit pas de
quelques tombeaux et de quelques mosques; Andrinople, c'est pour nous
aujourd'hui un cri de ralliement, le cri de ralliement de tous deux qui
ont  coeur l'honneur de la Turquie; si les Bulgares la prennent et
qu'ils prennent Constantinople, et qu'ils prennent Damas et Mossoul et
Bagdad, et que je reste  Bassorah avec quinze Turcs, je rclamerai
encore Andrinople. La paix tant que l'on voudra, mais la paix avec
Andrinople! Que nos ministres le sachent bien, car, s'ils cdent
Andrinople, je referai moi-mme la rvolution contre eux. S'ils veulent
la paix  tout prix, il leur faut tre dcids  risquer leur vie pour
elle!

Enfin, l'effroyable cauchemar cesse. Le 14 avril,  5 heures du soir, on
voit s'vanouir sur les hauteurs de Fanasakris le flocon blanc du
dernier shrapnell. Avec la mme impassibilit qu'elle avait accueilli le
commencement des hostilits, Constantinople, la ville sans me,
apprend, un matin, que la paix est proche. Que lui importe? Tandis qu'on
souffre aux avant-postes, elle danse, applaudit des comdies stupides,
non peut-tre la ville entire, mais sa partie dj conquise par
l'tranger, Pra, Galata, quartiers des mtques. Douloureux contraste,
et  quelles rflexions il nous doit inciter  quel retour sur
nous-mmes! Rmond ne peut retenir un cri d'alarme, le mme que poussait
nagure M. Stphane Lauzanne, au retour des mmes bords. Voix dans le
dsert, il faut le craindre...

Toutefois, ce tte--tte de six mois avec tant de laideurs, la
faiblesse, le dsordre, la criminelle veulerie, la dfaite hideuse,
enfin, n'a point entam cette me forte. Rmond a connu l'une aprs
l'autre toutes les infamies de la guerre, ce que Saint-Victor appelle
le revers lugubre de la gloire militaire, mais il en a dcouvert aussi
les poignantes beauts: les dernires lignes qu'crit ce clairvoyant et
ardent Franais sont, pour nous, de virils conseils de vigilance, de
sagesse, de fiert, d'nergie,--son dernier mot est un _sursum corda_
sonore comme un coup de clairon.

Et maintenant, une fois referm ce livre, aux deux tiers compos de
tableaux de deuil et de dsolants rcits, je cherche  pntrer le
secret de son charme.

Ce par quoi il captive d'abord, c'est par sa vie, son mouvement, sa
fivre. Chaque page porte la marque d'une sensibilit frmissante comme
la feuille du tremble. Las!  quelles tourmentes ne fut-elle pas
expose! Elle n'en demeure pas moins vibrante aux plus douces brises,
et, aprs avoir palpit dsesprment au vent d'pouvante mont du grand
charnier de Tchataldja, aux heures o l'on sentait sur la nuque la main
de la mort mme, elle frissonnera d'un voluptueux moi aux souffles
insensibles caressant une nuit printanire, la Corne-d'Or ensommeille.

Cette facult rare, inestimable, essentielle de l'artiste est servie ici
par une culture profonde, tendue, raffine, et aussi par de prcieux
dons d'crivain.

Artiste, celui-l l'est dans l'me qui, durant le Grand Divan, 
l'heure solennelle o se dcide le sort de la. Turquie agonisante,
savoure le liant ragot d'un Fromentin pendu au mur, son beau ton chaud
de coucher de soleil d't et sa pte ambre  la manire de Decamps;
et sa matrise s'accuse de chapitre en chapitre dans d'incisifs
portraits burins en quelques mots, ainsi celui d'Izzet pacha, large,
la tte puissante, massif comme un bloc: aussi celui de Gabriel
Noradounghian, trs tonnante tte au pif dmesur, aux yeux brillants
de vieil oiseau qui se serait coiff d'un fez, ou celui de Djemal bey
convalescent, comme en de prestigieuses descriptions, tableaux
d'horreurs sombres et violents  la manire de Salvator Rosa ou de Goya,
alertes croquis dans le genre de Raffet ou de Charlet, ou frais paysages
lavs  l'aquarelle.

Enfin, quelle indicible joie de saluer au passage un souvenir classique,
un rappel d'histoire, une citation, et de reconnatre, de page en page,
 des signes certains, langue limpide, ferme, tout imprgne de
classicisme, un honnte homme, comme on disait au dix-huitime, en
commerce intime et suivi avec ce que Huysmans appelait l'art le plus
compliqu, le plus verrouill, le plus hautain de tous: la littrature!

GUSTAVE BABIN.



[Illustration: Au camp de Krasnoi-Selo: le gnral Joffre salue les
troupes qui dfilent devant lui.]

LA MISSION MILITAIRE FRANAISE EN RUSSIE

Conformment  une convention arrte en vue de maintenir le contact
entre le haut commandement des deux armes amies et allies, le gnral
Joffre, chef d'tat-major gnral de l'arme franaise, rend  l'arme
russe la visite que nous avait faite, l'an dernier, le grand-duc
Nicolas. Un tat-major de seize personnes, dont les gnraux d'Amade, de
Lastours, Delarue, Desaleux, Hly d'Oissel et de Laguiche, l'accompagne.

L'accueil qui a t fait par l'empereur, le grand-duc Nicolas, et tous
les milieux officiels au gnralissime et  ses collaborateurs a t
plus cordial que jamais.

C'est ainsi qu' l'arrive de la mission  Krasnoi-Selo, le 3 aot, la
compagnie d'honneur de service  la gare avait t fournie par le
rgiment Probrajensky, comme pour la rception d'un chef d'tat. Le
lendemain,  Peterhof, et bien que ce ft fte familiale au palais, 
l'occasion de l'anniversaire de l'impratrice Marie, le gnral Joffre
tait prsent  l'empereur.

Le gnral Joffre est log,  Krasnoi-Selo, dans le coquet palais
Vorontzof, et vit au milieu mme de l'arme russe, en ce moment au camp
pour les manoeuvres d't. Le 5 aot, il assistait  l'mouvante
_Tsaria_, la prire du soir, et  la retraite qui l'accompagne; le 7,
avait lieu une grande revue; le 9, ont commenc les manoeuvres qui se
poursuivent actuellement.

[Illustration: La mission franaise assiste, devant la tente de la
famille impriale,  la revue de Krasnoi-Selo: en avant et  droite, le
tsar et les grands-ducs. _Photographies C.-O. Bulla._]



[Illustration: CAVALLA ET SA BAIE.--Un port de l'ancien empire turc, sur
la mer ge, conquis l'hiver dernier par les Bulgares et acquis
maintenant  la Grce. A l'horizon, dans la premire photographie, l'le
de Thasos.--_Phot. Dimitri Karastoyanov._]

DEUX VILLES DISPUTES: CAVALLA ET ANDRINOPLE

Dimanche dernier, au son des cloches et du canon, a t sign, 
Bucarest, le trait qui met fin  la seconde guerre balkanique. Il faut
souhaiter qu'en dpit de certaines rumeurs inquitantes il marque le
commencement d'une re de paix.

