The Project Gutenberg EBook of Trait touchant le commun usage de
l'escriture franoise, by Louis Meigret

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org


Title: Trait touchant le commun usage de l'escriture franoise

Author: Louis Meigret

Release Date: October 18, 2012 [EBook #41099]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT TOUCHANT LE COMMUN ***




Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images generously made available by the
Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)









Traite touchant

LE COMMUN USAGE

_DE L'ESCRITURE_

FRANCOISE, FAICT PAR

Loys Meigret, Lyonnois: auquel est debattu des faultes, & abus en la
vraye, & ancienne puissance des letres.

Avecq privilege de la court.

1545.

_A PARIS._

De l'Imprimerie de Jeanne de Marnef, vefve de feu Denys Janot, demourant
en la rue neufve nostre Dame,  l'enseigne sainct Jean Baptiste.




EXTRAICT DES REGISTRES DE PARLEMENT.


La Court (veue la requeste  elle presente par Vincent Sertenas,
marchant, libraire de ceste ville de Paris) luy a permis & permet
imprimer & faire imprimer ung livre par luy recouvert, & compos par
Loys Meigret, touchant l'escriture Franoyse: & iceluy exposer &
distribuer en vente le temps de quatre ans prochainement venant.
Defendant  tous imprimeurs, libraires & aultres de ce ressort, iceluy
livre imprimer ou faire imprimer, ou exposer en vente ledict temps, sur
peine de confiscation desditz livres, qui aultrement seroient imprimez &
distribuez, & d'amende arbitraire  la discretion de la court. Faict en
Parlement l'unzeiesme jour d'Octobre, l'an mil cinq cens quarante deux.

Collation faicte. Berruyer.




PROSME DE L'AUTHEUR.


Si l'ordre, & la raison que nous tenons en noz euvres, est de tant digne
de los, ou de blasme, que l'experience maistresse de toutes choses le
conferme, ou condemne: je ne voy point de moyen suffisant ny raisonnable
excuse, pour conserver la faon que nous avons d'escrire en la langue
Franoyse. A la verit aussi est elle trop estrange, & diverse de la
prononciacion, tant par une curieuse superfluit de letres, que par une
vicieuse confusion de puissance entre elles. Or sont ce vices, que je ne
say quelle supersticion, ou bien nonchallance de noz ancestres, & de
nous, a miz en avant avec une grande observance: je dy observance, qui a
est & est en si bonne recommandation, & reverence tant bien garde, que
le devoir, & loix de bien escrire, & former l'Image au vray de la
prononciacion, n'ont pas seulement est delaisses, mais d'avantage
reprouves comme vicieuses, & inutiles. Et combien que la difficult que
nous sentons en la letre nous en donne assez bonne evidence: pas ung de
nous toutesfois n'a os mettre en avant quelque moyen pour y remedier:
tant pour la longue & commune faon de faire, que pour la crainte de
sembler controuver nouvelles invencions, & de forger nouveaux troubles 
ung peuple en ses coustumes tant usites, & de si longue main receues: &
qui au demourant nous sont si recommandes en toutes noz oeuures, que
bien souvent sans autre cognoissance de cause, & sans en vouloir
recevoir, nous les tenons par trop opiniatrement pour loix, &
ordonnances justes, & necessaires. Il est vray que l'entreprinse de
forcer, & corrumpre les bonnes coustumes, & aises faons de vivre d'ung
peuple pour l'assubjectir  autres confuses, supersticieuses, &
serviles, seroit digne de reprehension & blasme: comme qui est
poursuivie au grand dommage de l'aisance, & commun proufit d'une chose
publique. Au contraire aussi devra celle estre trouve raisonnable, ou
pour le moins digne de quelque support, l ou elle fera diligence de
trouver les moyens pour amender les manieres de vivre corrompues, & pour
d'avantage y donner l'ordre si suffisant qu'on s'en puisse ayder, & les
ramener  quelque bonne fin. Or n'est il comme je pense, Franoys tant
soit il de petit jugement, & de grande affection en nostre usage
d'escrire, qui ne se treuve souvent perplex, & empesch en la lecture:
d'autant que pour la confusion & commun abus des letres, elle ne quadre
point entierement  la prononciation. Parquoy considerant ce mal tant
apparant, & esperant que la raison aura plus de pouvoir envers vous,
qu'une obstination en ung vicieux, & confus usage: j'ay entreprins ce
traict de l'escriture Franoyse. Et tout ainsi qu'ung bon medecin apres
avoir bien decouvert la nature, & circonstance d'une maladie, fait son
devoir de donner d'avantage le moyen de guarison pour parvenir  la
sant: en semblable aussi j'ay en decouvrant les faultes, & vices de
nostre maniere d'escrire, qui nous donnent occasion de faire mauvaise
lecture, faict finablement diligence de trouver les moyens, suyvant
lesquelz vous pourrez, se bon vous semble, user d'une escriture
certaine, ayans tant seulement egard  la prononciation Franoyse, & 
la nayve puissance des letres.




DES CAUSES DE FAULSE ESCRITURE AVEC LEUR BLASME.

Chapitre Premier.


Priscian au commancement de son premier livre dit, que les Philosophes
donnans la diffinition de la voix, la disent estre un battement d'air,
ou bien le vray sensible de l'oye.

[En marge: Le Son.]

Mais pour parler proprement, & en general en la langue Franoyse nous
appellerons Son, toutes choses sensibles  l'oye: comme qui est terme
plus general que voix, d'autant qu'il s'estend universellement,  toutes
manieres de battement d'air qui est oyble: comme gemissemens, souspirs,
brayemens, hurlemens, parolles, & toutes autres manieres de criz, de
chants, & bruytz faitz en l'air, tant par les corps animez, que par les
inanimez.

[En marge: Voix articule. Voix d'artifice.]

Or laissons toutes ces infinies faons de Sons, & venons  celuy, que
Priscian appell voix articule, & que les Franoys peuvent bien dire
voix d'artifice: d'autant que les hommes diversement, & selon les
contres, s'aydent des voix par ung commun artifice, & usage, pour faire
entendre plus aisment leur fantaisies, les ungs aux aultres.

[En marge: Letres.]

Et pour lesquelles d'avantage ilz ont invent pour une plus grande
aisance des notes, que nous appellons letres: tant pour advertir les
absens, que refreschir leur memoire, & pour aussi la laisser perpetuelle
d'eulx & des choses, que bon leur sembleroit faire entendre  leur
posterit.

[En marge: Letre.]

La letre doncques est la moindre partie de la voix compose. Et fault
entendre que les simples voix ont est anciennement appelles Elemens, 
la semblance de ceux du monde: car elles composent les vocables, tout
ainsi que font ces autres, tous les corps composez. Consequemment
doncques il fault inferer que tout ainsi que les voix composent en la
prononciation ung vocable, qu'aussi les letres qui sont leurs notes
feront le semblable en l'escriture: & que la difference des voix, & des
letres sera d'autant que les voix sont les elemens de la prononciation,
et les letres, les marques ou notes des elemens. Disons donques que la
letre est la note de l'element; & comme quasi une faon d'image d'une
voix forme: laquelle on cognoit selon la qualit, & quantit de sa
figure. Et que tout ainsi que tous corps composez des elemens sont
resolubles en eux, & non en plus ny moins: qu'aussi tous vocables sont
resolubles es voix dont ilz sont composez. Parquoy il fault confesser
que puis que les letres ne sont qu'images de voix, que l'escriture devra
estre d'autant de letres que la prononciation requiert de voix: & que si
elle se treuve autre, elle est faulse, abusive, & damnable. Or voyla la
touche  la quelle il nous fault faire l'epreuve de nostre escriture,
pour voyr si elle est telle, en qui nous trouvions les letres en mesme
nombre, que requiert la prononciation, suyvant leurs puissances de tout
temps receues: de sorte que la lecture en puisse estre aise, sans
confusion, & sans desordre.

[En marge: Trois vices d'escriture.]

Pour  quoy pervenir il fault entendre, qu'une escriture peult estre
corrompue en troys manieres: qui sont diminution, ou superfluit, ou
usurpation d'une letre pour autre.

[En marge: Diminution de letre en escriture. Chef, Cher.]

L'escriture peut doncq'estre faulse par diminution, quand elle default
d'une, ou de plusieurs letres, qui sont requises pour representer au
vray la prononciation: ce que nous voyons es aucuns de noz vocables
franois, comme en Chef, Cher, Danger: es quelz indubitablement nous
prononons la diphthongue, ie, parquoy nous devons escrire, Chief,
Chier, Dangier. Et si on me debat que la prononciacion ne le requiert
pas, qu'on laisse la diphthongue, & escris comme tu prononces. J'entens
bien que l'ung, & l'autre sont en usage: mais celuy qui est profer par
diphthongue est plus armonieux, & plus usit. Or passons oultre, car ce
vice n'a pas tant ancr en nostre escriture, qu'ont fait les deux
ensuyvans, sinon de tant qu'une letre prent la place d'une autre: par ce
qu'allors l'escriture default en la letre requise, quoy qu'autrement il
y ayt autant de letres qu'il y a de voix au vocable prononc.

[En marge: Le vice de superfluit de letres.]

L'escriture secondement peut estre mauvaise, quant elle est compose de
plus de letres que ne requiert la prononciation: par ce que telle
escriture donne occasion de faire faulse lecture, & de prononcer voix,
qui n'est point au vocable.

[En marge: Superfluit d'escrire de toutes les letres.]

C'est ung vice si grand en nostre langue franoyse qu'il n'y a letre
quasi en l'alphabeth dont nous n'abusions quelquefois par superfluit.
Comme de l'a, en aorn: du b, en debvoir, doibt, doibvent: du c, en
infiniz vocables, comme faict parfaict, dict. Du d, comme admonestement,
advis, adverse. De l'e, en battera, mettera, pour mettra, battra, qui
est  faulte de considerer les formaisons des verbes.

[En marge: Regle des infinitifz en re, & en er.]

Et fault entendre que tous verbes qui se terminent en re en l'infinitif
present, forment leur futur de l'indicatif en ray, ras, ra. &c. comme
mettre, qui fait mettray, mettras, mettra, exceptez ceux qui fault
excepter. comme estre, & si autres y en a. Mais quant l'infinitif se
treuve en er, adjouste ay, as, a, comme fraper, fraperay, fraperas
frapera. Passons aux autres letres, & venons  l'f, comme en
briefvement. au g, comme, ung, besoing. i, comme  meilleur. l, comme
default, & autres infiniz. o, comme en oeuvre. p, comme escripre,
escript, & autres aussi infinis. s, comme en estre, honneste, & autres
presques innombrables. t, comme en et, copulative, en faicts, dicts,
vents, & en tous les pleuriers du participe present, comme amants,
beuvants, disants. En u, comme en la diphthongue, ou qui n'est point
franoyse. Au regard d'x, final comme en chevaulx, loyaulx, il n'est
point franoys. Je crains que vous vous scandalisiez de plusieurs
exemples que j'ay icy mis en avant comme vicieux en leur escriture,
jusques  ce que vous ayez veu mes raisons, que j'espere donner
suffisantes en debatant l'usage d'une chascune letre en particulier. Et
pourtant je vous prye d'avoir patience, & de ne me condamner point sans
m'oyr.

[En marge: Vice d'usurpation d'une letre pour autre.]

Il reste encores cest autre vice d'usurpation de letre en une escriture,
qui est, quant une letre ou plusieurs usurpent la puissance d'une autre:
veu que c'est occasion de faire lecture d'une voix pour autre, & par
consequence mauvaise, & faulse prononciation. C'est un vice qui est venu
pour avoir corrompu les puissances des letres, & les avoir confondues
les unes avecq' les autres. Comme nous faisons celle du c, qui ne deut
estre employe qu'en semblable puissance que le K, duquel toutesfois
nous usons en son d's, comme en faon, franoys, de a, Cicero. Et ainsi
des autres letres tant voyelles que consonnantes, dont nous parlerons
quant viendra  leur ranc. Voyla doncques les principaux vices qui ont
corrompu, & forc nostre escriture, & qui aujourd'huy la tiennent en
telle servitude qu'ilz la nous rendent confuse, & presque du tout
inutile.

[En marge: Troys faons de couverture, de vicieuse escriture.]

Or ceux qui en prennent la defense, & aux quelz l'amendement des choses
est ennuyeux, & deplaisant: ont de coustume de se remparer & fortifier,
premierement de l'usage comme d'ung Bellouard imprenable, & hors de
toutes batteries. Secondement ilz ont pour renfort, que pour marquer la
difference des vocables il n'y a point de danger d'abuser d'aucunes
letres. Tiercement ilz s'efforcent de defendre la superfluit des letres
pour monstrer la derivaison, & source d'ung vocable tyr d'une autre
langue: craignans  mon advis d'estre blasmez d'ingratitude, si
autrement ilz le faisoient. Voyla en somme les plus grandes & plus
apparantes raysons que mettent en avant ceux qui veulent couvrir &
excuser les vices de l'escriture franoise: selon qu'en divisant j'ay
peu decouvrir par les responses que communement font, autant le savant
que l'ignorant. Or il nous fault battre, & miner ces troys forts, de
sorte qu'il ne reste plus de moyen de defense aux opiniastres que nous
ne puissions aisment, & sans crieries forcer l'escriture vicieuse, & la
reduire  l'obeissance de la prononciation, comme qui est par raison sa
dame, & princesse. Mais pour autant qu'entre ces defenses l'usage a la
plus grande apparence, & qu'estant forc les aultres se trouveront bien
tost habandonnes: j'ay advis de premierement faire mes effors contre
luy avecq' bonnes raysons, & de le ruiner de sorte, qu'il ne se treuve
home entendant rayson qui s'en ose plus doresenavant remparer. Voyons
donc premierement si ce qu' toutes hurtes nous appellons tousjours
usage, devra point quelque fois plus raysonnablement prendre le nom
d'abus: & pour nous garder d'abuser des termes, sachons premierement la
diffinition d'usage.

[En marge: Usage.]

Lequel n'est aultre chose qu'une commune faon de vivre d'homes, guide
par raison.

[En marge: Abus.]

Parquoy abus au contraire est une commune faon de vivre confuse, sans
ordre, & sans rayson. Par ce moyen l'usage n'est en rien different de
l'abus, sinon qu'il est fond en rayson, & l'autre en desordre &
confusion. Ce n'est doncq' pas assez messieurs pour approuver une faon
de vivre, de dire, que de tous temps on a de coustume d'ainsi faire.
Autrement il nous faudroit confesser que les vices & mauvaises coustumes
de vivre seroient beaucoup plus louables que les vertus: comme qui sont
beaucoup plus en usage entre les homes, & de plus long temps, veu nostre
fragilit. Vous me direz, & tresbien, que nous avons la loy, la
conscience, l'honneur de dieu, qui les nous defendent, & commandent de
bien faire. Aussi diray je que j'ay la loy, & la rayson par la puissance
des letres qui veult qu'elles seront en l'escriture pour representer les
voix de la prononciation, pour qui elles sont escrites: & non pas pour y
estre oysives en leur puissance, ou bien usurper celle des autres. Car
d'une telle faon d'escrire se cause une incertitude, & confusion de
lecture.

[En marge: Autre defense de vice d'escriture.]

Et afin que nous n'oblions rien, disons encor ce qu'on pourroit mettre
en avant. Comme que la puissance des letres  peu este change avecq' le
temps, & par consequence la maniere d'escrire: tout ainsi que l'usage de
la langue se change, quoy qu'il ayt est quelquefois receu: & que
finablement l'usage  peu amener une faon d'escrire, en laquelle une
letre seroit quelquefois escrite pour estre prononce comme s, en
ministre, & autrefois autrepart, pour ne l'estre point: & pourtant
seulement servir de remplage: ou bien comme aulcuns disent de rendre la
voyelle precedente longue, comme s, en estre: & en semblable des
differences & derivaisons. Brief que les letres ont aujourd'huy prins
ung usage tout autre qu'elles n'avoient anciennement. Et que nous
anciens n'ont point eu plus grand droit de nous obliger  jams de
suyvre leurs inventions en la puissance des letres sans les povoir
diversifier, qu'il n'ont eu en l'usage du langaige: lequel est
aujourd'huy tout autre qu'anciennement & qui de jour  autre se change
peu  peu. Or pour satisfaire  cest argument, je suis bien d'advis
qu'il est raysonnable, que toutes les fois que nous pourrons amender non
seulement noz nouvelles faons de faire: mais aussi celles que nous ont
laiss noz anciens, & venir  meilleur fin, & perfection: qu'allors en
obeissant  la rayson nous n'ayons egard, ny  noz usages, ny  ceux que
nous tenons de tout temps, & qui semblent avoir est de tout jamais: car
la vertu & la rayson doivent tout dompter. Ny n'est en la puissance de
tous les homes (quelque consentement uny qu'ilz peussent avoir ensemble,
si ainsi il povoit advenir) de faire que vertu soit vice, ou vice vertu,
non plus que de commander au soleil faire son mouvement autre qu'il
fait. Mais pourquoy attribue l'on  l'home la rayson par sus les autres
animaux: sinon d'autant qu'il doit mener ses euvres par la cognoissance
d'elle? Et pourtant ceux doyvent estre tenuz pour coulpables de crime de
lese majest envers la rayson tant divine qu'humaine, & ennemys mortelz
du genre humain: qui reputent chose vicieuse  l'home de chercher la
cognoissance du moien de bien vivre tant envers dieu, qu'envers les
homes, qu'en ses privez affaires. Si aussi la faon de faire de noz
anciens, ou celle qu'on invente de nouveau, nous mene aisment, & sans
confusion  la fin que nous pretendons: il me semble qu'il n'est point
d'home de si petit jugement, ne de tant foyble entendement s'il n'a du
tout le sens perdu, qui ne jugea l'advis de ceux vraye simplesse, &
folie, qui en delaissant une si grande aisance pour pervenir  ce que
nous pourchassons, mettroient en avant une faon de faire confuse, &
incertaine: & pour ne pervenir jams  la fin pretendue. Or est il que
l'usage par lequel on permet  une letre representer quelque fois la
voix, & autresfois rien, ou bien tant seulement quelque accident  la
voix comme longueur, difference, ou sourse de vocable, sans diversifier
sa figure: ne peut estre qu'incertaine, & confuse: ny donner qu'occasion
de faulse lecture. Car comme cognoistroy'je qu'en ministre, monstre
(quant il signifie une chose contrefaicte) il fault prononcer s,
plustost qu'en benistre, & monstre, qui est verbe? Je dy aussi par mesme
moien que l'usage qui donne diverses puissances  une letre, rend la
lecture incertaine & confuse, comme quant nous escrivons: il est advenu
ung cas dea les monts d'estrange faon & condition, quelle difference
treuve je en l'escriture par laquelle je cognoisse le premier & dernier
c, devoir plustost estre prononcez en K, que les deux autres qu'il fault
suyvant la prononciation proferer en s? J'entens tresbien que le refuge
sera de dire qu'ung home qui aura quelque peu l'usage de prononciation
franoise, se donnera garde de faire faulse lecture. Mais aussi sera ce
tacitement confesser que l'escriture est incerteine, & dangereuse: &
qu'il fault que le lecteur recoure  sa memoyre, l ou la prononciation
telle qu'elle s'y treuve est bien plus perfectement escrite. Au
demourant je vouldroys bien savoir quel bien, ou quel profit il en
vient, ou bien quelle necessit nous y contraint? sinon que sans point
de doubte le vocable en a tant plus belle apparance. Mais ou est celuy
qui ne blasmast le peinctre qui entreprenant de pourtraire la face de
quelqu'ung: feit en son pourtraict des cicatrices, ou autres marques
notables qui ne fussent point au vif? Car toute pourtraicture pour estre
louable, doit estre faicte telle, qu'en la voyant on cognoisse le vif; &
qu'en voyant le vif, on la cognoisse. Or me semble il messieurs, que je
vous ay amen assez de raysons, & suffisantes pour ne nous fortifier
point de l'usage en noz euvres, sinon de tant que nous le trouverons
necessaire, & fond en rayson. Je say bien toutesfois, qu'il s'en
trouvera quelques ungs qui courroucez demanderont en fureur, si je pense
plus savoir que les autres. Aux quelz aussi je demanderay en semblable,
si lors qu'un Capitaine est assieg dedans une ville qu'on bat, & mine
de toutes pars, doit demander aux ennemys, s'ilz cuydent bien pouvoir
forcer la place? car il me semble qu'alors le temps & la necessit le
forcent assez d'aviser par tout, en faisant diligence de contreminer, de
remparer, & d'envoyer force es lieux plus necesseres. Autrement en
s'amusant en ses demandes, & depris des ennemys, il se trouveroit bien
tost forc avecq' le dangier de sa vie, & honneur. Aussi esse une
bestise  ung home de faire telles demandes  celuy qui met en avant des
raysons, & moiens pour confondre ung abus en quelque faon de vivre que
ce soit, au lieu d'y respondre: & de les debatre particulierement, & par
le menu, & non pas recourir,  je ne say quelle arrogante faon de
response, que les ignorans oultrez, & conveincuz, & ne sahans plus de
quel boys faire fleche ont souvent  la bouche, disans les raysons qui
les forcent estre si foybles, qu'elles n'ont point besoing de response.
Voyla l'excuse dont bien souvent s'aydent ceux qui veulent bien avoir la
reputation d'homes savans, & bien entenduz, mesmement quand ilz font
profession de sciences: ayans opinion qu'ung consentement  la doctrine,
& rayson propose par autruy, sent sa honte, & infamie: & qu'une
obstination opiniastre en ignorance, & faulse doctrine, donne apparance
de grand savoir, & pourtant honnorable. Au demourant je ne suis pas de
ceux qui cuydent plus savoir que les autres. Mais je suis bien de ceux
qui prennent la hardiesse de mettre en avant des raysons, & moiens pour
corriger sa propre faute, & celle d'autruy. Mais combien de Franois,
quants Italiens, quants Allemans, & Hespagnols? Brief toutes nations
estranges qui donnent dans nostre escriture la blasment: comme qui est
par trop estrange de la prononciation franoise. Je confesse bien qu'
bonne rayson on me jugera en ce traict le plus impatient, le plus
oultrecuyd, & finablement le plus damnable de tous: j'entens si
l'impacience de l'home es choses corrompues, & faictes sans raison est
vicieuse, & digne de blasme. Concluons doncques que l'usage gard de si
longue main qu'on vouldra en tout art, & faon de vivre, par lequel nous
ne pervenons point  la fin que nous pretendons: mais au contraire  une
confusion, & desordre, est damnable, comme qui est inutile.

