Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0067, 8 Juin 1844, by Various

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Title: L'Illustration, No. 0067, 8 Juin 1844

Author: Various

Release Date: September 10, 2014 [EBook #46832]

Language: French

Character set encoding: ISO-8859-1

*** START OF THIS PROJECT GUTENBERG EBOOK L'ILLUSTRATION, NO. 0067, 8 JUIN 1844 ***




Produced by Rnald Lvesque






L'ILLUSTRATION,

JOURNAL UNIVERSEL,

[Illustration.]

N 67. Vol. III--SAMEDI 8 JUIN 1844.
Bureaux, Rue de Seine 33.

Ab. pour Paris.--3 mois, 8 f.--6 mois, 16 f.--Un an, 30 f.
Prix chaque N 75 c.--La collection mensuelle br., 2 f. 75 c.

Ab. pour les Dp.--3 mois, 9 f.--6 mois, 17 f.--Un an, 32 f.
Pour l'tranger           --    10           --    20          --    40



SOMMAIRE.

Histoire de la Semaine. _Portrait de S. M. Nicolas 1er, empereur
Russie.--Thtres. Thtre-Franais: Le Mari  la campagne; Varits;
le Chevalier de Grignon.--Courrier de Paris, _Mademoiselle Tagliani dans
la Sylphide.--Exposition des produits de l'Industrie. (6e article).
clairage; Produits divers. _Conglateur, glacire des familles;
Fragment d'un Lustre  Gaz par M. Lacarrire; Cadre et Bas-Relief en
chanvre impermable, par M. Marcuzi de Aguirre; Garniture de chemine en
bronze dor, par M. Rodel; Lampes par MM. Joanne et
Dehennault.--Acadmie des Sciences. Compte rendu. Sciences mdicales.
(Suite et fin.)--La Fte-Dieu  Aix et le roi Ren d'Anjou. _Dix-huit
Gravures.--Le Dernier des Commis Voyageurs, roman par M. XXX. (Suite et
fin.)--La police correctionnelle de Paris. _Un vagabond; Costume du
jeune dtenu; un Ban rompu; le faux Baron; le faux Paralytique; Vol 
l'Amricaine; Vol ou Bonjour; Vol  la Tire.--Bulletin
bibliographique.--Modes. Voiture nouvelle. _Calche  grandes
guides--Caricature par M. Lacoste. _Dcidment, je ne suis pas dans une
belle position_.--Rbus.



Histoire de la Semaine.

L'empereur Nicolas a subitement quitt sa capitale le 21 mai. Avant que
Saint-Ptersbourg et trouve l'explication de ce brusque dpart et et
connu le but vritable de ce voyage, avant mme que nous pussions en
tre directement informs  Paris, nous apprenions par les journaux de
la Hollande que le czar avait travers Berlin et La Haye, et s'tait
embarqu le 31 pour l'Angleterre. Le baron de Brunow est all recevoir
son souverain  son dbarquement  Woolwich. De grands prparatifs ont
t improviss  Buckingham-Palace et  Windsor pour une rception dont
les feuilles anglaises clbrent d'avance la magnificence et la
splendeur. Le roi de Saxe avait prcd  Londres l'empereur de Russie.
Il semblerait que Sa Majest saxonne ignort qu'elle dt se rencontrer
avec ce monarque, car un bal au profit des rfugis polonais ayant t
organis  Londres et fix depuis un certain temps au 30 juin, le roi de
Saxe, auquel une grande fte devait tre donne ce mme jour par le
comte de Wilton, s'est prt  ce qu'elle fut remise pour ne nuire en
rien  la souscription des rfugis. Quand l'arrive du czar a t
annonce, les dames patronnesses se sont runies pour dlibrer sur
l'ajournement du bal polonais  une poque ultrieure; mais il a t
dcid qu'il aurait lieu nanmoins le 10 juin, et que la cour et la
ville pourraient ainsi en mme temps, et au besoin chacune de leur ct,
fter le vainqueur et sympathiser avec les vaincus. Du reste, la visite
de l'empereur Nicolas n'occupe pas seulement la fashion et les curieux
de Londres. Les diplomates trouvent  ce fait toutes les proportions
d'un vnement. Sans doute d'autres ttes couronnes se sont mises en
route dans ce mme mois de mai; mais le roi des Belges, le roi de Saxe,
le roi de Bavire, ont le privilge de pouvoir quitter leurs sujets et
leurs tats sans que l'Europe s'en meuve beaucoup. Les dmarchs de
l'empereur de Russie donnent plus  penser, et les chancelleries,
parodiant le mot de Vestris, se disent: Que de choses dans une visite!