Un moment, on a pu redouter qu'il ne ft le prlude de difficults
nouvelles entre les puissances; l'Autriche et la Russie se proposaient,
disait-on, d'en demander  l'Europe la rvision. L'Autriche s'inquitait
de l'agrandissement territorial dont va bnficier la Serbie. La Russie
souhaitait que Cavalla revnt  la Bulgarie, qui le considrait comme
son dbouch naturel  la mer Ege, et qui, l'ayant conquis l'hiver
dernier, y tenait comme  l'une de ses plus prcieuses acquisitions. Les
armes l'en ont chasse, et il apparat peu vraisemblable que sa
puissante protectrice le lui fasse rendre. Le trait de Bucarest
attribue Cavalla aux Grecs. Dj, afin de marquer sa prise de possession
de ce joli port, accroupi au bord d'une anse, au pied d'un cirque de
collines, le roi Constantin annonce son intention d'en faire le terme du
voyage qu'il entreprend  travers la nouvelle Grce et, aprs avoir
visit Demir-Hissar, Sers, Drama et Doxato, de s'y embarquer pour
Salonique.

Le sort d'Andrinople, reprise par les Turcs sans coup frir, va donner
lieu, peut-tre,  de plus pres contestations. Si le trait de Bucarest
est reconnu valable, sinon approuv par toutes les puissances, va-t-on
rviser le trait de Londres, qui reconnaissait  la Bulgarie la
possession de la seconde capitale turque qu'elle occupait alors?

[Illustration: Un meeting d'Andrinopolitains des diffrentes races en
faveur d'Andrinople turque.--Un aroplane vole sur la ville.]

Une fois leurs soldats rinstalls  Andrinople, le premier soin des
Ottomans fut de consacrer crmonieusement cette reconqute. Il y eut,
le 29 juillet, en faveur de la domination turque, ce meeting monstre
dont nous avons parl dans notre dernier numro. Le prince hritier de
Turquie, Youssouf Izeddine, fils du sultan, et son frre Djemal Eddine
vinrent en grande solennit dans la ville reprise et accompagns du
gnralissime Izzet pacha, ministre de la Guerre, de Hurshid pacha,
commandant d'arme, et d'Enver bey, passrent en revue les troupes de la
garnison.

Cet acte symbolique va-t-il dsarmer les puissances qui ont contresign
l'acte de Londres,--non ratifi, d'ailleurs, par les signataires?

La semaine dernire, mercredi, leurs ambassadeurs communiquaient  la
Porte, chacun de son ct, une note identique rappelant dans les termes
les plus catgoriques le gouvernement imprial au respect et au maintien
du principe pos par le trait de Londres, notamment de la disposition
relative  la ligne Enos-Midia.

Le gouvernement ottoman oppose  ces reprsentations un _non possumus_
absolu. Il ne peut abandonner Andrinople et la Thrace, o il disposerait
de forces suprieures  celles qu'il y entretenait avant la guerre, sans
s'exposer  provoquer de graves vnements. Et, interview par un
rdacteur du _Daily Telegraph_, l'un des ministres lui a dclar:

Mme, si nous donnions l'ordre d'vacuer Andrinople et la rgion, cela
ne servirait  rien. Non seulement l'arme n'obirait pas, mais trs
probablement, dans son exaspration, elle franchirait la frontire
bulgare. En outre, nous ne pouvons donner un ordre semblable, car notre
conscience se rvolterait.

G. B.

1 2 3 4 5

[Illustration: LA RENTRE DES TURCS DANS ANDRINOPLE.--Le prince hritier
(1) et le prince Djemal Eddine (2), fils du sultan, le gnralissime et
ministre de la Guerre Izzet pacha (3), Hurshid pacha (4), Enver bey (5)
et les officiers de l'tat-major venant passer en revue l'arme
ottomane.--_Phot. S. Weinberg._]



[Illustration: Sur la scne du Thtre antique: Posthumia et Fabius
devant les licteurs assembls. Mme Segond-Weber et M. Paul Mounet
pendant une rptition de _Rome vaincue._]

LES APRS-MIDI D'ORANGE

A l'occasion des ftes d'Orange, _L'Illustration_ a prcdemment montr
quelques-uns des tragdiens du Thtre-Franais sous les costumes de
_Sophonisbe_; devanant singulirement l'actualit, elle les
reprsentait, non devant le fameux Mur antique, mais dans les dcors
futurs de la Comdie-Franaise o cette tragdie sera reprise. Aprs ces
anticipations, voici des documents rtrospectifs. Ce sont des
instantans pris  Orange mme, dans l'aprs-midi, au cours des
rptitions des autres oeuvres que comportait le programme, en attendant
la solennit du soir. L'objectif a surpris les interprtes des auteurs
tragiques sous des aspects comiques  leur insu; mais, de ces
photographies, les intresss seront assurment les premiers  sourire.

Fabius, les pouces aux entournures du gilet, le chapeau caboss rejet
sur la nuque, reste insensible  la gesticulation pathtique de
Posthumia gante de blanc, cependant que, derrire eux, de jeunes hommes
nu-tte ou en casquette portent sur l'paule de singuliers objets qui ne
sont pas, comme on pourrait tout d'abord le supposer, des tuis 
parapluies, mais des faisceaux de licteurs. Hermione apparat coiffe
d'un vaste chapeau cloche orn de rubans noirs et tient sous le bras sa
jaquette tailleur. Oreste se montre en veston flottant et sa dextre
leve dans un geste tragique dcouvre une manchette empese. D'autres
clichs auraient pu fixer, pour la joie de nos lecteurs, Lentulus, sous
un feutre mou et le menton sur un faux col, enlaant la belle Opimia,
mince et souple dans une robe trotteur; on et dit que ce couple lgant
se disposait  danser le tango devant ces messieurs de la figuration,
ngligemment accroupis sur les degrs de la porte. Et Vestoepor, les
mains enfonces dans les poche de son pantalon, regardait  ses pieds le
trou bant du souffleur, d'o celui-ci, estimant sans doute que quand on
prend du plein air on n'en saurait trop prendre, avait trouv bon de
sortir pour venir s'asseoir au premier plan de la scne, dos 
l'hmicycle, sur un sige de jardin...