[En marge: Defense de vice d'escriture, pour la difference des vocables]

Poursuivons doresenavant les deux autres defenses, dont se fortifient
ceux, qui n'ayment que confusion, & desordre: & commenons  vuyder
celle par la quelle ilz estiment la superfluite des letres estre non
seulement tollerable: mais d'avantage necessere en l'escriture
franoise, pour monstrer la difference des vocables. Ce qu'ilz font
d'une creinte qu'ilz ont, que le lecteur ne prenne quelque mauvais sens
pour la mesme semblance des vocables en l'escriture. Aux quelz
premierement par mesme rayson je dy, qu'il faudroit user de voix
superflues en la prononciation: d'autant que les escotans peuvent tumber
par la semblance de plusieurs vocables au mesme inconvenient que fait le
lecteur: & par consequence il nous faudra parler jargon pour contenter
ces observateurs de differences.

[En marge: Troys moiens de differences de vocables.]

Or je treuve que la cognoissance des differences des vocables se peut
faire en troys sortes en nostre escriture, & paravanture en quatre si
nous voulions prendre garde aux accens. Mais pour autant qu'ilz sont
encores incogneuz aux franois, nous nous en somes deport. Premierement
donques on cognoit la difference des vocables, quant toutes les voix ou
aucunes de celles dont ilz sont composez sont diverses, comme Roy,
Paris, Lyon, Hector. La seconde maniere de difference est, quant les
vocables ne sont point differens en substance de voix: mais en la seule
quantit, d'une, ou de plusieurs voyelles: comme quant nous disons,
qu'ung home a effondr ung huys ferm d'une buche ferme. Ces deux ferme
ne sont en rien differens en substance de voix: mais tant seulement en
la quantit de la derniere syllabe du premier ferm, qui est longue, 
cause de l'e que vous appellez masculin, & que proprement je vouldroys
appeller e long: attendu que les quantits longue, ou briefve sont es
voix, & qu'improprement nous leur attribuons sexe. La tierce maniere de
cognoistre la difference des vocables, est celle qui vuyde nostre
question: la quelle depend du sens, & du jugement de l'home qui saura
discerner les diverses significations des vocables qui ne sont en rien
differens, sinon d'autant que la rayson du propos le requiert. Comme si
en parlant du Zodiac, & des estoilles fixes qui y sont, quelqu'ung dye
ou bien escrive, que le cueur du Lyon est en la vingt & deuziesme partie
du Lyon ou environ: la matiere nous devra donner occasion de ne juger ce
Lyon estre une beste comme nous le voyons en terre. Et toutesfois la
prononciation, ny l'escriture ne sont point autre de ce vocable Lyon,
soit qu'il signifie une beste terrestre, ou l'ung des signes du Zodiac.
Combien d'avantage pourroys je amener de mots franois, es quelz nous ne
faisons point de difference ny en prononciation, ny en escriture: quoy
que les significations soient diverses.

[En marge: Passe.]

Comme quant nous disons: cest arbalestier qui passe, a frapp une passe,
d'une arbaleste de passe: l ou nous prononons troys passe, d'une mesme
prononciation, & les escrivons de mesmes letres. Or me dictes maintenant
messieurs les observateurs de differences, la rayson pourquoy vous
n'avez point mise de note de difference en ceux cy, ny en ung milion
d'autres: & qu'au contraire vous en faictes es aucuns en corrompant la
loy de l'escriture? Il semble que ce soit de peur qu'elle ne soit trop
aise, & lisable. Dictes moy d'avantage quant nous disons: tu dis, tu
fais en sorte, que tes dictz, & tes faicts nous sont dix fois plus
griefs, qu'ung fes, ou est la difference que vous trouvez en la
prolation de dis, dicts, & dix, & en celle de ces autres, fais, faicts,
fes? Pourquoy doncq' auront ilz plus grand privilege de corrompre
l'escriture, que ces autres dont nous avons parl? Mais ou est la langue
tant soit elle diserte, & opulente, qui se soit exempte de pluralit de
significations en ung vocable? combien qu'au demourant elle ne se treuve
faire autre difference en l'escriture que fait la prononciation, aumoins
en la corrompant: & l ou elle l'auroit faict, la faon en seroit digne
de blasme. Concluons doncques que quelque difference que nous desirions
mettre entre les vocables en nostre escriture, il la fault ranger  la
prononciation, & ne corrompre point la propriet, & puissance des
letres.

[En marge: La defense par les derivaisons.]

Il ne nous reste doncq' plus  debatre que la difficult des derivaisons
qui est le dernier refuge de ceux qui veulent defendre la superfluit
des letres en l'escriture: & mesmement des Latins, disans, qu'il n'y a
point de danger: & que d'avantage nous sommes tenus d'escrire quelque
marque de derivaisons quant nous tirons quelque vocable d'une autre
langue, comme par une maniere de reverence, & recognoissance du bien que
nous avons receu en faisant tel emprunt. De sorte qu'ilz nous
contraignent bien souvent d'estre superfluz en escriture, comme, en
recepvoir escripre, faict, & autres infinis vocables. Pour ausquelz
satisfaire il nous fault premierement entendre que s'il y gist
obligation  telle recognoissance, elle est, ou par loy naturelle, ou
bien d'une prive obligation de peuple  autre par une convention, ou
quasi convention. Au regard de celle qui vient de crime elle n'a point
icy de lieu: d'autant qu'il n'y a non plus d'offense en tel emprunt, que
d'allumer son tyson au feu d'autruy. Premierement quant  la loy
naturelle, il me semble qu'elle nous commande ne faire rien  autruy que
nous ne volussions bien qu'on nous feit. Aussi ne seroit il pas
raysonnable, que nous comme envieux fissions querelle aux Grecz, Latins,
ou autre nation estrange, si en semblable ilz tyroient de nostre langue
aucung vocable. Et l ou nous la voudrions dresser, il faudroit qu'elle
fust colore de quelque perte, ou dommage, aultrement elle seroit
deraysonnable. Premierement quant  la perte, je n'y en treuve non plus
en l'emprunt d'ung vocable pour celuy dont on le tyre, qu'il s'en
trouvera en celuy que fait ung peuple des bonnes loix, & coustumes d'une
autre nation. Parquoy il n'y a point de dommages: mais au contraire ung
merveilleux gain de gloire, & honneur pour la langue de qui on fait
l'emprunt, si nous considerons, qu'il se fait d'une bonne estime qu'on a
de sa suffisance, & bonne invention en ses vocables. Et si d'avantage il
y gisoit obligation, ou est le peuple au monde qui s'en sceut excuser,
soit Grec, soit Latin, Juif, ou Indien? Brief toutes nations du monde
ont est quelquefois troubles de quelque autre peuple, de sorte
qu'attendu les longues demeures que par le moien des guerres &
victoires, ont est faictes des homes sur autres pays: il est impossible
qu'il ne se soit faicte quelque confusion, & mutuel emprunt de langage.
Et toutesfois nous ne voyons point les Romains, ny les Grecz, & Hebreux,
satisfaire  telle obligation en corrompant la puissance, & l'ordre de
l'usage des letres. Il reste doncques que vous me direz, que nonobstant
toutes ces remonstrances, qu'il est bien raisonnable de recognoistre le
bien de celuy, dont tu l'as receu, encores qu'il ne fasse perte, comme
qui t'a est moyen de venir  ce bien l. Quant  cela je confesse bien
que ce seroit ingratitude, de mescognoistre celuy duquel tu auras receu
ung bien tant petit qu'on vouldra, l ou l'occasion s'offriroit de le
recognoistre ou nyer. Comme si le propos se mettoit sus de la sourse de
quelque vocable tyr de la langue Latine, & que tu la voulusses taire, &
l'attribuer  la tienne, ou autre, par malice. A la verit aussi esse
l, ou il fault estre soigneux de la derivaison des vocables: comme
quant on veult faire une grammaire, & eplucher la nayve sourse d'une
diction  la coustume des Latins, qui est trop plus que raisonnable: &
non pas user de ceste faon de marque par une corruption, ou superfluit
de letres, & par je ne say quel emprunt que fait la plume plus que
l'usage de la langue. Et quant ainsi seroit que noz anciens s'y seroient
obligez de leur franche volunt, je ne croy point que les Grecz, ny
Latins qui ont mis tant de peine  rendre leur escriture la plus
perfecte, & plus approchant de leur prononciation qu'il leur a est
possible, eussent jams accept une tant inique, & deraisonnable
obligation. Joint qu'il me semble qu'une recognoissance de quelque bien
receu d'autruy, doit estre faicte telle qu'elle luy soit aggreable. Et
l ou ilz auroient accept, elle se pourroit maintenir nulle, comme qui
est faicte contre les loix, & ordonnances de bien escrire. Or il n'est
point de bien faict si grand qui te puisse obliger  mal faire, ny faire
chose sotte, & digne de reprehension. Au demourant si ainsi estoit que
nous fussions tenuz  ceste maniere de recognoissance par superfluit de
letres, il me semble que la loy deut estre generalle, & que nous serions
tenuz le faire autant aux ungs qu'aux autres. Comment doncques nous
excuserons nous en infiniz vocables tyrs des autres langues, esquelz
nous n'avons point mis de letre superflue? comme, dire, ame, home,
forme, figure, pain, vin, letre, peindre, pourriture, fievre, rumeur,
beau, cheval, egal, larmes. Brief ilz sont en infiny nombre.

[En marge: Dict. Faict.]

Venons d'avantage  ceux qui sont descenduz d'une mesme source, & qu'on
me rende raison pourquoy es aucuns il y a une letre superflue qui n'est
point garde es autres? comme en dict, & faict, esquelz le c, est
superflu, ny n'est point en la prononciation. Vous me direz incontinant
que c'est pour monstrer qu'ilz viennent de dictum & factum, esquelz est
le c: mais aussi repliqueray je pourquoy en semblable dy, dis, dit,
dire, fais, fait, & faire, ne sont escris avecq' le mesme c, veu qu'ilz
viennent de dico, dicis, dicit, dicere, facio, facis, facit, facere:
lesquelz tous sont escris du c, & desquelz dictum & factum ne sont que
derivez.

[En marge: Escripre.]

Que dirons nous de ceux qui mettent des letres qui ne sont point  la
sourse? comme qui escrivent escripre. Je ne puis bonnement entendre 
quelle intention ilz mettent ce p. Car il me semble que suyvant leurs
regles de derivaisons, il falloit plustost mettre ung b, d'autant qu'il
est decendu de scribere. Il est vray qu'ilz me pourront dire qu'il n'y a
non plus de danger en l'ung qu'en l'aultre, comme qui ny servent que
d'estonner le lyseur ainsi que fait ung espovantal de cheneviere les
oysillons, corneilles, & pies. Concluons doncques que telles
observations de derivaisons faictes contre la rayson, & l'ordre
d'escriture sont vicieuses, comme qui la corrompent, & la rendent
incertaine, & confuse: & que finablement nonobstant toutes les susdictes
defenses amenes par ceux qui veulent maintenir les vices de l'escriture
Franoise, il la fault ranger au seul usage de la prononciation: de
sorte qu'elle devra changer de letres, ainsi que l'usage de la langue
changera de voix, comme celle qui luy sert  representer son Image.
Laquelle nous y devons mirer tout telle & ainsi entiere suyvant les
puissances des letres, qu'on a de coustume de mirer en ung mirouer les
Images des choses qui luy sont presentes. Mais pour autant qu'il est
impossible de bien escrire selon les voix de la prononciation, que
premierement nous ne cognoissions les puissances des letres, &  quelles
voix elles servent: tout ainsi que ce n'est pas assez  ung peinctre
d'avoir le vif present s'il ne cognoist les coleurs propres pour faire
le pourtrait perfect: il est necessaire pour rendre nostre entreprinse
perfecte de les rechercher par le menu, & faire en sorte que nonobstant
l'abus nous en puissions bien user: & telement qu'il ne se treuve point
de faon de voix Franoyse, qui ne se puisse escrire si distinctement,
que le lecteur n'ayt point d'occasion de demourer perplex par ung
desordre d'escriture.




DES LETRES, & DE LEURS PUISSANCES.

Chapitre II.


Ceux qui premierement ont divis les voix simples, & subsequemment les
letres, les ont divises en voyelles, & consonantes: tenans les voyelles
comme ames vivifiantes les consonantes, d'autant que sans elles, elles
ne peuvent estre prononces: non plus qu'ung corps ne peut avoir
mouvement, ny vie sans l'ame.

[En marge: a, e, i, o, u]

Or n'ont ilz au commancement assign que cinq voyelles en general: qui
sont, a, e, i, o, u, comme desquelles les autres moyennes participoient,
sans avoir egard  la diversit qui pouvoit provenir  cause de la
quantit. Mais depuis les Grecz considerans leur prononciation,
inventerent la letre, [ta], comme qui estoit une voix moienne entre a,
& e: & qui d'avantage estoit longue, ou bien si vous voulez masculine.
Aussi ont ilz fait l'[omga] mega que nous pouvons appeller le grand O,
le composans de deux o micron qui est ung o petit, pour aucuns vocables
esquelz la prononciation de l'o estoit plus longue. Or me semble il que
la langue Franoise a beaucop de diversitez de voyelles, si nous y
voulons prendre garde: & qui ont besoing d'estre notes en nostre
escriture, si nous la voulons rendre perfecte. Car je treuve qu'entre
ces cinq voyelles nous avons aucunes qui sont moyennes.

[En marge: e femenin clos.  masculin clos.  ouvert masculin. e ouvert
femenin]

Et premierement il me semble que tout ainsi que nous avons cest e,
commun que nous divisons en masculin, & femenin comme en bonne, & bont:
& que nous devons appeller e clos: qu'en semblable aussi avons nous ung
e ouvert masculin, & femenin, duquel la prononciation est entre a, & e,
que j'appelle e ouvert, comme qui requiert une prolation plus ouverte
que l'e commun, ainsi que nous voyons en mes, tes, ses, semblablement:
esquelz certainement l'e sonne plus ouvert qu'en bonne, bont.

[En marge: Ai.]

Et croy bien que pour la craincte qu'on avoit qu'au lieu de l'e ouvert
on ne leust ung e clos, on a abus de la diphthongue ai, tout ainsi que
font aucuns Latins qui la prononcent en e ouvert. De sorte qu'au lieu
d'escrire ms, fs, ilz ont escrit, mais, faicts: qui est une mauvaise
escriture, & abusive, comme je le vous monstreray quant nous viendrons 
vuyder les diphthongues. Et pourtant estoit il beaucop meilleur de
l'escrire d'ung simple e. Ilz ont voulu d'avantage exprimer cest e
ouvert en adjoustant au commun e une s, comme en estre beste, esquelz il
suffisoit ung  ouvert masculin.

[En marge:  ouvert masculin.]

Car comme je vous ay dict tout ainsi que nous avons l'e commun & clos
masculin, & femenin, nous avons aussi l'e ouvert de mesme.

[En marge: e ouvert femenin]

De sorte que nous prononons en tre, bte  ouvert masculin, & en
bonnet, briquet, furet, semblablement, nous prononons l'e femenin.

[En marge: Regle.]

Et nots que tous noms & participes qui se terminent en t au singulier,
ont la terminaison du pleurier en s par  ouvert masculin comme bonnet,
bonns, furet, furs: fet, perfet, escris comme requiert leur
prononciation, font, fs, & perfs. Et si on te debat que ceste faon
d'escriture est bien diverse de la Latine, respons qu'aussi est bien la
prononciation Franoise, que tu entens escrire, & non pas la Latine. Au
demourant il n'y a Calomniateur si dificile, qui se sceut pleindre de
faire prononciation autre que Franoise en lisant ceste faon
d'escriture. Mais pour autant qu'on me pourroit dire que ceste
difference d'e, est malaise  faire, vous avez ung remede qui est de
recourir aux vocables esquelz ilz sont cognuz.

[En marge: Maistre.]