[Illustration: Nicolas 1er, empereur de Russie.]

Si celle-ci est de nature  faire songer nos gouvernants, elle ne doit
pas du moins dtourner notre attention de ce qui s'est pass chez nous
cette semaine. Notre dernier bulletin a laiss M. le ministre des
affaires trangres occupant vendredi dernier la tribune de la chambre
des dputs, et cherchant  dtruire l'effet que M. Thiers avait produit
dans la sance prcdente. M. Guizot a t loquent et habile. Il s'est
attach  prouver que la conduite qu'il a tenue lui tait toute trace,
lui tait impose par le trait avec Rosas, sign par l'ordre du
prsident du cabinet du 1er mars. Les termes, en effet, un peu ambigus
de l'article 4 de ce trait, comments d'une certaine faon, pouvaient
se prter  faire croire qu'en l'crivant on n'avait rien voulu dire, et
que l'indpendance de la rpublique de l'Uruguay, quoique stipule,
tait laisse  la merci d'une guerre qu'il tait loisible au prsident
de Buenos-Ayres, non pas mme de reprendre plus tard, mais de continuer
immdiatement. M. Thiers est remont  la tribune; et, muni de documents
officiels, arm notamment du procs-verbal de confrences dress par le
signataire du trait, M. l'amiral Mackau, aujourd'hui ministre de la
marine, il a dtermin le vritable sens de cet article 4, et prouv
toute la porte qu'il avait. Il a montr qu'alors qu'on faisait entendre
la menace au prsident Rosas, et qu'on l'amenait  une satisfaction, la
France n'avait  faire valoir contre Buenos-Ayres que pour deux millions
de rclamations; que, depuis cette poque, et au mpris du trait, le
chiffre de celles que nous aurions exercer se monte  dix millions. Nos
intrts et notre dignit nous font donc,  ses yeux, une loi de mettre
un terme aux exactions de Rosas, comme l'humanit nous impose le devoir
d'entendre la voix de nos compatriotes de Montvido. M. Thiers avait
t rarement plus pathtique en mme temps que plus nergique. Nous
dirions qu'il a entran la Chambre entire, s'il n'avait rencontr
quelques interrupteurs, dont les contradictions lui ont fourni plusieurs
beaux mouvements d'loquence. Il a vu et il a dit que le sentiment
manifeste de la Chambre devait le rassurer et lui suffire; que le
ministre ne s'y mprendrait pas; qu'il comprendrait dans cette
occasion, comme dans celle du droit de visite, qu'il y avait un parti
meilleur  prendre que celui qu'il avait prcdemment adopt. M. Guizot
a cru ne pas devoir contredire ces paroles; il s'est engag  prendre
toutes les mesures ncessaires pour assurer les personnes, les
proprits et les droits des Franais tablis  Montvido. Nous ne
saurions donc croire  la nouvelle que le _Times donnait pendant que
cet engagement se prenait  notre tribune; L'amiral franais Lain est
arriv, dit cette feuille, le 25 fvrier,  Montvido. On annonait que
ses instructions taient d'insister sur _le dsarmement des Franais.