[Illustration: Creste (M. Mounet-Sully) et Hermione (Mme Segond-Weber)
faisant un raccord pour la reprsentation
d'_Andromaque.--Photographies A. Lang fils an._]

Mais les photographies que nous reproduisons indiquent dj suffisamment
que la rgle, l'ordonnance, la discipline s'exercent sans rigueur 
Orange. L'exigut de la ville regorgeant de foule, fait qu'on s'y
coudoie partout, dans les rues, au restaurant, au caf. Et peut-tre
cette promiscuit sans-gne, ce facile laisser-aller, cette bonhomie
accommodante, cette absence complte de morgue, cette belle ignorance du
_bluff_, concourent-ils  assurer le charme d'Orange. Tout s'y passe
au grand jour, dans la plus aimable familiarit. Sans doute, en
allait-il ainsi, jadis, en Hellade. On s'inquite moins de la
prsentation que de la reprsentation. Les menus dtails d'organisation
s'improvisent  la dernire heure. Ainsi, on distribue les tickets
d'entre par des guichets peu dcoratifs; ils se montrent en toute
simplicit dans l'ombre du Mur, ce Mur formidable, la plus belle
muraille de mon royaume, aurait dit le Grand Roi; la petite baraque des
guichets, qui n'a pas d'histoire, supporte sans humeur ce voisinage
encombrant. Et la foule n'y prend pas garde, non plus qu' d'autres
ngligences de mme nature; la curiosit de la foule va Vers les
artistes. Elle les admire ingnument--respectueusement--qu'ils lui
apparaissent sous la majest de leurs vtements de tragdie ou dans le
nglig du costume moderne. Et c'est pourquoi les voisins de M. Raymond
Duncan, sur les gradins du thtre, le prenant apparemment pour un
tragdien au repos, le regardaient avec dfrence draper sur son veston
(comme le temps frachissait) le pplum grec que, dans un double
sentiment d'esthtique et de prudence, il avait apport, en guise de
pardessus.

[Illustration: Le bec de gaz, les guichets et le Mur.]



[Illustration: LA FMINISTE QUI A RUSSI.--Aux rcentes lections de la
Dite de Finlande: une lectrice dposant son bulletin de vote.]

C'est en pleine province finlandaise,  Rantalampi, qu'a t prise, le
1er aot dernier, jour des lections  la Dite du Grand-Duch, la
photographie reproduite ici: cette image, d'une sduction inattendue, o
l'une des plus charmantes Finnoises de la haute socit est reprsente,
dans le moment qu'elle accomplit ses devoirs de citoyen, tmoigne
qu'au merveilleux pays des mille lacs la grce fminine sait s'accorder
avec la gravit du geste par lequel l'lecteur dpose dans l'urne son
bulletin de vote.

En Finlande, nous crit, en nous communiquant ce clich, M. Jean
Bouchot, fort averti des choses de ce pays, les femmes sont admises
depuis 1905 au droit d'lire et d'tre ligibles. Tandis qu'en
Angleterre les suffragettes s'puisent en violences, jouent de la bombe
ou de l'incendie, ici elles ont conquis ce droit par la seule lvation
de leur caractre et par l'importance de leur rle social, qui est
considrable. Les professions les plus diverses s'ouvrent  leur
activit. Elles deviennent architectes, ingnieurs, agents d'assurances;
on les retrouve aux comptoirs des banques,  la poste, dans presque
toutes les administrations publiques. Et ce ne sont point, pour cela,
des dclasses: la femme du monde vient chercher dans le travail
quotidien une occupation  ses loisirs, peut-tre aussi une source de
revenus pour les mille fantaisies qui l'attirent.



[Illustration: LE 14 JUILLET AU TIDIKELT.--Mharistes de la compagnie
d'In Salah, aligns pour la revue, sous les murs du camp Bugeaud, devant
les indignes accourus de l'oasis et du dsert. _Phot. Dsir.--Voir
l'article, page 140._]



TANGOVILLE

Par son nom mme, bref, sonore, de tournure un peu exotique, mais se
prtant aisment  former des composs bien franais, le tango tait
prdestin  entrer dans nos moeurs. C'est l un signe certain de son
triomphe: en mme temps qu'il s'est install en matre dans tous les
salons bien dansants, il a conquis notre langue, qui lui a tout aussitt
ouvert les trsors de sa grammaire. Voulez-vous tanguer?
interrogeait-on, le plus naturellement du monde, dans les bals de
l'hiver et du printemps derniers. Des chroniqueurs, qui sont les
moralistes de notre sicle, ont dnonc les mfaits de la tangomanie,
affection maligne, contagieuse, assurent-ils, et capable de faire
tourner la tte aux plus senss. Et voil qu'un dessinateur toujours
prompt  saisir les travers de nos contemporains, Sem, dont on aura
reconnu, au premier coup d'oeil jet sur ces pages, le libre et plaisant
crayon, nous prsente, avec un album de dessins prt  paratre, un
nouveau mot, qui est encore un hommage  la danse du jour: _Tangoville._

_Tangoville_, entendez bien que ce n'est pas exclusivement cette
capitale consacre de l'lgance et du bon ton, cette rsidence d't de
la mode, qui, comme on sait, se fixe traditionnellement, au mois d'aot,
sur la cte normande. L'anne passe,  semblable poque, quelques
croquis de Sem, choisis pour _L'Illustration_ dans un prcdent recueil,
nous avaient apport l'cho de la rivalit qui, plus profonde que les
faibles eaux de la Touque, sparait les deux plages voisines, Trouville
et Deauville. Les soeurs ennemies vivent-elles maintenant en paix, l'une
et l'autre heureuse et prospre? Ou la lutte se poursuit-elle,  coups
de ftes, d'attractions et de palaces? Beaucoup, cette saison, y sont,
comme on dit, alls voir. Mais ce n'est plus l, aujourd'hui, pour le
spectateur amus de notre temps, la grande affaire. Tout a fini, non par
des chansons, mais par du tango. On danse,  Trouville ainsi qu'
Deauville, on danse n'importe o et toute la journe, dans les salons,
dans les casinos, sur les yachts, au bord de la mer, dans les bars, et
presque dans la rue. Et si le, tango est roi, sans contredit, il tolre
 ses cts, pour varier les plaisirs, d'autres chorgraphies
d'aujourd'hui et d'hier (l'impayable _turkey-trott_, la valse chaloupe,
l'effrn _two-step...)._

[Illustration: Le peintre Flameng et son modle, Mlle Forzanne.]

[Illustration: M. G. d'Annunzio et l'interprte de la _Pisanelle_, Mlle
Ida Rubinstein.]

[Illustration: Le statuaire Rodin et sa dernire oeuvre. La femme de
Boldini et son peintre.]

Mais _Tangoville_ ne se trouve pas que sur les rivages fortuns de la
Manche. Elle est, cet t,  la mer, comme aux champs, comme  la
montagne. Partout o les Parisiens se sont installs, aux quatre coins
de la France, ils ont amen avec eux le germe de cette maladie dansante
qui nous vient, dit-on, d'Argentine. Le vertige s'est empar des villes
d'eaux, il a saisi les stations balnaires. _Every body is doing it
now_, dit le refrain d'une chanson anglaise qui fait fureur en ce
moment de l'autre ct du dtroit, et de celui-ci, et qui connat la
vogue de notre _Petite Tonkinoise_ ou de notre _Mattchiche_. Il faut
traduire, un peu librement: Tout le monde aujourd'hui danse le tango.