Et pourtant si je veux savoir comme se doit escrire maistre, mon recours
sera  tre: comme qui sont d'une mesme prononciation au premier e, par
ce moien tu despouilleras ce maistre, de la diphthongue ai, avecq' s, &
y mettras le seul  ouvert masculin escrivant mtre. Or entendez que
combien qu'on ayt invent (& avecq' bonne rayson) de diversifier 
masculin du femenin par la ligne dont les Latins notent leur accent
aigu, qu'il ne s'ensuyt pas pourtant que l' masculin ait tousjours
l'accent aigu de sa nature. Car si nous considerons bien la langue
Franoise nous trouverons que communement l'accent aigu se treuve bien e
femenin, comme es secondes personnes du plurier des verbes du present
indicatif. Ce que nous voyons quant nous disons, vous commncez, vous
revnez, esquelz l'accent aigu n'est pas en la derniere syllable mais en
la penultime, qui est ung e femenin. Avecq' ce que jams l'accent ne
change la quantit de la syllabe. Il est vray qu'il y en a d'autres qui
diversifient cest  masculin avecq' une ligne oblique qui prent sa
naissance en l'e, en ceste sorte [e], que je trouverois beaucop meilleur
par ce que cest autre marque qui ja est en usage, est beaucoup plus
propre pour signer les accens  qui les vouldroit marquer. Quoy que ce
soit tout revient  ung.

[En marge: Allast.]

Croyez que par faute d'avoir consider les quantits des voyelles noz
ancestres sont en partie tombez au vice de superfluit de letres: non
seulement en l'e, mais aussi es autres voyelles, comme de l'a, es
tierces personnes du preterit perfect d'aucuns verbes, escrivans,
allast, donnast, aymast: esquelz comme il est notoire, s est superflue,
& suffit seulement de marquer a ainsi que l' masculin: ou bien si cela
vous semble ennuyeux de laisser l'a simple. Car encor' qu'on profera a
brief, si ne seroit il pas si estrange de nostre prononciation que si on
proferoit s.

[En marge: Fist.]

Nous faisons aussi le semblable de l'i, comme quant nous escrivons fist,
fistes, dist, & ainsi des autres: esquelz nous sentons evidemment la
seule prononciation d'un , long: & devons escrire ft ftes.

[En marge: Feit.]

Il est vray que nous avons voulu r'habiller cela par la diphthongue ei:
je ne treuve point toutesfois qu'elle y soit prononce, ny ne le peult
estre sans mauvaise grace.

[En marge: i Consonante.]

Nous usons aussi de l'i consonante, & de mesme figure que la voyelle:
toutesfois qui vouldroit rendre nostre escriture perfecte, il la
faudroit aucunement diversifier, & la tenir quelque peu plus longue.

[En marge: o ouvert]

Venons maintenant  l'o, lequel je treuve en la langue Franoise estre
quelquesfois prononc ouvert, comme en cor, corps, corne, mort, &
autrefois clos, comme en tonner, foller, non, nom: dont es aucuns nous
adjoustons ung u, comme en amour, pouvoir, nous:

[En marge: Noz. Nous]

lequel aussi nous escrivons sans u, comme quant nous disons, noz peres
nous ont faict de grans biens. Et toutesfois autant y a il de difference
en leur prononciation qu'il y a entre deux gottes d'eau. Parquoy je dy
que veu que nous avons des vocables, ou le simple o faict autant en
l'escriture que la diphthongue ou, que nous deussions corriger ceste
faon d'escrire. Car il n'est point de mention de la voyelle u, en toute
la langue Franoise faisant diphthongue avecq' l'o; attendu qu'il
faudroit par necessit que nous l'oyssions en la prononciation, tout
ainsi que nous l'oyons en la diphthongue eu, & qu'il feit une telle
resonance en une syllabe qu'il fait en ce mot cohue, hors qu'il est
prononc par division.

[En marge: Amor.]

J'entens bien qu'on me dira que si nous escrivons amor qu'on prononcera
cest o, tout ainsi qu'on fait en cor, mort, corps. Mais aussi diray je
qu'on le pourra aussi bien prononcer clos comme on fait en tondre, noz,
hoste, compaignon, & en assez d'autres: esquelz certainement la
prononciation est toute telle qu'en amour, pour, courir, pouvoir.

[En marge: o devant r.]

Et  ce que je puis cognoistre nous ne trouvons ceste diversit de
prononciation qu'avecq' r. Car devant les autres consonantes il me
semble qu'il se prononce tousjours clos: & s'il s'en treuve de prononcez
ouverts, ilz sont bien rares. Parquoy pour le moins nous fault il noter
de n'escrire jams, ou, devant les autres consonantes: car c'est la
vraye prononciation de l'o: & escrirons povoir, covrir, coper, covoitise
tout ainsi que nous escrivons bonne, bont, compaignon.

[En marge: o ouvert rare en la langue Franoise]

Et au regard de l'o ouvert il participe de l'a, & o, & est bien rare en
la prononciation Franoise: avecq' ce qu'il ne se treuve (comme j'ay
dict) qu'en aucuns vocables devant r, comme en cor, corne, corps, mort,
fort, bord, or. Ausquelz on pourroit donner ung point au dessus, comme
cr, crps, mrt, pour denoter l'o ouvert, & escrire du simple o tous
autres vocables que nous escrivons avecq' la diphthongue ou. Et ne doit
non plus l'o, estre diphthongu en pour, court, amour, & ainsi de tous
autres o, qu'en corone, bonne, bont, coller, doleur: attendu que la
prononciation ne se trouvera point autre es ungs qu'es autres. Vous
pourrez paravanture dire, que je cherche ung peu de trop pres les
choses. Croyez que je le fais affin que vous cognoissiez comme a est
grande la nonchallance de nous & de noz ancestres, en l'ordre de nostre
escriture: & affin que pour le moins la cognoissance des petites faultes
vous donne horreur es plus grandes, & telle que quelquefois vous pensiez
de les corriger. Et pour aussi donner occasion  ceux qui font des
regles de bien escrire, de rechercher les choses au vif, & de ne se
haster pas tant de nous charger de celles qui ne partent d'autres
principes que de leur fantaisie seule, avecq' je ne say quelle
superstition de nombre de letres pour oultrer l'escriture Franoise, &
la rendre confuse.

[En marge: U. Umbre. Unde. Ombre. Onde.]

Au regard de u, je treuve que quelquefois nous luy faisons usurper la
puissance de l'o devant m, & n, qui est ung vice venu des Latins  cause
des derivaisons, comme en umbre, unde, qui viennent d'umbra, & unda: par
faulte d'avoir consider que l'usage de la langue Franoise a tourn
cest u, en o, & d'escrire ombre, onde, & ainsi de tous les autres,
esquelz vous oyez le son de l'o, comme en conduire, prononcer.

[En marge: Humble]

Vous en pourrez aisment voyr la difference en faisant comparaison
d'humble  ombre, & de ung  onde: d'autant que vous oyrez en humble, &
ung, evidemment la voix de u, & es autres celle de l'o.  Brief tout ce
que vous demande l'escriture n'est point en grand lecture de livres. Il
ne fault estre Hebreu, ne Grec, ne Latin, il ne vous fault que la
prononciation franoise, & savoir la puissance des letres, sans vous
amuser  l'orthographie des autres langes, quelque dificult qu'on vous
face pour les derivaisons: suyvant les quelles vous escririez ung
langage qui n'est Latin, Grec, ny Franois, inutile, & confus pour nous,
& scandaleux aux estrangiers. Au demourant je treuve que les Latins, &
Franois, & toutes autres nations qui usent de l'u, s'en aydent aussi en
son de consonnante.

[En marge: Claude Csar.]

Parquoy l'advis de Claude Csar n'estoit pas sans rayson, qui voulut
qu'on usa d'une autre figure de letre pour u, consonante en inventant
une [f], renverse: qui toutesfois ne fut pas receue. A la verit aussi
est ce chose bien dificile de faire recevoir  ung peuple une nouvelle
faon de faire tant soit elle juste, raysonnable, &  son advantage. Et
pourtant quiconque se mesle de faire telles remonstrances, se doit
contenter d'avoir fait son devoir envers les homes, de tant qu'il sent
son entreprinse bonne & fonde en rayson: sans au demourant craindre les
moqueries & blasmes ausquelz finablement l'ignorance force a son
recours. Il nous reste encores  depescher l'y grec, le quel semble
estre superflu en nostre langue: d'autant que l'i, est suffisant. Il est
vray que les Latins en usent tant seulement es vocables tyrez des Grez,
es quelz il se rencontre, comme en syllaba, lychnus, lycaon, & aultres
innumerables: combien qu'il n'est pas vray semblable, qu'ilz l'ayent
prononc anciennement en i. Or quant  nous ce nous seroit une grand
peine de chercher en nostre langue les vocables Grecz qui le requierent,
d'autant que chascun en use  son bon gr pour i, & sans faire tort 
l'escriture.

[En marge: Aymer. Aimer.]

Aussi bon est aymer qu'aimer. Il est vray qu'il seroit plus convenant
entre deux voyelles que l'i, l ou i, demeure voyelle. Ce qu'aussi nous
faisons le plus souvent, comme en loyal, royal, &  bonne rayson: veu
que l'i, sonne quelque fois en consonante entre deux voyelles, comme en
gojat, projet, ce que jams ne fait l'y, grec.




DES DIPHTHONGUES.

Chapitre III.


[En marge: Diphthongue.]

Or avant que de disputer des diphthongues, sachons premierement que
cest, & disons que diphthongue, en comprenant les triphthongues, est ung
amas de plusieurs voyelles retenans leur son en une seule syllabe:

[En marge: Ay. Eao. Oy. Ye. Uy.]

comme ay, en aydant, eao, en beao, veao, oy en moins, ye en hyer, fier,
uy en bruyt, & ainsi des autres es quelz les deux voyelles sont
prononces. Et pourtant abusent ceux qui cuydent que de ceste assemble
de voyelles, il s'en face une confusion de son d'une seule autre que
celuy de celles qui la forment: comme font les Grecz d'aujourd'huy,
quant ilz prononcent Aineas, Eneas:

[En marge: Typtis. Typteis. Inon. Oinon.]

ou bien quant on pense que l'une seule des deux doit estre prononce: ce
qu'ilz font en la plus grand partie de leurs diphthongues, prononans
tant seulement la derniere voyelle, comme Tiptis, pour Tipteis, inon,
pour oinon: ayans opinion les aucuns d'eux estre impossible de faire en
la langue Grecque, ce que les enfans, & nourisses savent faire en la
nostre.

[En marge: Aimatto]

Mais quelle dificult y a il plus grande  prononcer ai, & oi, en
aimatto, aideo, oine typoien, qu'en ces autres franois, aimant, aydant,
oindre, & moien: es quelz nous oyons resoner legierement les deux
voyelles?

[En marge: Deux abus en diphthongue, en l'escriture franoise.]

Or je treuve qu'en nostre escriture nous en abusons en deux sortes,
l'une, en ce que nous escrivons diphthongue au lieu d'une simple
voyelle, & l'autre en escrivant une diphthongue pour autre.

[En marge: Ai.]

Voyons premierement doncques celles qui commencent par a, & considerons
si ai, se treuve tousjours raysonnablement escrit, de sorte que les deux
voyelles soient en la prononciation comme nous les voyons en aymant,
aydant, hair.

[En marge: Mais. Maistre. e.]

Il n'ya point de doubte qu'en mais, maistre, aise, vous ny trouverez
aucunes nouvelles de la diphthongue ay, mais tant seulement d'ung e que
j'appelle  ouvert, comme ja j'ay dict. Parquoy telle maniere
d'escriture est vicieuse en ceux l, & en tous autres semblables, es
quelz la prononciation est autre que d'ai: comme vous pourrez cognoistre
si vous les paragonez  aydant, aymant, es quelz elle est veritablement
prononce.

[En marge: Ai pour ei.]

Je treuve d'avantage que nous faisons bien souvent usurper  la
diphthongue ai, la puissance de ei, comme en ces vocables sainct, main,
maintenir: es quelz sans point de doubte nous prononons la diphthongue
ei tout ainsi qu'en ceint, ceinture, peindre, peinture, meine, emmeine.
De sorte que si tu te joues de vouloir prononcer ai en ceux l, tu seras
trouv lourd, & de mauvaise grace, & avecq aussi bonne rayson qu'est le
menu peuple de Paris quant il prononce main, pain, par ai. Ne soyons
doncq pas plus lourds, & nyez en nostre escriture que nous ne vouldrions
estre trouvez en la lecture: & escrivons pein, mein, & tous autres, es
quelz nous oyons semblable prononciation par ei, ainsi que nous faisons
peine, meine, ceint, ceinture, peindre, ayans tousjours comme je vous ay
dict la prononciation devant noz yeux: car cest le vif, & le refrein de
nostre escriture.

[En marge: ao. au. Paovre.]

Nous avons d'avantage en la prononciation la diphthongue ao, laquelle
nostre escriture ne cognoist comme point, mais a au contraire en bonne
recommendation la diphthongue au, qu'onques  mon advis langue de
franois ne pronona en son langage, comme autant, cault, chauld,
chevaux royaux, es quelz nous oyons distinctement la diphthongue ao,
tout ainsi qu'en paovre.

[En marge: Saoler.]

Au contraire aussi nous l'escrivons en saoler, aorner, l ou il n'est
nulle memoire de l'a, en la prononciation.

[En marge: Aotant.]

Vsons doncques de la vraye diphthongue en nostre escriture dont use la
prononciation, & escrivons aotant, caot, & ainsi des autres, & mesmement
qu'elle est hors du dangier des Calomniateurs. Car il est impossible
d'en faire lecture en diphthongue, qu'on ne prononce le franois.

[En marge: Oy. Oe.]

Passons aux autres diphthongues, j'entens  celles ou il me semble qu'on
fait quelque abus, comme  la diphthongue oy: la quelle je voy
indiferemment escrite pour oe, comme en moy, toy, soy, troys foys, roy,
& estoit aymoit, & finablement en tous les preterits imperfectz des
verbes: comme aymoys, aymoyt, estoys, estoit, & quant nous disons
quelquefois j'aymoy, j'estoy, es quelz indubitablement nous prononons
la diphthongue oe, par e ouvert femenin, ou brief. Ce que nous verrons
evidemment si nous voulons considerer ceste diphthongue oi, es vocables
es quelz elle est prononce, & trouverons qu'il y a grande difference
des ungs es autres.

[En marge: Moins. Royal. Loyal.]

Car en moins royal, loyal, nous oyons evidemment en la prolation la
diphthongue commencer par o, & finir par i. Au contraire en moy, toy,
soy, nous oyons la fin de la diphthongue, non seulement en e, mais encor
en  ouvert, qui est moien entre a & e clos, & par consequence bien
estrange de la prononciation de l'i, ou y grec.

[En marge: Lo. Ro.]

Nous escrirons doncq' lo, ro, & loyal, royal. Par ce moien la
diphthongue o, sera tourne en oy en ces autres derivatifs. Aussi
ferons nous estoit allot, & tous autres qui ont mesme prononciation, &
qu'un enfant apris en l'Alphabeth cognoistroit aisment. Et retenez que
je parle de la diphthongue o par l' ouvert brief: car nous en avons
une autre par l' ouvert masculin, par lequel nous nous dechargerons de
deux letres superflues: les quelles nous donnent occasion grande, &
mesmement  ceux qui ne sont rusez, & bien usitez  la langue franoise
(je ne dy pas seulement aux estrangiers, mais aussi  la plus grand
partie des franois) de faire une lecture merveilleusement aigre au pris
de nostre usage de parler.

[En marge: Aymoient venoient.]

Les quelles letres se treuvent entrelasses en la tierce personne du
plurier des verbes du preterit imperfect, comme en aymoient, venoient,
disoient: es quelz si nous lisons la derniere syllabe entiere comme la
rayson de l'escriture le requiert, je vous laisse  penser de quelle
mauvaise grace sera la prononciation: & s'il fault comme la raison le
veult que nous lisions moient en aimoient, tout ainsi que nous le
faisons en moien. Or pour remedier  cecy, & que nostre escriture soit
plus courte & plus lisable, il nous fault recorir  la prononciation
ainsi qu'ung peinctre recourt au vif ou  l'ordonnance qu'il suyt pour
corriger son pourtraict.

[En marge: O.]

De vray il me semble que nous ne proferons  parler proprement en
franois que la diphthongue o avecq' le t, en queue, laquelle j'entens
estre de l'o &  ouvert long: de sorte que ceste derniere syllabe n'est
en rien differente de celle de la tierce personne du singulier, sinon
d'autant que l'e du plurier demande plus longue prononciation, que celuy
du singulier:

[En marge: Ferme. Ferm.]

tout ainsi que nous voyons advenir en l'e clos femenin, & masculin,
comme quant nous disons: ferme l'huys, s'il n'est ferm, nous ne voyons
aucune difference en la prononciation, sinon, que la derniere syllabe du
dernier ferm requiert plus longue prolation.

[En marge: Aymot. Aymot.]

Aussi dy je que quant nous disons Pierre aymot ceux qui l'aymot: il
n'ya difference entre ces deux verbes, sinon que le premier a e ouvert
femenin, & le dernier a l' masculin qui demande une prononciation lente
estant celle de l'autre fort soudaine: & l ou vous vous sentiriez
chargez de l'e ouvert, tousjours faudroit il ung  masculin en l'ung, &
femenin en l'autre. Ny n'ay introduit l'e ouvert, sinon pour rendre
l'escriture plus perfecte, & plus lisable. Car il me semble que la
charge n'en est pas si grande que l'aisance.

[En marge: Ou.]

Il reste encores  debatre la diphthongue ou, dont comme je vous ay dict
nous nous passerions bien: tellement que nous voyons que les ungs
l'escrivent quelquefois, les autres non en aucuns vocables, comme en
nous, quant il est primitif, & non en noz quant il est derivatif. Ce
qu'ilz ne font pour autre rayson que pour faire la difference du
primitif au pris du derivatif:  quoy je vous ay ja respondu qu'il n'y a
difference, ny derivaison, qui ayt loy de corrompe l'escriture: & que
puis que la prononciation n'en fait point, qu'aussi ne doivent les
letres en corrompant leur puissance.

[En marge: Volo vis volo volas.]

Mais quelle difference font les Latins quant  l'escriture des letres
entre volo vis, & volo volas?

[En marge: Vouloir. Voler.]

Car vo, est escrit de mesmes letres en l'ung qu'en l'autre: & toutesfois
ilz sont de diverse signification, car volo vis signifie je veux, & volo
volas je vole. Quelle rayson doncques avons nous d'escrire vouloir, par
la diphthongue ou, plustost que voler? De sorte que nous nous obligeons
 une loy  la quelle jams autre langue ne s'est oblige: j'entens pour
corrompre les puissances des letres, & l ou il leur seroit advenu, je
ne voy point de moien de raysonnable excuse.

[En marge: g, c.]

J'ay laiss  parler de deux autres diphthongues que nous avons
introduictes pour nous jetter hors de la confusion du g, & du c,
d'autant que quelquefois nous prononons le g en i, consonante, & le c
en s, devant l'a, & l'o, autrefois en leur propre puissance.

[En marge: ea. eo.]

Comme quant nous disons gagea, & gageons, commencea, commenceons, l ou
ses deux diphthongues ea, & eo, sont faulses. Car nous n'y prononons
purement que l'a, & o: nous vuyderons toutesfois cela quant nous
parlerons de ses deux consonantes. Vous voyez comme d'une faulte on
tumbe en autre: car si le g, & le c n'eussent point usurp les
puissances de s, & de i, consonante, & que nous eussions us simplement
des letres selon qu'est leur puissance: nous n'eussions point eu
occasion d'abuser de ces autres diphthongues. Il y a aussi ung autre
abus en l'i, devant le g, & l, que je remets au propos que nous
tiendrons quant nous les expedierons. Voyla en somme toutes les
dipthongues dont  mon advis nous abusons en nostre faon d'escrire, &
qui me semblent dignes d'estre corriges, si nous voulons faire que
nostre escriture quadre  la prononciation. Passons maintenant aux
consonantes.