La discussion des crdits supplmentaires,  laquelle cette mmorable
lutte oratoire avait servi d'ouverture, a ensuite paisiblement et
solitairement suivi son cours. Aprs des motions aussi vives, une
attention aussi soutenue, les chiffres amnent promptement la fatigue,
et on les vote par ennui et pour en finir. Cependant un dbat et une
lutte se sont engags  l'occasion d'une somme demande par le ministre
des finances pour tre employe par lui en subventions et indemnits aux
matres de postes dont l'tablissement des chemins de fer a pu rendre la
position difficile. On a fait observer d'un ct que l'tat, aprs
s'tre impos d'aussi grands sacrifices que ceux que met  sa charge la
loi de 1812, et aprs avoir tabli le rseau de fer, doit se regarder
comme dispens d'en consentir de nouveaux pour le maintien des relais de
poste; que les voies nouvelles de communication seraient prsumes bien
insuffisantes et deviendraient doublement ruineuses, si l'on se croyait
forc d'entretenir toujours, comme _en cas, des relais de poste  ct
d'elles, et de le faire aux dpens de l'tat; que les conseils
municipaux des villes qui avaient adopt l'clairage au gaz n'avaient
pas cru devoir pousser la prcaution jusqu' continuer  entretenir les
rverbres. D'autres opposants  la mesure ont fait observer que le
gouvernement devait, s'il entrait dans un pareil systme, le mettre
franchement aux voix et demander, sauf  se la voir refuser, la somme
ncessaire pour l'entretien de tous les relais; mais que s'engager et
engager la Chambre dans une dpense insignifiante d'abord et vole 
titre de secours individuels, c'tait ou trancher la question sans la
mettre en dlibration, ou, si l'on n'avait pas d'arrire-pense,
prendre une mesure videmment insuffisante et qui ne donnerait lieu qu'
des actes de favoritisme impropres  assurer le bien du service.
L'allocation a t rejete malgr l'insistance de M. le ministre des
finances.--La discussion s'est ouverte ensuite sur les crdits demands
pour l'Algrie. La solidit qu'a prise depuis deux ans notre
tablissement en Afrique a ramen au maintien de l'occupation beaucoup
de dputs qui jusque-l s'y taient montrs opposs; aussi la
commission proposait-elle sans conteste l'adoption de toutes les
demandes. Elle s'tait borne  proposer une seule rduction de 10,000
f. sur les travaux du gnie; c'tait une sorte de critique du parti que
le gouverneur gnral avait adopt de faire tablir cinq postes
fortifis sur la limite qui spare le Tell du Sahara algrien. Cette
extension de notre domination, cette occupation de l'intgralit de la
rgence, avait effray quelques esprits. Mais la considration que c'est
l la terre nourrice de toute cette partie de l'Afrique, que c'est l
que les tribus du sud sont forces, pour vivre, de venir chercher leurs
crales, et que, par consquent, le dominateur du Tell est matre du
Sahara algrien, en a touch beaucoup d'autres. Toutefois il a t
vident que la guerre pour la guerre n'tait, dans la Chambre, approuve
par personne, et que l'expdition faite rcemment, sans aucune bonne
raison, contre les Kabyles, tait dsapprouve par la majorit et
compromettait seule le maintien des cinq postes mis en cause, bien qu'il
n'y et nulle connexit entre les deux questions. Cette disposition a
t plus manifeste encore quand M. le ministre de la guerre, qui croyait
par l dterminer la Chambre  ne pas compter, est venu lui annoncer que
nous tions menacs d'une prise d'armes par les tribus fanatiques du
Maroc, voisines de nos frontires. On n'a vu l que des hostilits
maladroitement provoques, et l'on craint d'encourager par un vote des
expditions et des provocations nouvelles. Ainsi s'est trouve
confirme, par M. le prsident du conseil lui-mme, le bruit qui
circulait depuis plusieurs jours que l'empereur du Maroc avait prch
contre nous la guerre sainte. Abd-el-Kader a soulev, sur le territoire