C'est toute une suite de divertissantes variations sur ce thme que nous
donne Sem en son nouvel album, dont quelques dessins sont reproduits
ici, avant son apparition. Avec une verve espigle, une bonne humeur qui
ne trahit nulle dsobligeante malice, il a mis la tangomanie en
images. Et l'on retrouve, en feuilletant les planches, pittoresquement
colories, de ce recueil, les silhouettes familires de nos plus
notoires contemporains, pris de tango, selon la fantaisie de
l'ingnieux dessinateur, qui, s'il traite parfois un peu
irrvrencieusement ses sujets, fait toujours sourire.

[Illustration: Le Dr Henri de Rothschild, auteur du _Crsus_ jou 
Londres, et son interprte, Mlle Dorziat.]



[Illustration: Les distractions du bled: un petit air de phonographe
offert aux indignes de Ben-Slimam, venus  la ferme de Sidi-Sreier.]

UNE FERME FRANAISE AU MAROC

Les terres, au Maroc, n'avaient rapport, jusqu' maintenant, qu'aux
spculateurs qui achtent des terrains susceptibles d'acqurir plus tard
une grosse valeur, soit par leur position, soit par l'avenir du pays
environnant. De vaillants agriculteurs commencent pourtant  mettre ces
terrains en valeur. Aux environs de Casablanca, o les communications
sont faciles, le ravitaillement ais, quelques fermes montrent leurs
toits tincelants de tles neuves, leurs murs frachement crpis.

La ferme de Sidi-Sreier, appartenant  M. Yves Salvy, est, par sa
situation prs de Ben-Slimam,  la limite des territoires zaers, une des
dernires fermes europennes sur la route de Casablanca  Fez. Elle est
une des premires fermes construites en maonnerie dans le bled
marocain. En effet, une simple baraque de bois sert habituellement
d'habitation au colon, qui cultive gnralement par mtayage avec les
indignes (contrats dits khrams, o le cultivateur touche le
cinquime de la rcolte),  l'aide de charrues arabes.

La ferme de Sidi-Sreier, cultive en exploitation directe, avec de la
main-d'oeuvre europenne et indigne, possdant des machines agricoles
perfectionnes, des curies et des btiments d'exploitation, luxe
inconnu au Maroc, est en pleine prosprit, dans un pays pacifi depuis
peu de temps,  20 kilomtres duquel un sanglant combat tait livr il y
a  peine quelques mois.

Les douars environnants, assez sauvages d'abord, se sont apprivoiss,
ont rapproch leurs tentes, et heureux d'avoir trouv un coulement pour
leurs produits, sont maintenant en trs bons rapports avec les
propritaires. C'est  la ferme un dfil continuel d'indignes venant
offrir poulets, oeufs, moutons, grains; de malades venant se faire
soigner; de simples curieux dsireux de se rgaler d'un petit air de
phonographe, la machina toute nouvelle pour eux.

Non seulement la transformation conomique qui doit s'oprer au Maroc,
pour le rendre semblable  l'Algrie, se trouve ainsi commence, mais
l'oeuvre de pacification entreprise par nos soldats se trouve couronne:
peu  peu l'amiti pour les Franais remplace chez le Marocain le
respect pour les vainqueurs.

CHARLES SALVY.

[Illustration: Le dfrichage du bled marocain par la charrue  sept
mulets.]



[Illustration: Soldats du 171e d'infanterie allemande et du 15e
chasseurs  pied de Remiremont arrivant au sommet du Hohneck, les uns 
droite les autres  gauche de la borne frontire.]

UNE RENCONTRE AU SOMMET
DU HOHNECK

Des soldats franais et des soldats allemands manoeuvrant, les uns et
les autres, vers le Hohneck se sont, il y a quelques jours, rencontrs
sur les sommets que partage exactement la ligne frontire. Ce fut un
rapprochement d'uniformes imprvu, mais tout  fait courtois, et qu'une
premire dpche annona en ces termes:

Au cours d'une marche manoeuvre vers le Hohneck, le 15e bataillon de
chasseurs  pied, de Remiremont, sous les ordres du commandant Duchet,
s'est trouv en face d'un bataillon du 171e rgiment d'infanterie
allemande, en garnison  Colmar. Celui-ci a rendu les honneurs auxquels
le 15e chasseurs a rpondu. Les nombreux touristes qui taient prsents
ont t profondment impressionns.

Nos gravures de cette page ajoutent  ce communiqu les dtails amusants
et complmentaires de l'illustration. L'ascension, en manoeuvre, avait
t laborieuse, videmment, et les soldats des deux pays l'avaient
acheve, curieusement, cte  cte pour ainsi dire, partageant la mme
fatigue, qui leur faisait  ce moment-l une me sympathique et
camarade. Aussi se salua-t-on lgamment en atteignant le sommet. Bien
entendu, on n'alla point jusqu' fraterniser. Chacun demeura du ct de
sa borne frontire, laissant libre un passage neutre o, seul, un
excellent cur touriste aventura son bon sourire et sa pacifique
soutane. De part et d'autre, chacun chez soi, on fit la pause. Les
Franais, envahirent joyeusement la baraque-cantine tandis que les
Allemands, malgr les rangs rompus, conservaient presque l'alignement,
les uns et les autres s'observant gaiement, avec un sourire curieux et
bon enfant. Et, de nouveau, en partant, on se rendit galamment les
honneurs.

[Illustration: A LA FRONTIRE DES VOSGES.--Les deux dtachements au
repos de chaque ct de la ligne frontire entre les deux, un prtre
excursionniste. _Photographies E. Zeiger, Grardmer._]



CE QU'IL FAUT VOIR

PETIT GUIDE DE L'TRANGER

On n'est pas plutt sorti du Petit Palais,--o l'on tait appel par
quelque exposition nouvelle  voir, qu'une autre nouveaut vous y
rappelle. Tout dernirement, je vous y signalais les extraordinaires
Gobelins--la srie de _Saint-Cloud_--prts par le Garde-Meuble  la
Ville, et qui seront pour quelques mois encore la parure du Petit
Palais; et voici que de nouvelles richesses viennent l'orner. Il s'agit
mme ici d'un don, et non d'un prt. Ce don est fait  la Ville par une
artiste, une femme-sculpteur de beaucoup de talent, Mme Agns
Rossolin. Il comprend le tableau des _Tombeaux_, de Fernand Sabatt, qui
fut un des bons envois du Salon de cette anne, un remarquable buste de
ce peintre par Mme Rossolin; une tude de fleurs du regrett peintre
Lottin; une tude de Camille Roqueplan pour son tableau clbre: les
_Prunes_; un dessin de Forain, cinq aquarelles de Boudin, des dessins de
Tony Johannot et de Guillaumet... Voil de quoi intresser les amateurs
de peinture qui, venus  Paris dans un moment de l'anne o les Salons
chment, ne seront pas fchs de rencontrer  et l quelques surprises
dans les Expositions et les Muses demeurs ouverts, malgr les
vacances,  nos curiosits et dont, peut-tre, les richesses leur
taient dj connues.