DES CONSONNANTES.

Chapitre IIII.


Les Grecz homes ingenieux & recherchans les choses selon la rayson
naturelle, ont form leurs conjugaisons des verbes, suyvans aucunes
consonantes: qu'ilz appellent characteristiques, & qui avoient le plus
d'affinit, & consonance ensemble.

[En marge: B. u consonante f, ph, pt.]

Et pourtant ont ilz mis en la premiere celles qui avoient en la derniere
syllabe devant [omga], b, ou [pi], ou [phi], ou [pi][tau], qui vallent
autant en nostre langue que b, ou u consonante, ou f, p, ph, pt: les
quelles b, & p, sont formes d'une clousture de levres force de
s'ouvrir par le vent de l'home, qui est quelque moindre au b, qu'au p.
Et les autres le sont par une compression qui se fait de la levre
d'embas aux dens de dessus: & est le mouvement moindre en u consonante,
qu'en f, & ph, les quelz j'estime en nostre langue n'estre en rien
differans de puissance:

[En marge: F, ph de mesme puissance en la langue franoise.]

car autant sone f, en filer que ph, en Philipe. Or je treuve qu'en
nostre faon d'escrire nous abusons souvent par superfluit du p, & f,
de sorte qu'elle donne occasion de faire une lecture rude, & brusque:

[En marge: Doibt. Escripre.]

comme quant nous escrivons doibt, doibvent, briefvement, escript,
escripture, escripre. Car l n'est aucune mention d'elles en nostre
prononciation: ny n'est possible de les y faire tant soit peu sonner,
qu'on ne face une lourde faon de parler.

[En marge: Regle de b, & f.]

Et tenez pour regle generalle que b, & f, ne se rencontrent jams en la
prononciation franoise avant u consonante:

[En marge: Obvier.]

si ce n'est que le b, semble quelque peu sonner en obvier: combien que
ce n'est pas la nayve prononciation franoise.

[En marge: Ovier.]

Car sans y prendre garde nous prononons plus voluntiers ovier,
qu'obvier: & ny a point de doubte qu'au dernier obvier nous nous
forons, pensans que la prononciation latine nous y doyve contreindre.
En quoy nous abusons, car le seul usage de nostre langue doit gouverner
nostre prononciation.

[En marge: Brief. Brieve.]

Notez aussi que les noms qui se terminent en f, comme brief, la tournent
en leurs derivatifs en u consonante, comme brief, brieve, privatif,
privative. Passons aux autres consonantes, en poursuyvant celles qui ont
quelque convenance de voix ensemble.

[En marge: G, C, Kh, KT.]

Les Grecz font leur seconde conjuguaison des verbes de G, K, X, K, T,
qui vallent autant en nostre langue que g, & c, ainsi que nous les
prononons avant a, & o, & que Kh, & KT. Or fault il entendre que ces
letres ne sont guieres differentes que de vehemente, moyenne, ou foyble
prolation. De sorte que toutes se forment d'une retraicte que fait la
langue contre le palais en s'estendant jusques aux dens machillieres, &
au mouvement de laquelle se cause Ch, ou Kh, quant il est vehement: & ce
 cause de l'aspiration, mais c, ou K, ou q, quant il est moien: au
regard du g, il a la prononciation plus molle.

[En marge: Ch.]

Nous povons bien voer ces differences en Chameau, Capitaine, Gabriel:
toutesfois que les Franois ne font guieres soner une aspiration
apparamment avecq une consonante, joinct qu'ilz prononcent devant toutes
voyelles ch, en s molle.

[En marge: Cicero. Sisero.]

Je laisse  penser aux Latins de quelle autorit ilz prononcent le c, en
s, avant e, & i, & en semblable le g en i consonante, & combien est
estrange la prononciation de Cicero en prononant Sisero, au pris de
dire Kikero. Pensez comme nous trouverions estrange en nostre langue si
quelqu'ung prononoit Saset pour Caquet.

[En marge: Quintilian. Priscian. Erasme.]

Toutesfois quelque chose qu'en dye Quintilian, & Priscian: & apres eux
Erasme, on y voyt point d'amendement. Et au lieu de prendre peine (qui
ne seroit pas grande) de bien prononcer selon l'ancienne coustume des
Latins, chascung s'excuse sur la faulte d'autruy, disant que les plus
savans en usent ainsi. Si n'est il en la puissance de tous les savans
homes du monde de forger une nouvelle langue Latine par la plume, ny par
livres. Car ung langage est de telle nature, qu'il requiert pour son
commencement la tette des nourrisses, & le commun usage receu presques
de toutes conditions d'homes d'une nation: ny ne fut oncques trouv
depuis que le monde est monde, qu'autres homes que ceux du pays ayent en
puissance de changer l'usage d'une langue, sinon de tant qu'ilz ont eu
commune habitation ensemble. Au demourant il n'y a celuy qui estudie es
langues Latine, & Grecque, qui n'entende faire la prononciation telle,
qu'a est celle des Autheurs qu'il list: & s'il la fait autre, je puis
dire que c'est ung jargon: d'autant que sa lecture ne fut onques
anciennement cognue. Avecq ce que comme je vous ay dict l'usage par
lequel nous tumbons en confusion & desordre, se doit appeller abus.
Voyons maintenant si les Franois ont point confondu ces letres, de
sorte qu'on puisse faire faulse lecture.

[En marge: Abus du c, en s.]

Je trouve premierement que nous avons usurp le c, en son d's, avant
toutes les voyelles: combien que quelquefois il demeure en sa premiere
puissance devant a, o, u, comme en Capitaine, Compaignon, Cure. Mes en
ces autres comme, Fona, faon, cecy nous voyons qu'il est prononc en
s. Parquoy vous voyez evidemment que ceste faon d'escrire donne
occasion de mal prononcer, & de laisser le liseur en doubte. Or je
m'esmerveille que ceux qui ont cherch de faire differente escriture de
vocables, l ou leur signification seroit diverse: n'ont advis en
semblable de diversifier les letres, l ou leur puissance se trouveroit
diverse.

[En marge: Faon Facond. Nous Noz.]

Car il me semble qu'il est aussi raysonnable de diversifier le C, quant
il sonne en S, de celuy qui sonne en K: attendu mesmement que la
prononciation est diverse, comme en faon, & facond, que de faire
diverse l'escriture de nous, primitif, & de noz derivatif: qui ne sont
en rien differens en leur prononciation.

[En marge: .]

Pour nous oster doncques de ceste confusion du C, j'ay advis que les
Hespaignols ont ung  crochu, ou  queue, dont nous pourrons user devant
toutes voyelles: devant lesquelles nous usurpons le C, en S, en
escrivant de a ey faon, non pas que je vueille dire que S, ne s'y
puisse bien mettre, quoy que les homes de france se moquent des Dames le
faisant ainsi.

[En marge: L'escriture des femmes de france meilleur que celle des
homes.]

Des quelles si nous recherchons la faon d'escrire, nous la trouverons
beaucop plus raysonnable, & mieux poursuyvie selon l'Alphabeth, que
celle des plus savans homes des nostres. Brief s'il est demour quelque
reste de raysonnable escriture, & forme selon que les puissances des
letres le requierent, il leur en fault donner l'honneur: comme qui ont
suyvi ung bon principe qui est, que l'office des letres est de servir en
l'escriture, chascune selon sa puissance: & non pas pour y estre oysive,
ou bien usurper celle d'une autre. Ce qu'au contraire nous avons faict
tous en prenant des faulx principes, que ja je vous ay debatuz.

[En marge: Abus en tous ars par faulx principes.]

Si nous estions homes  qui la rayson fut en affection, & que nous
eussions en toutes choses les vrays principes en aussi bonne
recommandacion que les apparans: les sophisteries, & faulses doctrines
en tous ars ne seroient pas en si grand regne, ny receues pour
veritables. Mais en cela cognoistrez vous la difference du savant, & de
l'ignorant, & sophiste, que le savant se fortifie de ses principes,
qu'il sent partir de verit, & pourtant certains, & invincibles: sans
recourir  nulles autres armes, & sans fuyr nulle part le combat. Mais
l ou la rayson nous default, & que la verit nous presse, de sorte que
ceste apparence qui n'est qu'une couverture de mensonge vient  estre
decouverte: allors nous quittons la campaigne, ainsi que fait une troupe
de gens de guerre quant elle se sent foyble, & regaignons le fort de
ruses, & malices, pour quelquefois faire des saillies, avecq' injures,
cryeries, & toutes faons de cruaut. O que c'est une grande pauvret, &
misere en ung pays, quant les homes veulent forcer les autres de
recevoir l'ignorance pour science, & les tenebres pour lumiere! Or
revenons  noz moutons. Il me semble doncques que si nous usons de ceste
faon de  comme je vous ay dict: & que nous employons le nostre devant
les voyelles, esquelles nous le prononons en K, comme en Capitaine,
coper, compaignon, que nous fuirons ceste faon de confusion de
puissance de letres. Par ce moien nous aurons deux letres d'une mesme
nature: d'autant qu'il n'est pas possible de corriger l'abus du c
autrement: avecq' ce qu'il n'y a point d'inconvenient pour la lecture,
d'avoir plusieurs letres d'une mesme puissance.

[En marge: K, Q superflus.]

Quant est du K, & q, les Latins les ont estimez superfluz, comme qui
avoient le c, ayant mesme puissance qu'eux sur toutes les voyelles. Il
est vray qu'ilz s'aydoient du q, comme dict Priscian pour monstrer qu'es
vers l'u ensuyvant perdot la force de letre, qui se doit entendre  mon
advis en tant que touche la quantit. Car par rayson deux voyelles en
une syllabe la rendent longue. Or avons nous en tyrant des vocables de
la langue Latine gard ce q, avecq l'u en ceux ou nous l'avons trouv:
combien que l'u n'y soit aucunement prononc, & que nous ne soyons en la
necessit pour la poesie dont parle Priscian. Parquoy il est superflu.

[En marge: Qui, que, quelle. qi, qe, qelle.]

Car quant nous prononons qui, que, quelle, quant, & ainsi des autres,
nous ne disons sinon qi, qe, qelle, qant. Et pourtant je treuve que
c'est simplesse de l'escrire, & de penser que l'u soit de rien
necessaire pour faire soner le q en K. Et si le c n'eust est corrompu
en usurpation de s, & qu'il eut gard sa puissance devant i, & e, en K:
nous n'avions en sorte du monde besoing du q, ne du K. Car si nous
prononons le c en K, en cholerice comme il deut estre, nous y
trouverons nostre lecture aussi entiere qu'en cholerique, ou choleriqe.
Parquoy le q, ou bien le K nous est necessere mesmement devant e, & i,
comme en qi ou Ki, qelle, ou Kelle. Et quant  cest u, que nous mettons
apres le q, il donne occasion de mauvaise lecture: & si ne la donne pour
la grande coustume qu'on a de la taire, si est ce qu'en le taisant nous
cognoissons qu'il est surhabondant.

[En marge: Ch. Cholere, Chameleon.]

Au regard de Ch nous en usons egallement devant toutes les voyelles en s
molle: comme en chansons, cheminer, chiches crochu, exceptez aucuns tant
Latins que Grecz esquelz nous le prononons en K, comme en cholere
chameleon, chart, & toutesfois nous n'oyons point de prononciation
autre que du simple c, ou K.

[En marge: Colere. Cameleon]

Et pourtant nous les devons escrire par le seul C, ou K sans avoir egard
 l'aspiration, veu que nous ne l'y faisons point sonner, ny  la
derivaison, comme souvent je vous ay dict, sinon d'autant que la
prononciation la garde: de sorte que nous devons escrire Colere,
Cameleon.

[En marge: Collation Camelot]

Ne ny a non plus de difference en la prononciation de Co & Ca en eux,
qu'en Collation, & Camelot. Et pour autant que nous avons usurp Ch, en
S, molle, par devant toutes voyelles, nous n'en userons qu' ceste faon
de voix.

[En marge:  pour Ch.]

Combien que qui voudroit mieux faire nous le pourrions diversifier ainsi
que je vous ay dict du  sonant en s: & pour monstrer qu'il doit estre
prononc plus mollement que le c simple, luy mettre ung point au mylieu
de ceste figure : d'autant que c'est une moquerie de penser qu'h,
amollisse une voix. Car au contraire elle luy donne vehemence, comme
vous voyez en home, Hallebarde, Hallecret. Parquoy ce seroit ung abus de
l'appeller c aspir, & le devra l'on plustost nommer c mol, comme qui
requiert une prononciation grasse, & molle.

[En marge: G. U apres g abusif.]

Au demourant quant  la letre g, je treuve que nous l'avons usurp en i
consonante presques devant toutes les voyelles: de sorte que quant nous
en voulons user suyvant sa propre puissance devant e, & i, nous tombons
au mesme vice que nous faisons du q: apres lequel nous escrivons ung u,
dont la prononciation ne fait point de mention.

[En marge: Quadrer. quelle. Langue.]

Et tout ainsi que nous escrivons quadrer, quelle, esquelz nous ne
prononons point u: aussi escrivons nous langue, languir. Esquelz
toutesfois n'est non plus de mention de l'u, qu'en ces autres Gabelle,
Gabrier, allengore. Qui en est doncq' la cause? l'inconsideration de
ceux qui premierement ont usurp le g en i consonante: & qui se voyans
pressez, d'autant que quelquefois nous le prononons devant toutes les
voyelles en sa propre puissance, ilz ont advis d'entrejetter cest u,
mesmement quant e, ou i, sont subsequens comme en langue, languir, &
guyder, pensans  mon advis que les Latins le feissent ainsi:

[En marge: Legis leget. Lejis lejet.]

attendu que nous prononons aujourdhuy legis, leget, tout ainsi que
lejis lejet. Je voudrois toutesfois bien savoir la rayson pourquoy nous
ne prononons ga, ge, gi, go, gu, d'un mesme son de g, qu'il fait avant
a, tout ainsi que nous faisons ba, be, bi, bo, bu. Ce que les Allemans
font en leur langage, ainsi que je l'ay entendu: de sorte que s'ilz
avoient  escrire en leur langue, languir: ilz n'escriroient sinon
langir.

[En marge: L'usage des anciens.]

Voila doncques que nous a faict cest usage de noz anciens, que les
ignorans mettent si souvent en avant. Ilz ont premierement confondu la
puissance des letres: & pour autant que par necessit il fault qu'il
s'en ensuyve desordre, ilz sont tombez en ung autre inconvenient, qui
est la superfluit d'elles. Croyez messieurs, que le recours qu' tout
propos nous faisons  la souffisance de noz anciens, comme les estimans
avoir faict toutes choses de grand conseil, & consideration, est
quelquefois une apparante couverture de vices, & faultes: & une vraye
nourrisse d'ignorance, & d'oysivet d'entendement, avecq' une
oultrecuydance pour conserver une apparance de savoir.

[En marge: Honneur deu aux anciens.]

Brief il fault suyvre noz anciens, & leur porter reverence, de tant que
nous les voyons l'avoir port  la rayson: ayans opinion que leurs
euvres doyvent de tant estre louables, qu'elles seront trouves faictes
de consideration.

[En marge: I consonante pour g.]

Pour remedier doncques  ce g, il me semble que nous deussions pour bien
escrire, & pour oster ceste confusion de letres, user de l'i consonante,
toutes les fois que nous l'usurpons en telle puissance, comme en Ange,
Linge, Manger, Mangeons: & oster du tout la fantasie que nous avons 
ces derivaisons de langues, puis que nous ne la gardons point en la
prolation:

[En marge: La prononciation des Latins & Grecz du g, avant e, & i
vicieuse.]

avecq' ce que la prononciation Latine, & Grecque du g avant e, & i, ne
fut oncques anciennement telle que nous la faisons aujourdhuy: &
garderons nostre g, devant toutes voyelles en la mesme puissance qu'il a
devant a, o, u. Par ce moyen nous osterons premierement l'abus de l'u,
entrejett devant e, ou i, comme en langue languir: secondement nous
osterons la diphthongue ea, que nous escrivons sans propos en mangea,
gagea, & ainsi des autres, en escrivant manja, gaja. Tiercement nous
osterons aussi celle de eo, comme en mangeons gageons, en escrivant
manjons, gajons.

[En marge: Lange pour langue.]

Il est vray que vous me direz que quant en manjer, gajer, & des autres
semblables l'amendement sera suportable: mais qu'attendu le commun usage
de g en i consonante avant e, & i, il sera bien difficile de recevoir
lange pour langue, langir pour languir. Quant  cela je confesse bien
que toutes choses en leur commancement sont difficiles, & facheuses, &
mesmement quant il fault desapprendre. Mais aussi n'est il rien si
difficile que l'home n'entrepreigne, quant par rayson il y sent ung
grant gain & proufit. Vous me direz d'avantage que l'Italien,
l'Hespaignol, & assez d'autres peuples en font comme nous. Ayons
doncques par sus toutes nations ce bon renom, que nous somes les
premiers qui estans blasmez par sus tous autres peuples d'user de la
plus confuse, & vicieuse escriture, l'avons de sorte amende qu'elle
leur servira de mirouer pour donner ordre aux leurs. Nous ne somes pas
encores hors de tous les abus du g.

[En marge: ig.]

Car il me semble que nous en abusons lordement avecq' ung i devant n
molle, d'autant qu'elle n'y sonne aucunement: ny ne luy donne aucun
confort de sa voix, comme en Aigniau, mignon, esquelz nous n'oyons,
qu'une n amollie: qu'au contraire le g precedent deut renforcer comme
tresbien le prononcent les Italiens en la langue Latine, le proferans
entre g & n, en magnus, agnus, ainsi que l'ancienne coustume le
requeroit. Et pourtant non sans cause les anciens disoient qu'en cela
ilz avoient faulte d'une letre qui sonna entre g & n. Ilz craignoient 
mon advis donner occasion de confusion de lecture.

[En marge: N molle]

Or pour autant que n, en nostre langue sonne quelquefois mollement, &
que noz anciens sont tombez en mauvaise prononciation du g devant n, es
vocables Latins: ilz ont par mesme rayson faicte mauvaise escriture
Franoise.

[En marge: n.]

Parquoy en prononant mal agnus, qui veult estre prononc quasi comme
annus, sinon que ceste premiere n, doit tenir du g (Autrement ne le vous
sauroye je declairer) ilz ont extraict une prononciation Franoise tout
autre en Aigniau: & l'ont escrit tout ainsi presque que les Latins, au
lieu que la langue Franoise ne requeroit qu'une prononciation molle de
n, laquelle il suffisoit diversifier aucunement, comme d'ung poinct
crochu mis au dessus n.

[En marge: Cognoistre.]

D'avantage il y peut eschoir desordre, attendu que nous escrivons
quelquefois ce g devant n, & l ou elle ne sonne point ainsi mollement
comme en cognoistre, cognoissance: mais aussi pourroit on respondre, &
avecq' rayson que le g n'y sert de rien, & qu'il n'y est non plus
necessere qu'en Conoille, Connestable: & s'il y a renfort de
prononciation de n, il la faudroit escrire, & non pas ung g.

[En marge: Vng. Chacung. Besoing.]

Je treuve encor' que nous abusons de ce g en tous vocables, esquelz nous
le faisons final comme ung, chacung, besoing. Car je ne voy point que
les Franois ayent aucune prolation finissant en g. Au fort si vous en
trouvez c'est la rayson que vous l'escriviez ainsi, sinon, c'est abus de
l'escrire.

[En marge: D, th, & t.]