de l'empire, des tribus assez indpendantes. Ce mouvement a intimid
l'empereur, qui a cru devoir s'y associer et se mettre  sa tte. Une
partie de notre escadre d'volution, qui se trouvait aux les d'Hyres,
a reu l'ordre de se rendre en vue des ctes du Maroc. Cette
dmonstration plaira fort  l'Espagne qui a  tirer vengeance de la mort
de son consul; elle sourit moins, dit-on,  l'Angleterre, qui craint
toujours de voir, par suite d'une conqute, s'lever sur la cte
d'Afrique un pendant  Gibraltar, et qui a ordonn  son ambassadeur
d'changer  ce sujet, une note avec notre ministre des affaires
trangres.--Une autre bien triste nouvelle nous est galement,
parvenue. La citadelle de Biskara a t surprise par le kalifah
d'Abd-el-Kader. Voici les dtails de ce crue! vnement. Pendant notre
sjour  Biskara, il avait t dcid que le bataillon turc garderait
provisoirement cette nouvelle conqute: le commandant Thomas avait t
charg, d'y organiser une troupe de 300 indignes. Il termina cette
affaire en un mois, et repartit avec son bataillon. Biskara avait alors
une garnison ainsi compose: un lieutenant du bataillon turc, M.
Petigaud, commandant suprieur; un sous-lieutenant, M. Crochard; un
chirurgien sous-aide-major, M. Arcelin; le sergent-major Pelisse, le
fourrier Fischer, un brigadier d'artillerie et deux artilleurs; enfin,
deux soldats d'administration. Avec ces dix Franais se trouvait une
jeune fille de dix-neuf ans, Marianne Morati, dont le pre est sergent
au 2e de ligne. Le nombre des soldats indignes tait d'environ 300,
dont une quarantaine seulement appartenaient au bataillon turc des
tirailleurs de Constantine, et taient d'anciens soldats. Les autres
taient des hommes recruts dans le pays mme, et la plupart, d'entre
eux avaient dsert le bataillon rgulier du kalifah d'Abd-el-Kader,
aprs la journe de Mehounech; quelques autres taient des gens de
Sidi-Okbah. Le kalifah d'Abd-el-Kader, dans la famille duquel la charge
de cheik de Sidi-Okbah est hrditaire, noua sans peine des intrigues
avec des hommes qui lui avaient longtemps obi et dont plusieurs lui
taient particulirement attachs. Une nuit que les principaux postes de
la Casbah taient occups par ses adhrents, il se prsenta avec un
petit nombre d'hommes (c'tait dans la nuit du 12 au 13,  deux heures
du matin), et il fut introduit aussitt, ainsi que cela avait t
arrang depuis plusieurs jours. Le premier acte des tratres fut de se
porter sur les officiers franais; tous trois furent assassins au
milieu du sommeil. Le sergent-major Pelisse, grce au tumulte qui alors
eut lieu, parvint  s'chapper. Les trois artilleurs furent pargns, de
mme que la jeune Marianne Morati. Les autres Franais et quelques
indignes rests fidles et qui se dfendirent, succombrent dans une
lutte trop ingale. On a su qu'aprs cette boucherie, la jeune fille
avait,  force de larmes et de prires, obtenu de faire enterrer les
trois officiers. Elle-mme les entoura du linceul, et les artilleurs
creusrent les fosses. Le sergent-major Polisse s'tait sauv 
Tonalgha, peuplade dvoue au cheik El-Arab, o il demeura en sret. De
l, il fit savoir l'affreuse nouvelle  Belna. M. le duc d'Aumale
prvenu se mit en marche, et quand il est entr  Biskara, il a trouv
le brave Pelisse matre de la Casbah, qu'il avait occupe avec quelques
hommes qu'il avait fait rentrer dans le devoir. On a retrouv une grande
partie des approvisionnements en vivres, mais tout le matriel, 350
fusils, 70.000 cartouches, 10 fusils de rempart, deux mortiers avec
leurs approvisionnements, tout le magasin d'habillements et 78.000 fr.,
avaient t enlevs par l'ennemi. Les trois artilleurs ont t emmens
pour servir les mortiers. La jeune fille, Marianne Morati, a t
galement force de suivre. Le prince a rtabli l'ordre dans la ville.
La justice militaire va prononcer sur le sort des rebelles saisis.