Une surprise pareille leur est rserve  Carnavalet o va tre
prochainement expose une partie de la trs curieuse collection de
souvenirs relatifs  la Comdie-Franaise, et qui vient d'tre donne au
Muse par Mme Edouard Pasteur. M. Edouard Pasteur n'tait pas seulement
un habitu fidle; il tait un amoureux fervent de la maison de Molire;
et pendant quarante ans il en avait, dans sa propre maison, arrang
l'histoire prsente et reconstitu l'histoire d'autrefois. Des tableaux
(prs de cent cinquante toiles), des dessins, des bustes, des
statuettes, des mdaillons, composaient ce prcieux petit muse.

Les portraits de la plupart des socitaires et des pensionnaires que
connut au foyer de la rue Richelieu M. Edouard Pasteur, figurent dans
cette collection. Si je dis qu'une partie seulement en sera prsente
aux visiteurs de Carnavalet, c'est que, suivant la tradition observe 
Carnavalet qui est un muse _historique_, les documents et oeuvres
postrieurs  1890 n'y seront montrs que dans quelques annes.
L'excution des portraits de nos socitaires et pensionnaires
contemporains avait t confie par M. Edouard Pasteur  des artistes
renomms; Chartran, Joseph Blanc, Schommer, Aim Morot, sont parmi les
signataires de ces toiles. Au total, excellente acquisition pour
Carnavalet; mais ne pourrait-on reprendre ici un mot dont on a fait un
tel usage qu'il en est fatigu, et dire que les muses n'ont que les
richesses qu'ils mritent?

Si nos quatre muses d'art municipaux--Carnavalet, le Petit Palais,
Gallira, Cernuschi--doivent tre compts aujourd'hui au nombre des
curiosits que l'tranger en visite  Paris n'a plus le droit de
ngliger, c'est qu'un esprit nouveau les anime, et qu'on a cess de
considrer comme une sincure l'honneur de les administrer. Le
conservateur d'un muse parisien, ce n'est plus un fonctionnaire
sommeillant qui redoute les visites; c'est un artiste trs veill qui
les appelle; c'est, comme eussent dit les Concourt, un chercheur de
neuf, incessamment proccup d'enrichir sa maison, de la rendre, au sens
relev du mot, plus amusante; d'en varier le programme.

Un muse est un spectacle. Le conservateur, pour bien faire son mtier,
doit se sentir, au fond de l'me, des curiosits d'imprsario...

                                      *
                                     * *

Un homme qui vient de se conduire--sans le savoir peut-tre--en
imprsario trs intelligent, c'est celui qui eut l'ide d'ouvrir  Paris
une Exposition de _l'Emballage_!

Elle a t inaugure ces jours-ci par un ministre. Elle est
internationale, s'il vous plat; et c'est la premire du genre. On lui a
livr la moiti de l'immense rez-de-chausse du Grand Palais. Elle
l'emplit fort bien.

--Une Exposition de l'Emballage? Vous voulez rire. Cela ne saurait
intresser que les commerants, les entrepreneurs de transports, les
commissionnaires... et les emballeurs!

A quoi je rpondrai qu'une Exposition qui n'intresserait que les
commerants intresserait dj bien du monde, et que ce ne serait pas
avoir perdu son temps que de l'entreprendre. Mais non! l'Exposition de
l'Emballage vaut d'tre visite par tout le monde. Elle est amusante;
elle est instructive; elle est pleine d'imprvu; veut-on toute ma
pense? Elle est spirituelle; et je m'y suis infiniment diverti.

Allez vous y promener. Vous y verrez comment l'ingniosit des hommes,
qui cre et perfectionne les produits, a su s'appliquer aussi  mettre
de plus en plus de scurit et d'lgance dans les faons diverses de
les transporter. Vous apprendrez comment sont employs  ces
manipulations innombrables la fibre de bois, la paille et le foin; les
papiers de toute espce et les poussires de lige, et le bois arm et
le cuir arm; vous admirerez la diversit des agrafes, crochets,
crampons propres  assurer la solidit d'un emballage; et quel gnie
savent dployer nos emballeurs dans la confection de ces caisses, de ces
botes de tous formats dont les architectures imprvues amusent l'oeil,
comme des jouets. La Chambre syndicale de la droguerie a fait au Grand
Palais une Exposition trs difiante: celle de produits exotiques
imports par nos droguistes--alos, mat, quinquina, baume de tolu,
poivre de Cayenne, pyrthre, essence de badiane, rhubarbe et cannelle de
Chine, coca de Bolivie, civette d'Abyssinie--et prsents sous
l'enveloppe mme--toile grossire, natte, coffret peau brute ou corne
--que l'expditeur emploie  leur transport. Que nous voil loin de ces
procds sauvages!

Prs de ce stand allez voir celui o nos chimistes exposent les plus
dangereux de leurs produits, emballs suivant les procds qui en
rendront le transport inoffensif. Et voici d'autres chefs-d'oeuvre: les
mcaniques  emballer! Ici, c'est l'troite bobine de papier qui se
droule, s'imprime en couleur, se dcoupe, se plie, se colle, et
devient, en quelques secondes, la plus coquette des petites botes 
chocolat; plus loin, c'est une autre feuille de papier qui marche, se
transforme en sac, elle aussi; puis est saisie par des doigts
mtalliques plus dlicats que des mains humaines, qui remplissent ce sac
de caf, en vrifient le poids, le rejettent s'il ne pse pas,  un
gramme prs, ce qu'il faut qu'il pse; et autrement le ferment, et le
dposent avec prcaution sur l'alignement des sacs dj remplis. Je vous
dis qu' l'heure qu'il est les machines elles-mmes ont de l'esprit!

Il faut voir l'Exposition du Grand Palais.

UN PARISIEN.



AGENDA (16-23 aot 1913).

EXPOSITIONS.--A Bagatelle, du _15 aot_ au _15 septembre_, exposition
organise par la Socit des artistes de Neuilly, avec exposition
rtrospective de dessins du peintre John Lewis Brown (1829-1870).--Au
Grand Palais: concours Lpine.

L'OUVERTURE DE LA CHASSE.--L'ouverture de la chasse pour la deuxime
zone est fixe au _31 aot_.