Venons maintenant au reste des consonantes selon qu'elles ont entre
elles quelque convenance de voix, & prenons celles dont les Grecz font
leur tierce conjugaison, comme D, [thta], T, que nous, & les Latins
figurons par d, th, & t: lesquelles ne sont entre elles differentes que
de prolation plus forte, ou plus remise: & se forment toutes d'ung
hurtement de langue aux premieres dens de dessus, fort en th, moindre au
t, & foible au d.

[En marge: Advenir. Ad.]

Or quant  l'usage je ne treuve point la puissance du d, avoir est
corrompue: mais il me semble que nous en abusons en superfluit, &
mesmement es vocables tyrez de la langue Latine, comme en advenir,
admonestement, advis, & finablement en tous noms, & verbes Latins
composez avecq' la preposition ad: combien qu'au demourant nous le luy
ayons ost, quant il est simple, comme quant nous escrivons, d'icy  peu
de jours j'yray  la romaigne, nous n'escrivons point de d avecq' a,
combien qu'il soit tyr du mesme ad, dont est tyr admonestement, &
adversaire, & n'est non plus de mention du d, es ungs qu'es autres,
parquoy il est superflu.

[En marge: Abus du t, pour s.]

Quant au t, je treuve que nous l'avons corrompu luy faisans faire
l'office de s.

[En marge: Dictio, vitium, Satio.]

Ce qu' mon advis est advenu de la mauvaise prononciation qu'en font les
Latins en la langue Latine, mesmement quant i, est subsequent avecq'
quelque autre voyelle, comme en dictio, vitium, Satio. Lesquelz tyrans
ceste maniere de vocables  la langue Franoise, ont amen ceste faon
de corruption du t, escrivans diction, manifestation, malediction.
Toutesfois ceux qui ne sont point Latins en escrivent les aucuns par c,
comme prononciacion. Or quant  cest abus, il me semble qu'il sera bon
d'user du ,  queue comme je vous ay dit en ceux ausquelz est le seul
t, comme en manifestation. Car combien que ce soit la vraye
prononciation de s, toutesfois nous n'en pourrions pas user, d'autant
que toutes les fois que nous l'escrivons entre deux voyelles, nous la
prononons en z, qui est ung autre abus dont je parleray bien tost. Nous
escrirons doncques manifestaion, annoniaion.

[En marge: ct. x.]

Mais quant  ceux que nous escrivons par ct, nous les devrons escrire
par x, d'autant que c'est une letre double qui vault autant que cs.

[En marge: Exercice. Xerxes.]

Ce que nous voyons appertement en plusieurs vocables, comme en exercice,
Xerxes, execution, esquelz x sonne tout ainsi que fait ct, en diction,
faction. Parquoy sans avoir egard  la derivaison ny  la vicieuse
prononciation des Latins, qui par rayson deussent prononcer ct, en
dictio, tout ainsi qu'en dictum: nous escrirons dixion, si nous voulons
faire une escriture nayve, & bien lisable.

[En marge: Ematius Sarmatia.]

Et ne nous amuserons point  leur regle dont j'ay parl, faicte  la
haste, & de n'a gueres, pour couvrir leur commun vice de prononcer:
combien que quelquefois ilz ne la gardent pas, d'autant qu'ilz le
prononcent en aucuns vocables en sa propre puissance, disans, Ematius,
Sarmatia, & non pas Emaius, Sarmaia.

[En marge: Ti.]

Au demourant, messieurs, nous avons des vocables Franois: esquelz le
ti, sone sa propre voix, combien qu'il soit devant une voyelle comme en
moyti, mauvesti. Vous voyez donques que ceste diversit ne cause que
desordre en l'escriture Franoise: car il n'y a non plus de rayson que
t, doive sonner en moyti en sa propre puissance, qu'en diction: parquoy
il fault corriger cest abus.

[En marge: Autre abus du ct. Faict, faicts, dict, dicts.]

Je treuve d'avantage que nous abusons du ct, mesmement es participes, ce
que ja je vous ay dict parlant de la difference des vocables, comme en
dict, faict, perfaict, dicts, faicts, perfaicts: dont es premiers n'est
aucune mention du c, ny en leurs pluriers nulle du ct: au lieu desquelz
nous prononons dit, ft, perft, dis, fs, perfs. J'entens bien que
les Latins trouveront bien estrange que je despouille ainsi ces vocables
des letres de leur sourse, je ne dy pas les savans: mais ceux tant
seulement qui n'ont pour toute rayson qu'une opinion supersticieuse pour
les derivaisons.

[En marge: Et.]

Il me semble d'avantage que nous escrivons Et, copulative avecq' ung t,
& sans propos. Ce que nous sentons bien quant le vocable ensuyvant
commence par voyelle: d'autant qu'il seroit bien difficile qu'une
consonante finale ne monstrast sa puissance en la voyelle subsequente.
Comme quant nous disons: les homes ont  mourir une fois: s'il n'y
entrevient quelque faon de pose, ou fin de clause. Mais quant nous
disons: Annibal a combatu contre les Franois, & Italiens, &
Hespaignols, nous ne nous oserions avanturer de prononcer le t de &, que
ce ne fut pour servir de moquerie aux auditeurs. Or est il qu'encores
moins sonne il devant les consonantes, parquoy je dy qu'on doit escrire
et, sans t.

[En marge: Regle du d & t.]

Notez aussi, que tous noms terminez en d, ou t, les tornent au plurier
en s, ou z, comme renard, hazard, dent, content, qui font renars,
hazars, dens, contens.

[En marge: s, z.]

Il reste encores une race de letres dont les Grecz ont faict leur quarte
conjugaison qui sont s, z: desquelles celle qui nous est la plus
familiere en nostre langue, est la moins en usage en l'escriture. Car au
lieu du z que nous prononons souvent, nous escrivons une s, mesmement
entre deux voyelles, comme en disons, faisons, & ainsi de tous les
autres.

[En marge: z final.]

Au contraire aussi comme quasi pour recompense, nous escrivons un z,
final, l ou souffiroit un s. Il est vray que ce n'est pas ung vice fort
notable: car il semble que s, finale sonne en z, quant le vocable
ensuyvant commence par voyelle, comme les amours, les avanturiers. Or
quant  cela je n'y m'y arreste pas beaucop, attendu que la lecture n'en
sauroit estre notablement vicieuse. Mais quant  la difference qu'on met
en avant touchant le , masculin des noms pluriers, & des secondes
personnes du plurier des verbes, de sorte qu'on veut dire, que voluptez,
dignitez, & autres semblables requierent une s: & allez, venez, tyrez,
ung z, il me semble que soubz la reverence de ceux qui le mettent en
avant, le z, n'a point plus de puissance que l's, d'estre mis es verbes
qu'es noms. Et me semble qu'ayms, est aussi bien escrit par s, que
dignits, & si z est plus aggreable, aussi bonne est l'escriture de
dignitez par z, que celle d'aymez.

[En marge: z, final.]

Combien que veritablement le z n'est point letre nayvement finale en la
langue Franoise: d'autant qu'elle requiert je ne say quel siflement
avecq' fredon.

[En marge: Persuazio pour persuasio.]

Nous escrirons doncq' ung z au lieu de s, entre deux voyelles, comme en
dizons, fezons, plezane: veu que nous le gardons en la prononciation,
sans avoir egard  celle des Latins, & Grecz qui prononcent s, ainsi
assise en z, comme persuazio pour persuasio, pertezus pour pertesus,
Baziliscos pour Basiliscos, paralyzis, pour paralisis: esquelz s deut
sonner tout ainsi qu'en insido, Consul, Asymbolos, Asynthetos: attendu
qu'ilz y prononcent s, tout ainsi que nous la proferons en salut,
savoir, Symon.

[En marge: s superflue.]

Or quant  la superfluit de s, je vous ay ja souvent dict comme sans
propos nous l'escrivons sans servir de rien en l'escriture, sinon
d'occasion de faulse lecture. Brief elle ne doit estre escrite, que de
tant quelle est prononce. Je croy bien aussi qu'anciennement on la
prononoit en beaucoup de vocables: comme en honeste honnestet. Mais
depuis l'usage de parler a est autre: parquoy il fault que l'escriture
soit autre. Il est vray qu'il fault noter les voyelles longues pour le
mieux, les quelles bien souvent ont contraint plusieurs d'user de s,
pour les monstrer de longue prononciation: combien qu'il vaudroit mieux
user plustost d'une voyelle simple, que d'abuser d'une letre, & de sa
puissance. Car on ne treuve point que les letres ayent est inventes
pour ne servir quelquefois que de note de quantit, & autrefois
representer la voix. Et me semble que ceux qui s'opiniatrent en telles
opinions, n'ayment que confusion d'escriture, & occasion de vicieuse
lecture. Passons oultre & venons aux consonantes, qui comme gens
r'assemblez de divers pays, & quasi comme orphelines, n'ont entre elles,
ny avecq autres, aucune affinit.

[En marge: l, m, n, r, Abus de l.]

Et pourtant les Grecz les ont appelles immuables, qui sont l, m, n, r:
entre les quelles la premiere nous est si recommande, que sans propos &
avecq une je ne say quelle occasion, nous l'escrivons sans avoir egard
qu'elle donne grande occasion de faire une lecture rude, & de mauvaise
grace. Mais quelle prononciation franoise seroit ce, si nous voulions
proferer l, en aultre, peult, eulx, chevaulx, royaulx? Ceux qui entre
les franois veulent defendre ceste faon d'escriture recourent  la
derivaison, disans, que puis qu'au primitif se treuve une l, qu'elle se
doit garder es derivatifs. Parquoy veu que l, se treuve en cheval,
royal, loyal, il fault que chevaulx, & royaulx la retiennent: &
defendent de mesme rayson f, en briefve, briefvement, & autres
semblables, dont ja j'ay parl. Qui est une observation, qu'onques
langue ne fit, ny ne pourroit faire sans corrompre l'escriture, & la
rendre confuse. Ce vice aussi ne vient que de faulte de considerer les
faons de former les derivatifs des primitifs, selon l'usage d'une
langue. Il est vray que les Grecz ne changent point l, en tous les
vocables qui sont formez des verbes qui l'ont pour Charecteristique.

[En marge: l, en, aos.]

Au contraire aujourd'huy les franois la changent en aos au plurier
quant elle est letre finale des noms: de sorte que cheval, royal, loyal,
& autres leurs semblables font chevaos, royaos, loyaos. Et si croy bien
qu'anciennement on disoit chevals, royals, loyals: mais depuis la
prononciation a est autre, il fault aussi que l'usage d'escriture soit
autre. Et si nous voulons bien rechercher les choses au vray, nous
trouverons que la plus part de nous franois usent de ceste superfluit
de letres, & mesmement de l, s, x, plus pour parer leur escriture, que
pour opinion qu'ilz ayent qu'elles y soient necesseres. Car les ll,
avecq les ss, ouves comme carpes servent de grand remplage en une
escriture, & donnent grand contentement aux yeux de celuy qui se paist
de la seule figure des letres, sans avoir egard si la lecture pour
laquelle elle est principallement invente en sera facile, & aise.
J'ose bien d'avantage asseurer que c'est bien l'une des principalles
causes pour laquelle je n'espere pas jams, ou pour le moins il sera
bien dificile, que la superfluit de letres soit quelquefois corrige:
quoy qu'il s'ensuyve espargne de papier, de plume, & de temps, &
finablement facilit, & aisance de lecture  toutes nations.

[En marge: ll. Meilleur]

Nous usons d'avantage de deux ll, avecq ung i, precedent pour
representer une prononciation grasse de l, comme meilleur, veiller, l
ou nous n'oyons aucunement le son d, i, & s'il y en a aucung, il semble
avoir plus d'apparance apres la prononciation de l. C'est ung vice aussi
que je vous ay not en parlant du g, devant n, quant elle sonne
mollement comme en aigniau, l ou en semblable i semble plustost avoir
quelque resonance apres n, que devant, comme en mignon.

[En marge: Letres de prononciation grasse.]

Combien qu' la verit ceste mollesse de l, & n, ne se cause point par
letres precedentes ny subsequentes: & n'est qu'une propriet de langue
de prononcer une mesme voix plus dure, & autrefois plus molle, comme l,
en meilleur, & n, en mignon, & s, que nous escrivons par ch, en chevaux,
chevalier, chastier. Et croy bien que ce sont prononciations les quelles
n'ont jams est Latines ny Grecques.

[En marge: Ch. [shin]]

Il est vray que celle de ch prononc mollement semble avoir est
hebraique, & estre telle que celle de [shin], ainsi qu'aucuns le
prononcent. Et pourtant seroit il beaucoup meilleur de diversifier
aucunement les letres quant elles diversifient quelque peu leur son, que
d'en faire une telle assemble en l'escriture pour ne servir que
d'apparance seule, & d'empeschement de papier, avecq occasion grande de
faire faulse lecture. Avecq ce que cest une chose par trop
deraisonnable, et contre nature que deux letres ensemble facent ung son
mol, l ou la simple le rend ferme, comme en voler, consoler.

[En marge: l. Meleur.]

Si donques nous voulions marquer cest l, d'ung point dessus, comme je
vous ay dict de n, nous nous releverions de ceste confusion de letres:
de sorte qu'il nous suffiroit d'escrire meleur, au lieu de meilleur: ou
bien leur faire quelque autre faon de diversit de meilleur grace. Il
est vray que les Hespaignols ont une faon d'escrire quelquefois deux
ll, au commencement d'un vocable pour faire la prononciation molle,
escrivans llano, qui est une faon fort estrange: toutesfois ilz ne
l'ont  mon advis faict que pour monstrer ceste mollesse, et par faulte
d'avoir invent quelque autre meilleur moien, ou plustost nouveau
Caractere. Car on ne doit jams s'il est possible, abuser des letres.
Mais pourquoy n'eut le peuple receu ung nouveau Caractere aussi tost que
deux ll, pour une l, molle?

[En marge: i, ll. Ville, village, villageois.]

Pourquoy aussi nous doit estre plus estrange d'apprendre qu'une l avec
ung point, ou ainsi que tu voudras sonne mollement, que l'assemble
d'ung i avecq deux ll, attendu que quelquefois nous ne les prononons
pas ainsi en tous vocables: comme en ville, village, villageois? Pour 
quoy satisfaire la response sera foible que l'i, en ceux l est
conjoinct  la precedente syllabe, & non pas aux ll, parquoy les ll
sonnent leur naturelle voix:

[En marge: Tillac, billard.]

car on pourra aussi repliquer de tillac, Billard, ciller, & d'autres
semblables es quelz combien qu'i soit conjoint  la syllabe precedente,
les deux ll ne laissent pas d'estre prononces mollement. Vous povez
doncq bien voir la grande incertitude, & confusion de telle maniere
d'escrire.

[En marge: Abus de n. Ayment donnent.]

Mais quant  n, je treuve que tout ainsi que nous en abusons comme je
vous ay dict, es tierces personnes du plurier des preteritz imperfectz
de l'indicatif, quant j'ay parl des diphthongues oe, & o, qu'aussi
fesons nous es mesmes personnes du present, comme en ayment, donnent,
frapent, es quelz nous ne prononcons sinon aymet, frapet, donnet.

[En marge: Aymet pour ayment.]

Et qui se forment de la tierce personne du singulier en adjoustant le
seul t,  la derniere syllabe termine en e femenin: de sorte que si
nous adjoustons  aym tierce personne du present ung t, se formera
aymet, tierce personne du plurier, en retenant tousjours e femenin: de
sorte que nostre escriture sera raysonnable, quant nous escrirons les
homes aymet les femmes. J'ay dict notamment par e femenin, & clos,
d'autant qu'ung calomniateur ne faudroit pas de prononcer e en donnet,
comme en bonnet, furet, es quelz est ung e femenin ouvert. Brief je dy
que si nous prononons le mesme e, qui est en la tierce personne du
singulier, en y adjoustant tant seulement ung t, il est impossible, que
tu ne prononces la vraye tierce personne du plurier. Au contraire si tu
t'esforces le moins du monde de prononcer cest n, que nous y
entrelassons, considere de quelle grace sera ta prononciation.

[En marge: X.]

Il ne nous reste plus  expedier que x, duquel je vous ay ja dict la
puissance parlant de ct. Au demourant nous en abusons en nostre langue
la faisant finale  plusieurs vocables, comme aux Chevaulx, Royaulx.

[En marge: Aos. Chevaos Royaos.]

Car il me semble que les Franois n'ont point de propre terminaison en
x, et que s, y est suffisante, et pourtant nous devons escrire aos,
chevaos, royaos en ostant toute superfluit & usurpation de letres, &
sans avoir egard au long usage ou plustost abus ny aux differences, ny
finablement aux derivaisons: mais tant seulement  l'usage de la
prononciation: j'entens si nous voulons escrire le langaige dont nous
usons. Vela doncques les raysons qu'il m'a sembl bon de vous mettre en
avant, pour vous faire cognoistre le grand abus, desordre, & confusion,
que nous tenons en nostre faon d'escrire: de sorte que nous povons
raysonnablement confesser, que nous escrivons ung langage qui n'est
point en usage, & usons d'une langue qui n'a point d'usage d'escriture
en France.




DE L'APOSTROPHE OU DETOUR D'UNE LETRE, OU SYLLABE FINALE.

Chapitre V.


[En marge: Ce, que, ma.]

Quelques savans homes ont si bien introduit l'apostrophe, qu'elle est ja
receue en l'imprimerie, comme qui est bien necessere pour eviter
superfluit de letres: & l'ont restraincte tant seulement aux
monosyllabes comme en ce, que, ma, ta, sa, & assez d'autres, disans
qu'il failloit escrire m'amye, t'amye, m'amour, t'amour: au regard de
s'amour il n'est point en usage selon qu'il me semble. Et fault entendre
que m'amour, t'amour, ne sont pas fourgez de mon, & ton, mais de ma, &
ta: d'autant que ce vocable amour est aussi bien femenin, que masculin:
de sorte que quant nous y adjoustons mon, ton, & son, il ne s'y peut
faire collision, ou apostrophe. Car nous disons entierement mon amour,
ton amour, son amour. Et pour monstrer qu'il se prononce en sexe
femenin, nous disons ma grand' amour, ta grand' amour, sa grand' amour,
une merveilleus' amour. Or il me semble que ceste restrinction aux
monosyllabes, n'est qu'ung chastoillement & qu'elle n'atteint point au
vif: & qu'au surplus elle peut donner occasion  quelqu'ung de la
debatre comme plus fantastique que necessere. Car s'il met en avant que
quant nous disons, j'ayme de grande amyti, il n'y a non plus de rayson
que l'e de je, doyve estre not par l'apostrophe que celuy de grande,
attendu qu'e en grande est aussi bien teu qu'en je: il aura occasion de
tenir ta doctrine pour faulse, ou pour le moins pour imperfecte. Aussi
n'y a il point de rayson qu'il doyve estre escrit en l'ung, & non en
l'autre. Et pourtant quiconque se veult entremettre de donner regle en
quelque art que ce soit, doit prendre bons fondemens sans avoir autre
egard qu' la rayson. Ny ne feit oncques medecin belle cure qui a eu
plus les appetiz d'ung malade en recommandation que l'ordre, & les
moyens, par les quelz on luy doit procurer la sant. Aussi ne doit non
plus chercher ung qui baille doctrine, ny attendre d'avantage, que fait
ung qui monstre le vray chemin  ung passant, du lieu ou il tyre:
d'autant que s'il ne le croyt, & qu'il s'esgare ce n'est que sa faulte,
& non celle de celuy qui l'enseigne. Je dy donques generallement que
toutes les fois qu'en la prononciation aucune letre finalle se pert,
l'Apostrophe est necessere en l'escriture pour denoter la collision, ou
perte de la voyelle ou consonante. Et l ou nous ne vouldrions recevoir
l'Apostrophe, je dy qu'encores la letre ne doit point estre escripte.
Comme quant nous disons une amye entiere, ayme d'une perfecte amour,
nous devons escrire un' amy' entier' aym d'une perfet' amour. Et quoy
que ceste maniere d'escrire semble estre de prime face estrange, si est
elle telle que la faulte de bonne lecture ne viendra que de
l'imperfection du lisant, & non pas de l'escriture.

[En marge: Les des.]

Quant aux consonantes je treuve que les, des, es, perdent s, quant le
vocable ensuyvant commence par consonante, comme quant nous disons les
compaignons de guerre es quelz les Capitaines ont faict des dons sont
les mieulx agguerriz: nous devons escrire, l compaignons de guerre 
quelz, l' Capitaines ont faict de dons sont l mieulx, agguerriz: car
si nous prononons s, en ces monosyllabes, la prononciation sera
vicieuse. Brief il me suffist de vous faire entendre la vertu de
l'Apostrophe pour vous en ayder ainsi que la prononciation vous
contreindra. Or fault il entendre qu'elle n'a point de lieu, l ou il
entrevient quelque point autant de virgule, que de fin de clause: comme
quant nous disons une femme bonne, apprinse, & sage, pensera tousjours
de son honneur. Autrement tu ferois une prononciation confuse, l ou
elle requiert estre distincte & faicte quasi avecq quelques poses.

[En marge: il, elle.]

Nots aussi que il, & elle, apres le verbe termin en e femenin ne fait
pas perdre le son d'e, comme quant nous disons, ayme il? ayme elle? il
s'en pourroit trouver d'autres, dont la prononciation vous devra faire
sages. Il y a aussi quelque fois detour de syllabe entiere comme en
avez, & savez quant nous disons a'vous, sa'vous, pour avez vous, savez
vous, que pour eviter tant de diverses figures je trouveray bon de
marquer de la figure de l'Apostrophe: d'autant que c'est une mesme
rayson de detour en voix, ou syllabe finale.


_A UNG SEUL DIEU HONNEUR_

ET GLOIRE.




AU LECTEUR, S.


Tu as cy devant (Lecteur) le discours de Loys Meigret Lyonnoys, touchant
nostre escripture Franoyse. Qui est un oeuvre, ou il l'ha si nayfvement
debatu, qu'il me contrainct (ou guieres ne s'en fault) de tenir son
party: voyre l'ensuyvre de brief en sa forme d'escrire, fonde en
raisons vifves & pleines de verit: encores que Mos, ce tyran, vicieux &
resveur, ne fasse aultre chose que luy recalcitrer. Apres lequel traict
il m'ha sembl bon d'adjoindre, La maniere de bien traduire d'une langue
en aultre: la punctuation de la langue Franoyse: & les accentz
d'icelle, mis en lumiere par Estienne Dolet, natif d'Orleans. Et ce ay
je faict (meu envers toy de bon vouloir) si non  ton utilit, au moins
pour te resjouyr l'esprit en la tradition de ces deux advis ensemble
(Pourquoy n'oseray-je point dire Institutions?) proffitables aux
professeurs de nostre langue. Mais si tu trouve l'orthographie de
Meigret, dissemblable  celle de Dolet: sache que l'un le veult ainsi,
& l'aultre pareillement. Doncques (amy) ne dy point que j'escry en
diverses manieres, comme confuz, & ne sachant de quel boys faire
flesches, quand tu auras leu ce, que je te presente: ains reoy le tout
d'aussi joyeuse face, comme je te le livre. Et  Dieu.




AU LECTEUR ENCORES.


Ly et puis juge: ne juge toutesfoys devant, que d'avoir veu mon Orateur
Franoys, qui (possible est) te satisfaira, quant aux doubtes, ou tu
pourras encourir lisant ce Livre.


Dixain, de Saincte Marthe.

    Pourquoy es tu d'aultruy admirateur,
    Vilipendant le tien propre langage?
    Est ce (Franoys) que tu n'as instructeur,
    Qui d'icelluy te demonstre l'usage?
    Maintenant as en ce grand advantage,
    Si vers ta langue as quelcque affection:
    Dolet t'y donne une introduction
    Si bonne en tout, qu'il n'y a que redire:
    Car il t'enseigne ( noble invention)
    D'escrire bien, bien tourner, & bien dire.




ESTIENNE DOLET A MONSEIGNEUR DE LANGEI

humble salut, & recognoissance de sa liberalit envers luy.


Je n'ignore pas (Seigneur par gloire immortel) que plusieurs ne
s'esbaissent grandement de veoir sortir de moy ce present Oeuvre:
attendu que par le pass j'ay faict, & fais encores maintenant
profession totalle de la langue Latine. Mais  cecy je donne deux
raisons. L'une que mon affection est telle envers l'honneur de mon pas,
que je veulx trouver tout moyen de l'illustrer. Et ne le puis myeulx
faire que de celebrer sa langue, comme ont faict Grecs, & Romains la
leur. L'aultre raison est, que non sans exemple de plusieurs je
m'addonne  ceste exercitation.

[En marge: Autheurs antiques illustrateurs de leur langue.]

Quant aux Antiques tant Grecz, que Latins, ilz n'ont prins aultre
instrument de leur eloquence, que la langue maternelle. De la Grece
seront pour tesmoings Demosthene, Aristote, Platon, Isocrate, Thucydide,
Herodote, Homere. Et des Latins je produis Ciceron, Csar, Salluste,
Virgille, Ovide. Lesquelz n'ont delaiss leur langue, pour estre
renomms en une aultre. Et ont mesprise toute aultre: sinon qu'aulcuns
des Latins ont apprins la Grecque, affin de savoir les arts, &
disciplines traictes par les Autheurs d'ycelle.

[En marge: Aulcuns Autheurs modernes illustrateurs de leur langue, tant
en Italien, qu'en franoys.]

Quant aux modernes, semblable chose que moy a faict Leonard Aretin,
Sannazare, Petrarcque, Bembe (ceulx l Italiens) & en France Bude,
Fabri, Bouille, & maistre Jacques Silvius. Doncques non sans l'exemple
de plusieurs excellents personnages j'entreprends ce labeur. Lequel
(Seigneur plein de bon jugement) tu recepvras non comme parfaict en la
demonstration de nostre langue, mais seulement comme ung commencement
d'ycelle. Car je say, que quand on voulut reduire la langue Grecque, &
Latine en art, cela ne fut absolu par ung homme, mais par plusieurs. Ce
qui se faira pareillement en la langue Franoyse: & peu  peu par le
moyen, & travail des gens doctes elle pourra estre reduicte en telle
parfection, que les langues dessusdictes. A ceste cause (seigneur tout
humain) je te requiers de prendre ce mien labeur en gr: & s'il ne
reforme totallement nostre langue, pour le moins pense, que c'est
commencement, qui pourra parvenir  fin telle, que les estrangiers ne
nous appelleront plus Barbares. Te soubvienne aussi en cest endroit,
qu'il est bien difficille qu'une chose soit invente, & parfaicte tout 
un coup. Parquoy tu te doibs contenter de mon invention, & en attendre
ou par moy, ou par aultres la parfection avecq' le temps. Joinct aussi,
qu'en choses grandes, & difficilles le vouloir doibt estre asss. Je
laisse ce propos, & te veulx dire ce, qui m'a esmeu de te dedier ce
Livre.

[En marge: Le comble des vertus de Monsieur de Langei.]

Certes l'opinion, & estime grande, que j'ay de ton savoir, eloquence,
&, jugement en tout esmerveillable, m'a induict  ce faire, aultant ou
plus, que l'humanit, & liberalit, de laquelle tu uses de jour en jour
de plus en plus en mon endroict: & ce sans aulcun mien merite: car de te
faire aulcun service meritant telle amour, que me la portes, & monstres
par effect, cela est hors totallement de mon pouvoir. Toutesfoys pour
suppliment du pouvoir la volunt te doibt satisfaire: laquelle est
telle, que sans exception d'aulcun Humain je te revere, comme ung
Demidieu habitant en ces lieux terrestres, & estincellant de tous costez
par une lumiere de vertus  toy seul octroyes par l'Omnipotent:
Omnipotent envers toy prodigue des ses graces, si jamais il en eslargist
 aulcune sienne creature. Et qui est celluy, qui puisse  mon dict
contredire, s'il a cognoissance de tes faicts? Nul ne doubte de la bont
de ta nature. Chascun se sent de ta munificence. Toutes Nations
estranges ne preferent aulcun  toy touchant l'art militaire, &
conduicte de guerre.

[En marge: Monsieur de Langei gouverneur du piedmont.]

Quant  la politique, & gouvernement equitable d'ung pays, le Piedmont
en donnera tesmoignage: en laquelle Province tu es  present gouverneur
soubs l'autorit du Roy, qui t'a esleu  ceste charge, comme personne
idoine  touts faicts de grand conseil, & prudence. Croy (Seigneur le
premier des Humains) que je suis l'homme le moins admirant les hommes
sans raison, & cause vehemente: mais tes vertus, et parfaictions
infinies m'ont ravy jusques  l, que sur touts je t'adore: et ceste
affection, la Posterit n'ignorera, si mes Oeuvres meritent immortalit
de nom. Icy feray fin de mon epistre, te priant derechef avoir ce mien
Livre pour aggreable.




ESTIENNE DOLET, AU PEUPLE FRANCOYS

humble Salut, & accroissement d'honneur & puissance.


Depuis six ans ( peuple Franoys) desrobbant quelcques heures de mon
estude principalle (qui est en la lecture de la langue Latine, et
Grecque) te voulant aussi illustrer par tous moyens j'ay compos en
nostre langage ung Oeuvre intitul l'Orateur Franoys: duquel Oeuvre les
traicts sont telz.

[En marge: L'Orateur Franoys.]

    La grammaire.
    L'orthographe.
    Les accents.
    La punctuation.
    La prononciation.
    L'origine d'aulcunes dictions.
    La maniere de bien traduire d'une langue en aultre.
    L'art oratoire.
    L'art potique.

Mais pour ce, que le dict Oeuvre est de grande importance, & qu'il y
eschet ung grand labeur, savoir, & extreme jugement, j'en differeray la
publication (pour ne le precipiter) jusques  deux, ou troys ans. Ce
pendant tu t'ayderas des instructions, qui sont en ce present Livre.
Lequel si je cognois t'estre aggreable, je seray plus enclin  te bien
polir, & parfaire le demeurant de mon entreprinse.

[En marge: La vertu du vivant est tousjours envie.]

Combien, que j'en attends plustost contentement de la Posterit, que du
Siecle present: car le cours des choses humaines est tel, que la vertu
du vivant est tousjours envie, et deprime par Detracteurs, qui se
pensent advantager en reputation, s'ilz mesprisent les labeurs
d'aultruy. Mais l'homme de savoir, & de bon jugement ne doibt regarder
 telz resveurs, & plustost s'en mocquer du tout. Ainsi faisant, je
poursuivray mon effort, & attendray legitime los de la Posterit: non
d'aulcuns vivants par trop pleins d'ingratitude, & maulvais vouloir.
Contente toy pour ceste heure ( peuple Franois) de ce petit Oeuvre: et
prends pour pleige l'affection, que je porte  ma renomme, que dedans
quelque temps je te rendray parfaict l'Oeuvre dessusdict. Et si aulcuns
se delectent en tel labeur, cela n'est que bon. Que pleust  Dieu, que
pour ung il y en eust mille: car par telz efforts le plus parfaict sera
cogneu, & en demeurera la gloire au bien entendant la langue Latine, et
Franoyse. Pour le moins de mon cost je tascheray de faire mon debvoir
en si noble, & louable passetemps.

[En marge: L'ingratitude d'aulcuns personnages de ce temps.]

Vray est que si j'estois envieux du bien d'aultruy, je me deporteroys de
ce mien labeur: pource que j'ay cogneu telle ingratitude entre les
hommes de mon temps, que ceulx, qui ont le plu[s] proffit sur mes
Oeuvres, sont les premiers, qui taschent de deprimer mon renom: mais
pour leur meschante nature je ne laisseray de produire par Oeuvres le
don de grace, que le Createur m'a faict tant en la cognoissance de la
langue Latine, que de ma maternelle Franoyse. Et ce tout  l'honneur, &
gloire de luy (luy seul autheur de tout bien) &  l'utilit de la chose
publicque: laquelle je prefere aux maldicts de tous mes Envieux, &
Detracteurs: qui  la fin se trouveront tromps en moy: car leur
meschant langage ne me sert, que d'ung esguillon  la vertu tout au
rebours de ce, qu'ilz vouldroient de moy proceder. Mais je say, comme
il fault tromper telles bestes chausses: & en telle prudence consumeray
le demeurant de ma vie, taschant tousjours de perpetuer mon nom par
Oeuvres recommendables  la Posterit, & aage futur: lequel se trouvant
vuide d'envie en mon endroict, & muni de bon vouloir, ne se monstrera
ingrat, mais par une equit, & raison louera ce, qui est de louer. Ceste
esperance m'a tousjours esmeu  escrire, & donn coeur de prendre les
labeurs, que j'ay jusques icy prins en la vacation literaire. Car au
jugement des vivants il y a bien peu d'equit, & racueil pour les
doctes. Adieu Peuple le plus triumphant du Monde, soit en vertu, soit en
puissance. A Lyon ce dernier jour de May, l'an de grace. Mil cinq cents
quarante.




LA MANIERE DE BIEN TRADUIRE D'UNE LANGUE EN AULTRE.

Autheur Estienne Dolet natif d'Orleans.


La maniere de bien traduire d'une langue en aultre requiert
principallement cinq choses.

[En marge: La premiere reigle pour bien traduire]

[] En premier lieu, il fault, que le traducteur entende parfaictement
le sens, et matiere de l'autheur, qu'il traduict: car par ceste
intelligence il ne sera jamais obscur en sa traduction: & si l'autheur,
lequel il traduict, est aulcunement scabreux, il le pourra rendre
facile, & du tout intelligible. Et de ce je te vois bailler exemple
familierement. Dedans le premier Livre des questions Tusculanes de
Ciceron, il y a un tel passage Latin:

[En marge: Lieu de Ciceron interpret.]

Animum autem animam etiam fer nostri declarant nominari. Nam & agere
animam, & efflare dicimus: & animosos, & bene animatos: et ex animi
sententia. Ipse autem animus ab anima dictus est.

Traduisant cest Oeuvre de Ciceron j'ay parl, comme il s'ensuyt. Quant 
la difference (dy je) de ces dictions animus, & anima, il ne s'y fault
point arrester: car les faons de parler Latines, qui sont deduictes de
ces deux mots, nous donnent  entendre, qu'ilz signifient presque une
mesme chose. Et est certain, que animus est dict de anima: & que anima
est l'organe de animus: comme si tu voulois dire la vertu, & instruments
vitaulx estre origine de l'esprit: & icelluy esprit estre ung effect de
ladicte vertu vitale. Dy moy (toy qui entends Latin) estoit il possible
de bien traduire ce passage, sans une grande intelligence du sens de
Ciceron? Or sache doncques, qu'il est besoing, & necessaire  tout
traducteur d'entendre parfaictement le sens de l'autheur, qu'il tourne
d'une langue en aultre. Et sans cela, il ne peult traduire seurement, &
fidellement.

[En marge: La seconde reigle]

[] La seconde chose, qui est requise en traduction, c'est, que le
traducteur ait parfaicte cognoissance de la langue de l'autheur, qu'il
traduict: & soit pareillement excellent en la langue, en laquelle il se
met  traduire. Par ainsi il ne violera, & n'amoindrira la majest de
l'une, & l'aultre langue. Cuides tu, que si ung homme n'est parfaict en
la langue Latine, & Franoyse, il puisse bien traduire en Franoys
quelcque oraison de Ciceron?

[En marge: Chascune langue a ses propriets.]

Entends, que chascune langue a ses propriets, translations en dictions,
locutions, subtilits, & vehemences  elle particulieres. Lesquelles si
le traducteur ignore, il faict tort  l'autheur, qu'il traduict: et
aussi  la langue, en laquelle il le tourne: car il ne represente, &
n'exprime la dignit, et richesse de ces deux langues, desquelles il
prend le manment.

[En marge: La tierce reigle.]

[] Le tiers poinct est, qu'en traduisant il ne se fault pas asservir
jusques  l, que l'on rende mot pour mot. Et si aulcun le faict, cela
luy procede de pauvret, & deffault d'esprit. Car s'il a les qualits
dessusdictes (lesquelles il est besoing estre en ung bon traducteur)
sans avoir esgard  l'ordre des mots, il s'arrestera aux sentences, &
fera en sorte, que l'intention de l'autheur sera exprime, gardant
curieusement la propriet de l'une, et l'aultre langue. Et par ainsi
c'est superstition trop grande (diray-je besterie, ou ignorance?) de
commencer sa traduction au commencement de la clausule: mais si l'ordre
des mots perverti tu exprimes l'intention de celluy, que tu traduis,
aulcun ne t'en peult reprendre.

[En marge: C'est follie de vouloir rendre ligne pour ligne, ou vers pour
vers.]

Je ne veulx taire icy la follie d'aulcuns traducteurs: lesquelz au lieu
de libert se submettent  servitude. C'est  savoir, qu'ilz sont si
sots, qu'ilz s'efforcent de rendre ligne pour ligne, ou vers pour vers.
Par laquelle erreur ilz depravent souvent le sens de l'autheur, qu'ilz
traduisent, et n'expriment la grace, & parfection de l'une, et l'aultre
langue. Tu te garderas diligemment de ce vice: qui ne demonstre aultre
chose, que l'ignorance du traducteur.

[En marge: La quarte reigle]

[] La quatreiesme reigle, que je veulx bailler en cest endroict, est
plus  observer en langues non reduictes en art, qu'en aultres.
J'appelle langues non reduictes encores en art certain & receu: comme
est la Franoyse, l'Italienne l'Hespaignole, celle d'Allemaigne,
d'Angleterre, & aultres vulgaires.

[En marge: Il se fault garder d'usurper mots trop approchants du Latin]

S'il advient doncques, que tu traduises quelque Livre Latin en icelles
(mesmement en la Franoyse) il te fault garder d'usurper mots trop
approchants du Latin, & peu usits par le pass: mais contente toy du
commun, sans innover aulcunes dictions follement, & par curiosit
reprehensible. Ce que si aulcuns font, ne les ensuy en cela: car leur
arrogance ne vault rien, & n'est tolerable entre les gens savants.

[En marge: La langue Grecque, ou Latine est plus riche en dictions, que
la Franoyse]

Pour cela n'entends pas, que je dye, que le traducteur s'abstienne
totalement de mots, qui sont hors de l'usage commun: car on sait bien,
que la langue Grecque ou Latine est trop plus riche en dictions, que la
Franoyse. Qui nous contraint souvent d'user de mots peu frequents.
Mais cela se doibt faire  l'extreme necessit. Je say bien en oultre,
que aulcuns pourroient dire, que la plus part des dictions de la langue
Franoyse est derive de la Latine, & que si noz Predecesseurs ont eu
l'authorit de les mettre en usage, les modernes, & posterieurs en
peuvent aultant faire. Tout cela se peult debattre entre babillarts:
mais le meilleur est de suyvre le commun langage. En mon Orateur
Franoys je traicteray ce poinct plus amplement, & avec plus grand
demonstration.