INAUGURATION DE MONUMENT.--Les _16 et 17 aot_,  Belfort, ftes 
l'occasion de l'inauguration du monument des trois siges _(1813, 1815,
1870-1871)_ lev  la mmoire des dfenseurs de Belfort.

PLERINAGE PATRIOTIQUE.--Le quatrime plerinage patriotique, sous la
direction du gnral Canonge, aura lieu au champ de bataille de Bapaume
le _24 aot._

LA FTE DES CAF-CONC.--La fte sportive annuelle des Caf-Conc aura
lieu, au vlodrome Buffalo, le _25 aot._

SPORTS.--_Courses de chevaux_: le _16 aot_, Deauville (obstacles); le
_17_, Deauville (Grand Prix); le _18_, Deauville, Ostende; le 20,
Deauville; le _21_, Deauville, Ostende; le _22_, Dieppe, Bade; le _24_,
Saint-Cloud (trot), Dieppe, Bade, Ostende.--_Aviation_; le _24 aot_,
course d'hydroplanes Paris-Deauville; dpart du Pecq.--_Automobilisme_:
du _18 au 23 aot_, dans la rgion de Carlis (Cumberland), les Six
days, relability trial (motocyclettes).--Les _23 et 24 aot_, meeting
du Mont-Ventoux.--Les _24 et 25 aot_, Grand Prix de
Belgique.--_Lutte_:  Trouville, critrium international de lutte de
combat.--_Aviron_: le _17 aot_,  Juvisy, championnats de France; les
_23 et 24 aot_,  Gand, championnats d'Europe.--_Escrime_:  Dieppe, au
Casino, tournois d'escrime, les _16, 17 et 18 aot_  Houlgate, Cabourg,
Villers et Trouville, du _20 au 26 aot.--Tir aux pigeons_:  Deauville,
le _16 aot_, prix de Villers; le _18_, prix d'Houlgate; le _19_, prix
de Trouville; le _22_, prix de clture.--_Tennis_: tournois de tennis:
le _18 aot_, Evian, Aix-les-Bains; le _20_, Cabourg; le _24_, Param,
Deauville.--_Cyclisme_: le _17 aot_, au Parc des Princes, championnat
de France de vitesse.--Le _24 aot_, au Parc des Princes, arrive des
coureurs du circuit de l'ouest; runion d'athltisme, championnats de
Paris.



DOCUMENTS et INFORMATIONS

UN HOMMAGE AU PRSIDENT KRUGER.

Un juste et clatant hommage vient d'tre rendu au prsident Kruger,
dans ce Transvaal dont il a t, pendant de si longues annes, l'me
mme, vaillante et tenace: il a dsormais sa statue sur l'une des
promenades publiques de Pretoria,  Prince's Park. Dans la grande ville
sud-africaine embellie, promise  une prosprit toujours croissante,
elle rappelle un pass tout proche de nous, et qui pourtant semble
lointain dj.

[Illustration: Le monument Kruger,  Pretoria.]

Le monument, d'imposant aspect--il a cot plus de 250.000 francs--se
compose d'un haut socle de porphyre brun et noir, sur lequel se dresse
la vivante effigie du grand patriote. Il est reprsent debout, en
redingote, coiff de son fameux chapeau de soie, la poitrine barre par
l'charpe prsidentielle, et portant les insignes de grand-croix de la
Lgion d'honneur. De la main droite, il s'appuie sur sa canne  boule
d'onyx, tandis que sa main gauche tient la charte des liberts
sud-africaines. Cette fire statue, dont nous devons la communication,
accompagne d'intressants commentaires,  M. Fritz Van der Linden, a
son histoire. Elle allait tre inaugure lorsque survint la guerre
anglo-boer. On la mit en dpt  Loreno Marquez, et, au mois de mai
dernier, le gouvernement britannique a enfin permis, l'oubli s'tant
fait des inimitis anciennes, qu'elle ft leve  Prtoria, prs de la
maison o le prsident donnait ses audiences, avec cette familiarit qui
lui avait attir tant de sympathies. Non loin de l, dans l'ancien
cimetire de la ville, se trouve la tombe de l'homme d'tat, que
surmonte un buste en marbre... La mmoire de Kruger est dignement
honore au Transvaal.

UN NOUVEAU POIVRE ARTIFICIEL.

Chignons d'olives, noyaux pulvriss, maniguettes, baies de
laurier-cerise, graines de crales, riz, pommes de terre, gingembre,
galanga, etc., etc., on trouve un peu de tout dans certains poivres
moulus du commerce, sans compter des poussires, du sable et des dbris
minraux. Malheureusement, ces falsifications complexes ne peuvent gure
tre mises en vidence que par des chimistes ou des micrographes
spcialiss, et le grand public des consommateurs est  peu prs dsarm
contre elles.

Malgr cette impossibilit pratique de les reconnatre  premire vue et
malgr le prix relativement lev du poivre pur, on s'explique mal le
succs que rencontrent, depuis quelques mois surtout, certains
succdans du poivre, mis en vente sous des noms plus ou moins
fantaisistes. Ils sont, en effet, d'un prix marchand lev, car, s'ils
cotent de 30  40% moins cher que le poivre pur, il en faut en moyenne
de trois  quatre fois plus pour obtenir un rsultat culinaire identique
 celui que donne le bon poivre. Le plus connu de ces produits
artificiels cote  fabriquer 0 fr. 75 le kilo environ; il est vendu en
gros au prix de 3 fr. 75, tandis que le poivre blanc qu'il se propose
d'imiter et de remplacer vaut de 5 fr. 50  6 francs le kilo. Mais,
comme il est compos de farine de sarrazin macre dans de la teinture
de myrrhe et du jus d'oignons, additionn de piment de Cayenne, d'une
faible quantit de poivre moulu, de clous de girofles et de plantes
aromatiques sches, ce qui constitue un ensemble dont la valeur
poivrante est assez faible, il est permis d'estimer que l'conomie
ralise par son emploi est beaucoup plus apparente que relle.

LA CULTURE DU SOL  LA DYNAMITE.

Pour mettre en culture des terrains jusque-l vierges, o la charrue
entre avec peine, les colons amricains employent souvent la dynamite
qu'ils font exploser au fond de trous de mine ayant 0 m. 75 ou 1 mtre
de profondeur, et fors  intervalles variant de 4  7 mtres.
L'tablissement fdral de chimie agricole,  Lausanne, pour se rendre
compte des avantages du procd, vient de faire faire des essais qui
sont intressants. Il s'agissait de prparer le terrain destin  une
plantation d'arbres fruitiers. A la place destine  chacun de ceux-ci,
on fit exploser une cartouche de 250 grammes de gamsite, contenant 24%
de nitroglycrine. Il fut vident,  l'examen du sol, aprs l'explosion,
que celle-ci le prparait fort bien. La terre est souleve et triture
pour un volume d'un mtre cube et demi, volume de forme conique dont la
base a environ 2 mtres de diamtre  la surface du sol.
L'ameublissement est parfait, et lors de la plantation des arbres on n'a
qu' creuser  la pelle un trou tout juste suffisant pour recevoir les
racines qui n'prouveront aucune difficult  se dvelopper dans la
terre remue et lgre.