[En marge: La cinqiesme reigle.]

[] Venons maintenant  la cinqiesme reigle, que doibt observer ung bon
traducteur. Laquelle est de si grand vertu, que sans elle toute
composition est lourde, & mal plaisante. Mais qu'est ce, qu'elle
contient?

[En marge: Nombres oratoires.]

Rien aultre chose, que l'observation des nombres oratoires: c'est 
savoir une liaison, & assemblement des dictions avec telle doulceur,
que non seulement l'ame s'en contente, mais aussi les aureilles en sont
toutes ravies, & ne se faschent jamais d'une telle harmonie, de langage.
D'iceux nombres oratoires je parle plus copieusement en mon Orateur:
parquoy n'en feray icy plus long discours. Et derechef advertiray le
traducteur d'y prendre garde: car sans l'observation des nombres on ne
peult estre esmerveillable en quelcque composition, que ce soit: & sans
iceulx les sentences ne peuvent estre graves, & avoir leur poix requis,
& legitime. Car penses tu, que ce soit asss d'avoir la diction propre,
& elegante, sans une bonne copulation des mots? Je t'advise, que c'est
aultant, que d'ung monceau de diverses pierres precieuses mal ordonnes:
lesquelles ne peuvent avoir leur lustre,  cause d'une collocation
impertinente. Ou c'est aultant, que de divers instruments musicaulx mal
conduicts par les joueurs ignorantz de l'art, & peu cognoissantz les
tons, & mesures de la musique. En somme, c'est peu de la splendeur des
mots, si l'ordre, & collocation d'iceulx n'est telle, qu'il appartient.
En cela sur touts fut jadis estim Isocrate Orateur Grec: & pareillement
Demosthene.

Entre les Latins Marc Tulle Ciceron a est grand observateur des
nombres. Mais ne pense pas, que cela se doibve plus observer par les
Orateurs, que par les Historiographes. Et qu'ainsi soit, tu ne trouveras
Csar, & Saluste moins nombreux, que Ciceron. Conclusion quant  ce
propos, sans grande observation des nombres ung Autheur n'est rien: &
avec iceulx il ne peult faillir  avoir bruict en eloquence, si
pareillement il est propre en diction, & grave en sentences, & en
arguments subtil. Qui sont les poicts d'ung Orateur parfaict, &
vrayement combl de toute gloire d'eloquence.




LA PUNCTUATION DE LA LANGUE FRANOYSE.


[En marge: Toutes langues n'ont qu'une punctuation.]

Si toutes langues generalement ont leurs differences en parler, &
escriture, toutesfois non obstant cela elles n'ont qu'une punctuation
seulement: & ne trouveras, qu'en icelle les Grecs, Latins, Franoys,
Italiens, ou Hespaignols soient differents. Doncques je t'instruiray
briefvement en cecy. Et pour t'y bien endoctriner il est besoing de deux
choses. L'une est, que tu cognoisses les noms, & figures des poincts.
L'aultre, que tu entendes les lieux, ou il les fault mettre. Quant aux
figures, elles sont telles, qu'il s'ensuyt, ou en ceste sorte.

[En marge: Les figures des poincts.]

  i.      ,
  ii.     :
  iii.    .
  iiii.   ?
  v.      !
  vi.     ( )

[En marge: Les noms d'iceulx.]

[] i. Le premier poinct est appell en Latin incisum: & en Franoys
(principalement en l'Imprimerie) on l'appelle ung poinct  queue, ou
virgule: & se souloit marquer ainsi / .

ii. Le second est appell en Grec comma: & les Latins ne luy ont baill
aultre nom. Mais il fault entendre, que toutes ces sortes de punctuer
n'ont leur appellation, & nom  cause de leur forme, et marque, ains
pour leur effect, & propriet.

iii. Le tiers est dict par les Grecs colon. En Latin on l'appelle
punctum. Et en l'Imprimerie on l'appelle ung poinct, ou ung poinct rond.
Toutes foys quant  l'efficace il n'y a pas grand difference entre
colon, & comma. Sinon que l'ung (qui est comma) tient le sens en partie
suspens. Et l'aultre (qui est le colon) conclud la sentence. Par ainsi
on pourroit dire, que le colon peult comprendre plusieurs comma: & non
pas le comma plusieurs colon.

[En marge: Prevention contre les detracteurs.]

[] Si en cest endroict quelcque maling detracteur veult dire, que
j'entends mal ce, que les Grecs appellent comma, & colon: je luy
responds, que combien que les Grecs ayent appell comma, ce que
j'appelle ung poinct  queue: & que dudict comma je marque ung colon: &
que je constitue ung colon pour fin de sentence, certainement je n'erre
en rien. Car les Latins interpretent comma pour incisum: & si les Grecs
le prennent pour incision de locution, je le veulx prendre pour incision
de sentence, c'est  savoir pour sentence moyenne, & suspendue: & le
colon pour sentence finale du periode. Je dy cecy, pour obvier aux mal
disants, & calumniateurs. Desquelz il est au temps present si grand
nombre, que si ung homme d'esprit s'arrestoit  eulx, il ne composeroit
jamais rien. Mais mon naturel est tel, que je n'ay aultre passetemps,
que de telz fols.

iiii. Le quart est nomm par les Latins interrogans: & par les Franoys
interrogant.

v. Le quint differe peu du quart en figure: toutesfoys il se peult
appeller admiratif, & non interrogant.

vi. Le sixiesme est appell parenthese: & est double, comme l'on peult
veoir par ses deux petis demys cercles.

[En marge: La collocation des poincts.]

[] Or puis que tu cognois leurs noms, & figures, je te veulx maintenant
monstrer familierement, quelz lieux ilz doibvent avoir en nostre parler,
& escripture. Et te prie y vouloir entendre: car une punctuation bien
garde, & observe sert d'une exposition en tout oeuure.

Premierement il te fault entendre, que tout argument, & discours de
propos, soit oratoire, ou poetique, est deduict par periodes.

[En marge: Qu'est ce que periode.]

[] Periode est une diction Grecque, que les Latins appellent clausula,
ou comprhensio verborum: c'est  dire une clausule, ou une
comprehension de parolles. Ce periode (ou aultrement clausule) est
distingu, & divis par les poincts dessusdicts. Et communement ne doibt
avoir que deux, ou trois membres: car si par sa longueur il excede
l'alaine de l'home, il est vicieux. Si tu en veulx avoir exemple, je te
voys forger ung propos, ou il y aura troys periodes: dedans lesquelz
touts les poincts, que je t'ay proposs, seront contenus: & puis je te
declaireray par le menu l'ordre, & la cause d'ung chascun. Or mon propos
sera tel.

[En marge: Exemple d'ung periode parfaict.]

L'empereur cognoissant, que paix valloit mieulx, que guerre, a faict
appoinctement avec le Roy: & pour plus confirmer ceste amyti, allant en
Flandre il a pass (chose non espere) par le Royaulme de France: ou il
a est repceu en grand honneur, & extreme joye du peuple. Car qui ne se
resjouyroit d'ung tel accord? qui ne loueroit Dieu de veoir guerre
assopie, & paix regner entre les Chrestiens?  que long temps avons
desir ce bien!  que bien heureux soient, qui ont traict cest accord!
que mauldicts soient, qui tascheront de le rompre!

[En marge: L'usage, & collocation de l'incisum, dict en Franoys poinct
 queue, ou virgule.]

[] Au premier periode (qui se commence l'Empereur cognoissant) je te
veulx monstrer l'usage du poinct  queue, du comma, de la parenthese, &
du poinct final, aultrement dict poinct rond. Le poinct  queue ne sert
d'aultre chose, que de distinguer les dictons, & locutions l'une de
l'aultre. Et ce ou en adjectifs, substantifs, verbes, ou adverbes
simples. Ou avec adjectifs joincts aux substantifs expressement. Ou avec
adjectifs gouvernants ung substantif. Ou avec verbes regissants cas: ce
que nous appellons locutions. Exemple de l'adjectif simple. Il est bon,
beau, advenant, jeune, & riche. Ne vois tu pas, que ce poinct distingue
ces dictions bon, beau, advenant, jeune, & riche? Exemple du substantif
simple. Il est plein de grand' bont, beault, addresse, jeunesse, &
richesse. Exemple du verbe simple. Il ne faict rien, que manger, boire,
& dormir. Exemple de l'adverbe. Il a faict cela prudem^ment,
courageusement, & heureusement. Exemple de l'adjectif joinct au
substantif. Il est de grand courage, de prudence singuliere, & execution
extreme. Exemple de l'adjectif gouvernant ung substantif. Il a tousjours
vescu bien servant Dieu, secourant ses prochains, & n'offensant
personne. Exemple du verbe rgissant cas. C'est chose louable de bien
servir Dieu, secourir ses prochains, & n'offenser personne.

Voila des exemples, pour te monstrer clairement l'usage de ce poinct 
queue. Il a pareillement tel usage en la langue Latine. Devant que de
venir aux aultres poincts, je te veulx advertir, que le poinct  queue
se mect devant ce mot, ou: semblablement devant ce mot, &.

[En marge: Ou. Et.]

Exemple de ce mot, ou. Sot, ou sage qu'il soit, il me plaist. Exemple de
ce mot, &. Sans savoir, & bonne vie l'homme n'est poinct  priser. Or
entends maintenant, que ce mot, ou, aussi ce mot, &, sont aulcunes foys
doubls: & lors au premier membre il n'y eschet aulcun poinct  queue.
Exemple de, ou. Soit ou par mer, ou par terre, le Roy est le plus
puissant. Exemple de, &. Il a tousjours est constant & en bonne
fortune, & en maulvaise.

[En marge: La collocation du comma.]

[] Je viens maintenant  parler du comma: lequel se mect en sentence
suspendue, & non du tout finie. Et aulcunes fois il n'y en a qu'ung en
une sentence: aulcunes foys deux, ou trois. Exemple. Il est bon de
n'offenser personne: car il n'est nul petit ennemy: & chascun tasche de
se venger, quand il est offens.

[En marge: ( ) La collocation de la parenthese.]

[] Quant  la parenthese, c'est une interposition, qui a son sens
parfaict: & pour son intervention, ou detraction elle ne rend la
clausule plus parfaicte, ou imparfaicte. Exemple. Allant en Flandre il a
pass (chose non espere) par le Royaulme de France. Oste la parenthese,
le sens sera aussi parfaict, que s'y elle y estoit. Ce qui est facile 
cognoistre. Entends aussi, que la parenthese peult avoir lieu par tout
le discours du periode: sinon au commencement, &  la fin.

[En marge: Devant, ou apres la parenthese il n'y eschet aulcun point.]

D'advantage il est  noter, que devant, ou apres la parenthese il n'y
eschet aulcun poinct  queue, ou final. Et dedans y en eschet aussi peu:
si ce n'est ung interroguant, ou ung admiratif. Exemple du premier. Si
je puis jamais avoir puissance, je me vengeray d'ung si villain tour (en
doibs je faire moins?) & luy donneray  entendre, qu'il me souvient
d'une injure dix ans apres, qu'elle m'est faicte. Exemple du second.
Estant le plus fort en toutes choses il fut vaincu (quel hazart de
guerre!) & tost apres fut victeur seulement par prudence.

Sans aulcune vigueur de parenthese on trouve quelcque foys ung demy
cercle en ceste sorte ) & cela se faict, quand nous exposons quelcque
mot, ou quand nous glosons quelcque sentence d'aulcun Autheur Grec,
Latin, Franoys, ou de toute aultre langue.

On trouve aussi ces demys cercles aulcunefoys doubles: & ce sans force
de parenthese. Ilz se doublent doncq' ainsi ( ). Et lors en iceulx est
comprinse quelque addition, ou exposition nostre sur la matiere, que
traicte l'Autheur par nous interpret. Mais le tout (comme j'ay dict) se
faict sans efficace de parenthese. Lisant les bons Autheurs, & bien
imprims tu pourras cognoistre ma traditive estre vraye.

[En marge: . La collocation du poinct final.]

[] Quant au poinct final, aultrement dict poinct rond, il se mect
tousjours  la fin de la sentence, & jamais n'est en aultre lieu. Et
apres luy on commence voluntiers par une grand lettre.

[En marge: ? La collocation de l'interrogant.]

[] Au demourant: il n'ya que deux poincts. C'est l'interrogant, &
l'admiratif: & l'ung & l'aultre est final en sens: & en peult avoir
plusieurs en ung periode.

L'interroguant se faict par interrogation pleine, addresse  ung, ou 
plusieurs, tacitement, ou expressement. Exemple. Qui ne se resjouyroit
d'un tel accord? qui ne loueroit Dieu de veoir guerre assopie, & paix
regner entre les Chrestiens?

[En marge: ! La collocation de l'admiratif.]

[] L'admiratif n'a si grand' vehemence: & eschet en admiration
procedente de joye, ou detestation de vice, & meschancet faicte. Il
convient aussi en expression de soubhait, & desir. Brief: il peult estre
par tout, ou il y a interjection. Exemple. O que long temps avons desir
ce bien!  que bien heureux soient, qui ont traict cest accord! que
mauldicts soient, qui tascheront de le rompre!

A tant te suffira de ce, que j'ay dict des figures, & collocations de la
punctuation. Je say bien que plusieurs Grammairiens Latins en ont
baill d'avantage: mais tu ne te doibs amuser  leurs resveries. Et si
tu entends, & observes bien les reigles precedentes, tu ne fauldras 
doctement punctuer.




LES ACCENTS DE LA LANGUE FRANCOYSE.


[En marge: L'usage des accents est double.]

Les gens doctes ont de coustume de faire servir les accents en deux
sortes. L'une est en pronunciation, & expression de voix: expression
dicte quantit de voyelle. L'aultre en imposition de marcque sur
quelcque diction.

Du premier usage nous ne parlerons icy aulcunement: car il n'en est
poinct de besoing. Et d'advantage il a moins de lieu en la langue
Franoyse, qu'en toutes aultres: veu que ses mesures sont fondes sur
syllabes, & non sur voyelles: ce qui est tout au rebours en la langue
Grecque, & Latine.

Quant  l'imposition de marque (qui est le second membre de l'accent)
j'en diray en ce traict, ce qu'il en fault dire briefvement, &
prifvment, sans aulcune ostentation de savoir, & sans fricasse de
Grec, & Latin.

[En marge: L'ostentation d'aulcuns sottelets.]

J'appelle fricasse, une mixtion superflue de ces deux langues: qui se
faict par sottelets glorieux: & non par gents resolus, & pleins de bon
jugement. Venons  la matiere.

[En marge: Les lettres, qui reoipvent principalement accent en la
langue Franoyse.]

[] En la langue Franoyse sur toutes letres il y en a deux qui
reoipvent plus accent, que les aultres. C'est assavoir a, & e. De ces
deux nous parlerons par ordre.

[En marge: a. En Franoys est usurp diversement.]

[] La letre dicte a, se trouve en trois sortes communement en nostre
langue Franoyse. Aulcunes foys elle est ung article du datif: car le
datif Latin est expos en Franoys par le dict article. Exemple. Dedi
Petro quod ad me scripseras. J'ay baill  Pierre ce, que tu m'avois
escript.

Aulcunesfois est preposition servant  l'accusatif cas: & vault aultant,
comme, ad, en Latin. Exemple. Rex ad Imperatorem scripsit, tutam ei viam
in Flandriam per Galliam patre. Le Roy a escript  l'Empereur, que le
passage luy estoit seur par France, pour aller en Flandre.

Aulcunesfois aussi ceste particule a, signifie aultant en Franoys, que,
habet, en Latin. Exemple. Habet omnia, qu in oratore perfecto esse
possunt. Il a toutes choses, qui peuvent estre en ung orateur parfaict.
Aultre exemple. Occdit illum nefari. Il l'a tu meschamment. Telle est
la langue Franoyse en aulcunes locutions: ou pour ung mot Latin il y en
a deux Franoys: comme, Respondit: Il a respondu. Cantavit: Il a chant.
Scripsit: Il a escript. Fuit: Il a est. En ce locutions ce mot a, est
prins diversement. Car il est de signification possessive, active, ou
temporelle. Exemple de la possessive. Multas divitias habet: Il a
plusieurs richesses. Exemple de l'active. Cantavit: Il a chant. Exemple
de la temporelle. Fuit, Il a est. Quant a la duplication des mots pour
ung seul Latin, cela se faict seulement en la signification active, &
temporelle de ceste diction a. Exemple. Cantarunt: Ilz ont chant.
Fuerunt: Ilz ont est. Et par cela tu peulx cognoistre, que la langue
Latine comprent plus, que la Franoyse: ce qui n'advient pas en toutes
choses.

Note doncques, que, quand a, est article, ou preposition, il le fault
signer d'ung accent grave, en ceste sorte . Et ainsi signent les Latins
leurs prepositions: c'est assavoir , & .

[En marge: a Quand il est verbe.]

Mais quand, a, represente ce verbe Latin, habet, il n'a poinct d'accent.
Lors aulcuns l'escripvent avec une aspiration, ha: ce qui me semble
superflu: toutesfoys je remects cela  la fantasie d'ung chascun. Note
aussi, que, quand il est de signification active, ou temporelle (comme
j'ay demonstr) il ne reoipt poinct d'accent.

[En marge: e En Franoys est de double prolation.]

[] La lettre appelle e, a double son, & prolation en Franoys. La
premiere est dicte masculine: & l'aultre femenine.

[En marge:  Masculin.]

La masculine est nomme ainsi, pource que , masculin a le son plus
virile, plus robuste, & plus fort sonnant. D'advantage, il porte sur soy
ung virgule ung peu incline  main dextre, comme est l'accent appelle
des Latins aigu, ainsi . Exemple. Il est homme de grand' bont,
privault, & familiarit: plus, il dict tousjours verit. Aultre
exemple. Apres qu'il eut bien mang, bancquet, & chant, il voulut
estre emport de l: & puis fut couch en ung bon lict: mais le
lendemain matin apres estre desyvr, il se trouva bien estonn, & fut
frott, & gall de mesmes par ung tas de rustres, qui ne l'aymoient
guieres. Voila deux exemples de la termination masculine.

[En marge:  Masculin jamais ne vient en collision.]

[] Maintenant il te fault noter diligem^ment deux choses. C'est que
ceste lettre , estant masculine jamais ne vient en collision: c'est 
dire, qu'estant devant ung mot commenant par voyelle, elle ne se pert
poinct. Exemple. Il a est homme de bien toute sa vie: & n'a merit ung
tel oultrage.

En apres il fault entendre, que ceste lettre , est aussi bien masculine
au plurier nombre, qu'au singulier. Et ce tant en noms, qu'en verbes.
Exemple des noms. Les iniquits, & meschancets, desquelles il estoit
remply, l'ont conduict  ce malheur. Aultre exemple. Toutes volupts
contraires  vertu ne sont louables.

[En marge: L'orthographe de , masculin au plurier nombre.]

[] Je te veulx advertir en cest endroict d'une mienne opinion. Qui est,
que le , masculin en noms de plurier nombre ne doibt recepvoir ung z,
mais une s, & doibt estre marqu de son accent, tout ainsi qu'au
singulier nombre.

Tu escriras doncq' volupts, dignits, iniquits, verits: & non pas
voluptz, dignitz, iniquitz, veritz. Ou sans  marqu avec son accent
aigu tu n'escriras voluptez, dignitez, iniquitez, veritez.

[En marge: z. Est le signe de , masculin au plurier nombre des verbes.]