L'opration reprsente une dpense d'environ 75 centimes par arbre: or
le travail  la main qui ne remue pas un demi-mtre cube de terre cote
gnralement plus.

L'exprience a montr que les arbres plants dans le sol ameubl  la
dynamite se dveloppent plus vite et produisent plus tt des fruits.

Une observation a t faite en passant  Lausanne: c'est que le procd
ne vaut rien pour les terrains humides,  nappe d'eau proche de la
surface. On voulut dfoncer un terrain humide destin  recevoir, aprs
drainage, une culture de luzerne. Mais la rsistance de l'eau s'opposa 
un travail utile; l'nergie de l'explosif ne servit qu' projeter la
terre  une grande hauteur, en creusant des trous d'un demi-mtre cube.

Quoi qu'il en soit, l'industrie des explosifs parat pouvoir trouver
dans l'agriculture un emploi pacifique de ses produits et gagner de
l'argent sans massacrer des hommes.

L'INOCULATION DE BACILLES TYPHIQUES VIVANTS.

MM. Nicolle, Conor et Conseil avaient dmontr, il y a peu de temps, que
l'inoculation intraveineuse de vibrions cholriques ou de bacilles
dysentriques vivants, spars des substances du milieu de culture par
des centrifugations et des lavages successifs, est sans danger pour
l'homme. De nouvelles expriences semblent tablir qu'il en est de mme
du bacille typhique.

Deux sujets, inoculs deux fois dans les veines  quatorze jours
d'intervalle, ont reu 100 millions, puis 1.200 millions de microbes, et
n'ont prouv aucun mal. Des inoculations relativement beaucoup plus
fortes ont t pratiques sur des lapins et ont donn des rsultats
analogues.

Un procd de vaccination avec des cultures vivantes parat devoir tre
trs actif, mais il prsente  la fois un avantage et un inconvnient.
D'une part, il ne dtermine aucune raction locale; d'autre part, les
cultures vivantes doivent tre utilises dans un dlai trs court.

Les auteurs esprent trouver un procd o la vitalit du microbe sera
supprime, mais o son altration sera moindre qu'avec les mthodes
actuelles de strilisation par la chaleur ou par des antiseptiques.

[Illustration: VIEILLES COUTUMES DE FRANCE.--Un baptme  cheval aux
Saintes-Maries-de-la-Mer. _Phot. G. Bouzanquet._]

Devant ces murailles patines par le temps, dont on ne saurait dire au
juste si elles sont celles d'une glise ou d'une citadelle, voici une
trange runion de cavaliers, rangs comme pour une parade. Sous leurs
larges sombreros, on les prendrait tout d'abord pour des cow-boys.
Mais,  l'examen, on s'avise que la plupart de ces centaures ont en
croupe une jeune Arlsienne. Ce dtail de costume situe  peu prs la
scne sans toutefois l'expliquer. Disons tout de suite que c'est un
cortge de baptme peu banal. La marraine, monte  califourchon, tient
dans ses bras le nouveau-n qui vient de recevoir l'eau sainte; prs
d'elle, firement camp sur sa monture et s'appuyant sur son trident
enrubann, le jeune, frre du hros de la fte--un prcoce cavalier de
quinze mois!--lui sert de garde du corps; et le prtre, revtu du
surplis et de l'tole, bnit l'assistance.

Que sont donc ces gens? Des gardian de chevaux et de taureaux
sauvages. Habitus  vivre isolment, parmi leur btail, dans les vastes
steppes de la Camargue, ils sont rests  _cheval_--c'est le cas de le
dire--sur les us et coutumes de leur race. Et c'est pour obir  la
tradition que l'un d'eux, lou Mazard, baptisant son fils, convoqua ses
compagnons  lui faire escorte jusqu' l'antique glise fortifie des
Saintes-Maries-de-la-Mer.

FTE NATIONALE A IN SALAH

_(Voir notre gravure de double page.)_

Les motions n'ont point manqu, au cours des derniers mois, au camp
Bugeaud, qui est la redoute et le quartier des mharistes d'In Salah,
au Tidikelt. D'aucunes agrables et distrayantes: passage de la mission
charge de prparer l'installation de la tlgraphie sans fil; visite de
l'intrpide gnral Bailloud, en promenade  travers le
Sahara;--d'autres plus pnibles, mais que ces rudes hommes n'acceptaient
pas d'un coeur moins vaillant: escorte, jusqu' Agads, de
l'intressante mission conduite par le capitaine Nieger pour tudier le
trac du chemin de fer transsaharien; combats de-ci de-l, dans l'Adrar
du Niger, o l'on culbutait vigoureusement un groupe de Berbres venus,
fidles  de vieilles habitudes, pour razzier cette rgion; poursuite
des pillards dans l'Erg Chache, sur 800 kilomtres de distance, et
enfin, plus rcemment, affaire d'Esseyen, o une bande de 300
assaillants, bien srs d'anantir la quarantaine de mharistes qu'ils
avaient surpris dans un camp sommaire, taient par eux mis en droute.

Toute cette activit a eu sa rpercussion sur la fte du 14 juillet, qui
a t clbre  In Salah comme jamais encore elle ne l'avait t.

Chose digne de remarque, la population indigne, si indolente, pourtant,
s'tait, pour la circonstance, mue. Tous ces gens, ont, parmi ceux qui
combattent pour nous, des parents, des amis; ils taient donc au courant
de la bonne besogne accomplie. Leur semblait-il qu'un peu de gloire en
rejaillissait sur eux? Ils accoururent allgrement, au matin de la fte
nationale,  l'appel des clairons et des trompettes sonnant le rveil en
fanfare, vers le camp Bugeaud, chacun par de ses gandouras les plus
brillantes, foule chatoyante parmi laquelle des Touareg mettaient des
notes sombres. Et tout ce monde bien sagement s'aligna, les uns debout,
les autres accroupis, sur l'esplanade o allait avoir lieu la revue.

C'tait  l'aube,  5 heures du matin. Et le soleil dj resplendissait
d'un vif clat, inondant de sa lumire ces beaux groupes dcoratifs, et
la file des soldats rangs en avant du mur crnel du camp, comme
fichs, ainsi que des soldats de plomb, sur la bande d'ombre que traait
sur le sable leur range impeccable,--mles figures de bronze de blanc
vtues, poitrines bardes de cartouchires, et de trs farouche et trs
noble allure, fiers de la tche accomplie, souriant aux _youyous_
sonores dont les saluaient les femmes. Un cerf-volant planait, emportant
haut dans l'azur le pavillon tricolore.