[] Car z, est le signe de , masculin au plurier nombre des verbes de
seconde personne: & ce sans aulcun accent marcqu dessus. Exemple. Si
vous aymez vertu, jamais vous ne vous addonnerez  vice, & vous
esbatterez tousjours  quelque exercice honneste. Aultre exemple. Si
vous estiez telz, que vous dictes, vous ne deschasseriez ainsi les
vertueux. Sur ce propos je say bien, que plusieurs non bien
cognoissants la virilit du son de le , masculin trouveront estrange,
que je repudie le z, en ces mots volupts, dignits, & aultres
semblables. Mais s'ilz le trouvent estrange, il leur procedera
d'ignorance, & maulvaise coustume d'escrire: laquelle il convient
reformer peu  peu.

[En marge:  Masculin ne se mect seulement en fin de diction.]

[] Oultre ce, qui est dict, saiche, que , de pronunciation masculine
ne se mect seulement en fin de diction, mais aussi devant la fin.
Exemple. Journe, renomme, mesle, assemble, diffame, affole: &
aultres mots, qui se forment du masculin en femenin: comme est de
despit, despite: de courrouc, courrouce: de suborn, suborne: &
semblables dictions tant au singulier nombre, qu'au plurier. Exemple du
plurier. Contres, journes assembles, menes.

[En marge: e Femenin]

[] L'aultre pronunciation de ceste letre e, est femenine: c'est  dire
de peu de son, & sans vehemence. Estant femenine elle ne repoit aulcun
accent. Exemple. Elle est notable femme, de bonne vie, de bonne
rencontre, & aultant prudente, & sage, que femme qui se trouve en ceste
contre.

Note aussi, que quand ceste lettre e, est femenine, elle est de si peu
de force, que tousjours elle est menge, s'il s'ensuict apres elle ung
mot commenant par voyelle.

[En marge: L'origine de synalelphe & Apostrophe en la langue Franoyse.]

De l ont leur origine les figures appelles Synalelphe, & Apostrophe.
Entre lesquelles figures il y a aulcune difference, comme nous
demonstrerons maintenant.

La figure, que nous appellons synalelphe, ou collision, oste, & mange la
voyelle en proferant seulement, & non en escripvant: car ladicte voyelle
se doibt escrire. Exemple en prose. J'ay esperance en luy, & me fie en
la grande amour, & largesse extreme, de laquelle il use envers touts
gens scavants. En ceste exemple, la derniere lettre d'esperance, fie,
grande, largesse, laquelle, use, se perd en proferant,  cause des
aultres mots ensuivants, qui commencent pareillement par voyelle. Mais
non obstant la collision, il fault escrire tout au long, tant en prose,
qu'en vers. Exemple en rhythme.

    Tu es tant belle, & de grace tant bonne,
    Qu' te servir tout gentil cueur s'addonne.

Necessairement en ce mot, belle, le dernier, e, est mang: ou aultrement
le vers seroit trop long.

[En marge: Couppe femenine.]

Et les Faictistes, qui composent rhythmes en langage vulgaire, appellent
cela coupe femenine: c'est  dire abolition de le e, femenin, qui
rencontre une aultre voyelle, par laquelle il est aboli apres la
quatriesme syllabe du vers. De cecy je parleray plus amplement en l'art
potique.

[En marge: ' Apostrophe.]

[] Ce dict e, femenin est aulcunesfoys aultrement mang par Apostrophe.
Or l'Apostrophe oste du tout la voyelle finale de ce qui precede la
voyelle du mot ensuivant: & faict, qu'elle ne s'escript, ne profere
aulcunement: & suffist, que seulement on la marcque au dessus par son
petit poinct.

[En marge: Apostrophe eschet sur monosyllabes.]

Devant que de t'en bailler exemple, je t'advertis, qu'Apostrophe eschet
principalement sur ces monosyllabes, ce, se, si, te, me, que, ne, je,
re, le, la, de. Et combien, que les Franoys n'ayent de coustume de
signer ledict Apostrophe, si en usent ilz naturellement, principalement
aux monosyllabes dessusdictes, quand le mot ensuivant se commence
semblablement par voyelle.

[En marge: h N'empesche point l'apostrophe en quelques dictions.]

[] Et si d'adventure il se commence par h, cela n'empesche poinct
quelque foys l'Apostrophe: car nous disons, & escripvons sans vice,
l'honneur, l'homme, l'humilit, & non le honneur, le homme, la humilit.
Au contraire nous disons sans Apostrophe le haren, la harendiere, la
haulteur, le houzeau, la housse, la hacquebute, le hacquebutier, la
hacquene, le hazard, le hallecret, la hallebarde. Et si ces mots se
proferent sans grande aspiration, la faulte est enorme.

[En marge: h Mal pronunce par aulcunes provinces.]

De laquelle faulte sont pleins les Auvergnats, les Prouvenaulx, les
Gascons, & toutes les provinces de la langue d'oc. Car pour le haren il
disent l'aren: pour la harendiere, l'arendiere: pour la haulteur,
l'aulteur: pour le houzeau, l'ouzeau: pour la housse, l'ousse: pour la
honte, l'onte: pour la hacquebute, l'acquebute: pour la hacquene,
l'acquene: pour le hazard, l'azard: pour le hallecret, l'allecret: pour
la hallebarde, l'allebarde. Et non seulement (qui pis est) font ceste
faulte au singulier nombre de telles dictions, mais aussi au plurier.
Car pour des harens, ilz disent des arens: pour les hacquenes, les
acquenes: pour mes houzeaux, mes ouzeaux: pour il me fault, ou je me
vois houzer, il me fault ouzer. Or je laisse le vice de ces nations, &
reviens  ma matiere.

[En marge: ce Avec Apostrophe.]

[] Exemple de, ce. C'est grand' follie, de prendre pied  ses parolles.
Sans Apostrophe il fauldroit dire: Ce est grand' follie.

[En marge: cest Sans Apostrophe.]

Entends toutes foys, que souvent ce mot, cest, n'a poinct d'Apostrophe:
comme quand nous parlons ainsi. Cest oeuvre est digne de louange. Cest
homme n'est pas en son bon sens. Cest Allement est trop glorieux.

[En marge: se Avec Apostrophe.]

[] Exemple de, se. S'adventurant de passer la riviere  pied, il s'est
noy. Pour se adventurant: & pour, il se est noy.

[En marge: Son, mon, ton. Reoipvent Apostrophe.]

Note icy que non seulement ceste diction, se, repoit Apostrophe, mais
aussi ces mots la reoipvent: c'est assavoir, son, mon, ton. Et par cela
nous disons m'amye, pour mon amye: & m'amour, pour mon amour: & t'amour,
pour ton amour: & s'amour, pour son amour. Et usons de tel parler tant
en prose, qu'en rhythme: mais plus souvent en rhythme. Et aussi m'amye,
& m'amour, sont dictions plus usites, que les deux aultres.

[En marge: si Avec apostrophe.]

[] Exemple de, si. S'il estoit possible, je vouldrois bien faire cela.
Pour, si il estoit possible. Toutesfoys tu ne voirras guieres, qu'il
reoive apostrophe avec aultre mot, que ce mot, il.

[En marge: Exception de cela.]

Exemple de toutes aultres voyelles. De la voyelle, a. Si audace estoit
prise, chascun seroit audacieux. De la voyelle, e. Si eloquence est en
luy grande, ce n'est de merveille: car il a ung esprit merveilleux: &
puis il estudie continuellement en Ciceron. De la voyelle, i. Si
ignorance vient  regner, tout est perdu. De la voyelle, o. Si orgueil
est en ung homme, je ne le puis frequenter. De la voyelle, u. Si ung
homme diligent peult parvenir  richesses, j'espere quelque jour estre
riche. En touts ces exemples je confesse, que l'apostrophe y peult
escheoir: mais avec apostrophe le parler sera plus rude, que sans
apostrophe. Ce que peult facilement juger ung homme d'aureilles
delicates. J'exepte tousjours les licences potiques, & les laisse en
leur entier. Car ung pote pourra dire ( cause de sa rhythme) s'audace,
s'eloquence, s'ignorance, s'orgueil, s'ung homme.

D'avantage il te convient savoir, que ceste particule, si, est aulcunes
foys conditionnale, ou demonstrative. Et lors elle peult recevoir
apostrophe, comme tu as veu aux exemples precedents.

[En marge: si Pour tant]

Aulcunes foys elle se met pour tant, ou tant fort. Et lors elle ne
reoit aulcune apostrophe. Exemple. Il est si ambitieux, si envieux, si
injurieux, si oultrageux, que personne ne le peult comporter. Aultre
exemple. Ce lieu est si umbrageux, que le fruict n'y peult meurir. C'est
 dire, tant ambitieux, tant envieux, tant injurieux, tant oultrageux,
tant umbrageux. Alors garde toy de l'apostropher: car il n'y auroit rien
si aspre en prolation, que de dire s'ambitieux, s'envieux, s'injurieux,
s'oultrageux, s'umbrageux.

[En marge: ni Ne reoit pas souvent apostrophe.]

[] Tel est l'usage de ceste particule, ny. Car elle ne reoit pas
bonnement apostrophe, si elle se rencontre devant ung mot commenant par
voyelle. Exemple. Je ne veis jamais ni Amboise, ni Envers, ni Italie, ni
Orleans, ni umbrage en ce champ. En toutes ces locutions l'apostrophe
seroit indecente, & lourde.

[En marge: te Avec Apostrophe.]

[] Exemple de, te. Je serois marry de t'avoir offens. Il t'eust bien
recompens, si tu eusses faict cela. Il t'interrogue. Il t'oultrage. Il
t'use ta robbe. Pour de te avoir: il te eust: il te interrogue: il te
oultrage: il te use.

[En marge: me Avec apostrophe.]

[] Exemple de, me. Il m'assault. Il m'entend bien. Il m'irrite. Il
m'oultrage. Il m'use tous mes habillements. Pour, il me assault: il me
entend bien: il me irrite: il me oultrage: il me use.

[En marge: que Avec apostrophe.]

[] Exemple de, que. C'est bonne chose, qu'argent en necessit. Qu'est
ce, que richesse, sans sant? Il fault, qu'il s'y trouve. O qu'orgueil
est desplaisant  Dieu! Il n'est savoir, qu'usage ne surmonte. Pour,
que argent: que est ce: que il se y trouve: que orgueil: que usage.

[En marge: ne Avec apostrophe.]

[] Exemple de, ne. Je n'ay que ce vice. Il n'est rien si sot. Il
n'ignore cela. Cela n'orne point le parler. Je n'use jamais de parfums.
Pour, je ne ay: il ne est: il ne ignore: cela ne orne: je ne use.

[En marge: je Avec Apostrophe.]

[] Exemple de, je. J'ay tousjours peur des calumniateurs. J'entends
bien, que tu demandes. J'interpreteray ce livre de Ciceron. Je te
donneray  entendre, comme j'ouys cela de luy. J'use souvent de telles
figures. Pour, je ay: je entends bien: je interpreteray: je ouys: je
use.

[En marge: re avec apostrophe.]

Exemple de, re. Il fault r'assembler ces pieces. Je te r'envoye ton
serviteur. Il seroit bon de r'imprimer tes Oeuvres. Il fault r'ouvrir ce
coffre. Il seroit bon de r'umbrager ce ply. Pour, re assembler: re
envoye: re imprimer: re ouvrir: re umbrager. Et note que, re, signifie
de rechef.

[En marge: le Avec apostrophe.]

[] Exemple de, le. L'avoir n'est rien en ung homme, s'il n'a vertu.
L'entendement trop soubdain ne faict pas grand fruict. L'interpreteur de
cecy ment. L'orgueil de luy me desplaist. L'usage de tel art est faulx.
Pour, le avoir: le entendement: le interpreteur: le orgueil: le usage.

[En marge: la Avec apostrophe.]

[] Exemple de, la. L'amour est bonne, quand elle est fonde en vertu.
L'enfance de luy a est terrible. L'interpretation de ce lieu est
difficile. L'oultrecuidance est grande. L'usance est telle. Pour, la
amour: la enfance: la interpretation: la oultrecuidance: la usance.

[En marge: de Avec apostrophe.]

[] Exemple de ce mot, de. C'est grand' charge d'avoir tant d'enfants.
Par faulte d'entendre le Grec, il a failli. Cela part d'invention bien
subtile. Ceste response est pleine d'orgueil, & oultrage. Par faulte
d'user de bon regime, il est retomb en fiebvre. Pour, de avoir: de
entendre: de invention: de orgueil: de user.

[En marge: ' Apocope]

[] Je ne parleray plus de l'apostrophe, et viendray maintenant 
declairer, que signifie ung petit poinct semblable  celluy de
l'apostrophe. Ce petit poinct est signe d'une figure nomme des Grecs, &
Latins Apocope. Et ainsi la nomment aussi les Franoys par faulte
d'aultre terme  eulx propre. Ceste figure oste la voyelle, ou syllabe
de la fin d'ung mot pour la necessit du vers: ou  fin, que le mot soit
plus rond, & mieulx sonnant. Exemple. Pri', suppli', com', hom', quel',
el', tel', recommand', encor', avec'. Pour prie, supplie, comme, homme,
quelle, elle, telle, recommande, encores, avecques. En prose l'exemple
peult estre, grand' chose: quelle quel' soit: pour grande chose: quelle,
quelle soit. Car ainsi la prolation est plus doulce, & plus ronde.

Au demeurant, il fault entendre, que les Franoys usent, oultre ce que
dessus, de deux sortes de characteres: lesquelz sont de telle figure.

  ^
  

[En marge: Signe de conjunction de voyelles]

[] Touts deux se signent sur voyelles: mais au reste ilz sont bien
differents. Le premier est signe de conjunction: le second de division.

[En marge: ^ R'assemble en troys faons.]

Le premier r'assemble, r'unit, & conjoinct les parties divises, & ce en
trois faons.

[En marge: Syncope]

La premiere, quand par une figure fort usite nomme Syncope, concision,
ou coupure (car ainsi se peult dire en Franoys) ung mot est syncop,
c'est  dire divis, & diminu au milieu, puis les deux parties sont
rejoinctes ensemble: la division, & reunion d'icelles est signifie par
ledict charactere. Exemple. Lai^rra, pai^ra, vrai^ment, hardi^ment,
don^ra. Pour, laissera, paiera, vraiement, hardiement, donnera. Et ainsi
font souvent les Latins, comme lon voit aux bonnes impressions,
esquelles on treuve diu^um, du^um, vir^um. Pour, divorum, duorum,
virorum. La seconde faon de ceste figure est, quand deux mots (desquelz
l'ung est detroncqu) sont r'assembls en ung. Exemple. Au^ous, pour
avez vous: qu^avous, pour qu'avez vous: m^avous, pour m'avez vous:
n^avous, pour n'avez vous: n^avons, pour nous n'avons. Tel est le commun
usage de la langue Franoyse. La tierce faon de ceste figure est, quand
deux voyelles sont r'acoursies, & proferes en une, ce qui se faict
souvent en rhythme principalement.

[En marge: es Syllabe double reduicte en une.]

Exemple. Penses, ou les deux e^e se passent pour ung profer par traict
de temps asss longuet, quasi comme si lon disoit penss. Et note, que
cecy est general en toutes dictions feminines, qui sont formes des
dictions masculines, ausquelles la derniere voyelle est masculine, & ce
seulement au plurier nombre. Et si tu signes ceste figure sur les deux
e^e, il n'y fault point d'accent aigu sur le penultime, e. Exemple.
Courrouc, courrouce, courrouce^es: irrit, irrite, irrite^es: suborn
suborne, suborne^es. En telle sorte doibt on escrire en rhythme: mais
en prose avec ung accent aigu sur le, , penultime, ainsi: courrouces,
irrites, subornes.

[En marge: Synerese.]

Par ceste figure aussi on dict aise^ement, momme^ement, a^age, ou e^age:
en faisant de deux syllabes une par synerese, & r'accoursissement.

[En marge:  Dyerese signe de division de voyelles.]

[] Le second charactere dessus mentionn, qui est, , not sur les
voyelles, est celluy, par lequel on faict au contraire de l'aultre,
duquel sortons de parler. Car il signifie division, & separation, & que
d'une syllabe en sont faictes deux. Exemple. Pas, pote, pour pa^is,
po^ete.

Ce sont les preceptions, que tu garderas, quant aux accents de la langue
Franoyse. Lesquelz aussi observeront touts diligents imprimeurs: car
telles choses enrichissent fort l'impression, & demonstrent, que ne
faisons rien par ignorance.

[En marge:  Accent enclitique.]

[] Quant  l'accent enclitique, il n'est point recevable en la langue
Franoyse, combien qu'aulcuns soient d'aultre opinion. Lesquelz disent,
qu'il eschet en ces dictions, je, tu, vous, nous, on, lon. La forme de
cest accent est telle, : par ainsi llz vouldroient estre escript en la
sorte, qui s'ensuyt. M'attenderaije  vous? Ferastu cela? Quand
auronsnous paix? Dicton tel cas de moy? Voirralon jamais ces
meschants puniz? Derechef je t'advise, que cela est superflu en la
langue Franoyse, & toutes aultres: car telz pronoms demeurent en leur
vigueur, encores qu'ilz soient postposs  leurs verbes. Et qui plus
est, l'accent enclitique ne convient qu'en dictions indeclinables, comme
sont en Latin, ne, ve, que, nam. Qu'ainsi soit, on n'escript point en
Latin en ceste forme. Feramego id injuri? Eristu semper tam nullius
consilii? Aversabiminivos semper  vobis pauperes? Tiens doncques pour
seur, que tel accent n'est propre aulcunement  nostre langue. Qui sera
fin de ce petit Oeuvre.


Fin.




NOTE SUR LA TRANSCRIPTION


On a respect scrupuleusement la ponctuation et l'orthographe de
l'original, incluant l'usage des accents et cdilles. On a nanmoins
rsolu les abrviations par signes conventionnels (de type "cme" pour
"comme") et distingu les graphies i/j et u/v selon l'usage.

Les nombreuses notes en marge ont t intgralement transcrites avec
la mention "[En marge: ...]". On a fait figurer par "[]" les rares
cas o un alina prsent dans le texte original aurait t masqu par
l'insertion d'une de ces notes dans la transcription. (Le texte de
Meigret ne comporte aucun alina, tant constitu d'un long paragraphe
par chapitre; seule la seconde partie de Dolet comporte des alinas.)

Les symboles particuliers ont t reprsents ainsi:

  [e] un e  boucle semblable au e final des lettres de civilit
  [f] lettre f retourne de 180
  [shin] lettre hbreue shin
  [ta], [omga], etc. lettres grecques.





End of the Project Gutenberg EBook of Trait touchant le commun usage de
l'escriture franoise, by Louis Meigret

*** END OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK TRAIT TOUCHANT LE COMMUN ***

***** This file should be named 41099-8.txt or 41099-8.zip *****
This and all associated files of various formats will be found in:
        http://www.gutenberg.org/4/1/0/9/41099/

Produced by Laurent Vogel and the Online Distributed
Proofreading Team at http://www.pgdp.net (This file was
produced from images generously made available by the
Bibliothque nationale de France (BnF/Gallica) at
http://gallica.bnf.fr)


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
PLEASE READ THIS BEFORE YOU DISTRIBUTE OR USE THIS WORK

To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License available with this file or online at
  www.gutenberg.org/license.


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation information page at www.gutenberg.org


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at 809
North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887.  Email
contact links and up to date contact information can be found at the
Foundation's web site and official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org

Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit:  www.gutenberg.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For forty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search facility:

     www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.