Le commandant d'armes, avec son tat-major, officiers et cads, passa
devant le front, au milieu d'un silence profond. A quelques-uns de ces
hommes, il remit les mdailles chrement gagnes, et la revue s'acheva
par un dfil trs imposant de cette poigne de braves  toute preuve.

Les traditionnelles rjouissances commenaient. Dans ce pays perdu, nos
jeux, ou des jeux pareils!--une course de mharis, un carrousel, un
concours de tir... Mais le soleil, montant vers le znith, mit fin, vers
9 heures,  ces amusements martiaux.

Ils devaient reprendre le soir, aprs la chaleur passe, et il ne manqua
pas mme,  cette vocation si lointaine de la fte de France, le
classique feu d'artifice,  la nuit close,--pas mme la reprsentation
gratuite. Ce qui mena jusqu' minuit.



[Illustration: Le colonel Cody.]

UN GRAND AVIATEUR ANGLAIS

Le colonel Cody, qui vient de trouver la mort, avec un passager, dans
une chute d'aroplane au camp d'Aldershot, en Angleterre, ne doit pas
tre confondu avec cet autre qui devint clbre sous le nom de Buffalo
Bill. Comme son homonyme, il avait t cow-boy dans le Far-West et, sous
le costume original qu'il portait, il n'tait pas sans avoir aussi avec
lui quelque ressemblance physique. Virtuose de l'quitation et du tir,
sa rputation dans ces exercices de force et d'adresse s'tablit
rapidement et fut universelle.

Depuis quelques annes, il s'tait install en Angleterre et s'tait
adonn rsolument, l'un des premiers, au sport nouveau; il devait y
connatre de brillants succs. Tout ensemble inventeur heureux et pilote
exerc, il ne montait que des appareils tudis et construits par lui.
Il s'tait, l'an dernier, attribu la premire place dans le concours
d'aviation institu par le ministre de la Guerre anglais.



L'APOTHOSE DES VAN EYCK A GAND

_Notre correspondant de Bruxelles, M. Grard Harry, nous crit;_

Le gnie artistique a rarement reu un hommage pareil  celui dont vient
d'tre l'objet,  Gand, la mmoire d'Hubert et Jean Van Eyck. C'est en
1432 qu'apparut au public leur chef-d'oeuvre, leur merveilleux retable:
l'_Adoration de l'agneau mystique_. Et c'est en 1913 que le monde ddie
un monument aux admirables peintres. Leur prestige, loin d'avoir subi
l'outrage du temps, reluit donc plus que jamais au bout de cinq sicles.

[Illustration: Le monument des frres Van Eyck,  Gand.]

L'apothose des Van Eyck ne rsulte pas d'une simple initiative locale
et flamande: elle traduit un sentiment universel. C'est un comit
international, englobant jusqu'aux tats-Unis, qui a voulu et pay ce
monument, rig sur le square Saint-Bavon,  ct de la vieille glise
qui garde les ossements d'Hubert Van Eyck et le morceau capital du
prodigieux polyptique trononn par la cruaut des hommes et des
vnements en trois parties, dont une est exile au muse de Bruxelles
et une autre au muse de Berlin.

Oeuvre du statuaire gantois Georges Verbanck, ce monument est un peu
massif, mais original et imposant. Sur les larges degrs, en hmicycle,
un double cortge ascendant de personnages en bronze vert--adultes et
enfants--figurant l'humanit de tous les ges vient faire l'offrande de
ses fleurs, de son adoration, aux deux peintres immortels du quinzime
sicle, assis cte  cte sur leur sige d'idale royaut. Au dos du
monument de pierre grise, sur lequel tranchent toutes ces figures,
s'ploient les ailes d'un ange hiratique encadrant la Muse de l'Art
pictural et dont les mains tiennent la couronne mrite par ces deux
chefs de l'cole des primitifs. Sur le soubassement du monument se
dtache une thorie de cartouches polychromes reproduisant les armoiries
des pays qui ont souscrit  cette oeuvre de glorification.

Rien n'a manqu, au point de vue de l'enthousiasme public,  cette
exaltation des deux sublimes artistes. Le prcieux pass flamand auquel
ils appartinrent les a salus en quelque sorte, en mme temps que la
gnration actuelle. Car, aprs les discours, un cortge historique,
richement et archaquement costum, a dfil au son des fifres et des
fltes devant le monument. Et on et dit les grands seigneurs et grandes
dames de la cour de Philippe le Bon ressuscits pour venir s'incliner,
comme la socit du vingtime sicle, devant les images de bronze de
leurs deux illustres contemporains.



LE PEINTRE AIM MOROT

A Dinard, o il tait en villgiature, le peintre Aim Morot, membre de
l'Institut, professeur  l'cole des Beaux-Arts, commandeur de la Lgion
d'honneur, vient de succomber, g seulement de soixante-trois ans,
vaincu par une maladie dont il souffrait depuis longtemps. Le portrait
que nous donnons de lui avait t fait il y a cinq ou six ans, alors
qu'il tait encore officier de la Lgion d'honneur.

Nancen d'origine, il avait tudi  l'atelier Cabanel, d'o il tait
sorti avec le grand prix de Rome (1873).

Au Salon de cette mme anne, il dbutait avec une toile mythologique
remarque pour sa fracheur et sa belle juvnilit, _Daphnis et Chlo_.
Il y montrait dj ce souci de conception, de prcision du dessin, cette
conscience qui devaient l'imposer plus tard comme un matre, quand son
habilet, sa science de la technique si complique de l'art pictural se
furent affirmes.

[Illustration: M. Aim Morot.--_Phot. A. Braun et Cie._]

Enumrer ses oeuvres, c'est rappeler autant de succs. Ce sont: la
_Mde_, du Salon de 1877; la _Bataille des Eaux sextiennes_, de 1879;
le _Bon Samaritain_, qui lui valut, en 1880, la mdaille d'honneur;
cette mouvante _Charge des cuirassiers  Reichshoffen_, l'un des plus
beaux spcimens de la peinture militaire contemporaine,--pour ne citer
que les pages les plus retentissantes.

La municipalit de Nancy, sa ville natale, lui avait confi la
dcoration des salons de son Htel de Ville; il fut aussi de la pliade
charge de dcorer l'Htel de Ville de Paris. Enfin, il laisse de
nombreux portraits, entre autres celui de _Lon Grome_, le peintre et
le sculpteur clbre, de qui il avait pous l'une des filles.



[Illustration: CE QU'ON DIT QUAND IL FAIT CHAUD..., par Henriot.]







End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 3677, 16 Aot 1913, by Various

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 3677, 16 AOT 1913 ***

***** This file should be named 39242-8.txt or 39242-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/3/9/2/4/39242/

Produced by Jeroen Hellingman et Rnald Lvesque

Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTIBILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     http://www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.