La Chambre, comme nous l'avions annonc, s'est vue appele jeudi 
prononcer sur la validit de l'lection de M. Charles Laffitte par le
collge lectoral de Louvier. Le bureau charg de la vrification avait,
par l'organe de son rapporteur, conclu  l'annulation. M. Charles
Laffitte a demand la parole, et il est venu lire, en son nom et au nom
des lecteurs qui l'ont jug digne de les reprsenter, un factum dans
lequel se trouvaient plusieurs passages dont celui-ci peut faire
apprcier la convenance et la dignit:

Attendu, y est-il dit, que te collge de Louviers ne peut tre, plus
que les autres collges de France, priv du droit de choisir son
reprsentant, quand mme il serait prouv qu'il a manqu  ses devoirs
en trafiquant de son vote. La Chambre a trouv que le cynisme tait
pouss un peu loin, et, sur des rclamations parties de tous les bancs,
M. Laffitte a t rappel  l'ordre par le prsident. Aprs cette
incroyable allocution, la Chambre a vot sur l'lection, et les
conclusions du rapporteur ont t adoptes  une trs-grande majorit.

La cour de Dublin a rendu son jugement contre O'Connell et ses
coaccuss. La condamnation, pour tre prvue, n'en a pas caus une
moindre impression. Le juge Norton, en prononant l'arrt, n'a pu
dissimuler son motion, qui lui vaut d'tre amrement tourn en ridicule
par le _Times. Tout autre cependant qu'un organe du ministre de sir
Robert Peel doit comprendre qu'il puisse en coter  un magistrat de
prononcer une peine d'une anne d'emprisonnement contre un vieillard
considr et considrable, de lui voir infliger une amende de 50,000
francs, et l'obligation de fournir caution, jusqu' concurrence de
250,000 autres francs, de ses dispositions pacifiques pendant sept ans,
ce qui est, comme on l'a fait observer, un quivalent honnte de la
surveillance de la haute police. Lorsqu'on songe que ce procs n'a t
qu'un procs de tendance, et qu'on n'a trouv  reprocher aux accuss
aucun acte incriminable en particulier, mais qu'on leur a fait un crime
d'un ensemble d'actes et de paroles innocentes isolment; quand on se
rappelle que les catholiques se sont trouvs exclus du jury, qui est
devenu par l une commission et a cess d'tre la justice du pays; quand
on vient d'entendre dclarer que le pourvoi ne serait pas suspensif, et
que la sentence, bien que pouvant tre casse, serait immdiatement
excute, il est bien permis  un honnte homme s'tre mu; nous disons
plus: il a d l'tre. Aussi, quand O'Connell a protest, en dclarant
que justice ne lui avait pas t rendue, les juges ont baiss la tte,
et la salle des sances a retenti des applaudissements du barreau et du
peuple. O'Connell et les autres accuss, condamns tous  neuf mois, et
 des amendes et cautions beaucoup moins fortes que celles du principal
et illustre condamn, ont t immdiatement conduits, par le haut
shriff, dans la prison de South-Circular-Road. Avant de passer le seuil
du pnitencier, O'Connell avait sign une proclamation au peuple
d'Irlande. Le ton de ce manifeste tmoigne de l'autorit qu'il se sent
et qu'il exerce sur la nation, autorit que ne fera qu'accrotre le
jugement odieux dont il est victime. La sentence est rendue, dit
O'Connell  ses concitoyens, mais j'ai interjet appel. L'appel est
devant la chambre des lords, et il y a tout espoir de succs. Ainsi,
paix et tranquillit; qu'il n'y ait ni bruit, ni tumulte, ni violence.
Voil la crise o le peuple montrera s'il m'obit ou non. Toute personne
qui violerait la loi, porterait atteinte  la sret des personnes ou
des proprits, enfreindrait mon ordre et serait mon ennemi ainsi que
l'ennemi le plus redoutable de l'Irlande. Les Irlandais modrs,
honntes, religieux, ont, jusqu' ce jour, obi  ces ordres, et se sont
tenus tranquilles. Que chacun reste chez soi, que les femmes et les
enfants restent chez eux, n'encombrent pas les rues, et que personne
surtout ne s'approche de l'enceinte du palais. Maintenant, peuple de
Dublin et d'Irlande, je saurai, et le monde saura si vous m'aimez et me
respectez. Tmoignez-moi votre amour et votre estime par votre
obissance  la loi, votre conduite paisible, et en vous abstenant de
toute violence. Paix, ordre, tranquillit; restez en paix, et la cause
du rappel triomphera! Voil, certes, un bien fier langage; mais le
ministre anglais, par ses perscutions, a donn  O'Connell assez de
puissance pour le tenir, et au peuple irlandais assez de fanatisme pour
l'entendre, et, nous l'esprons, pour y obir.--Nous avons annonc qu'un
renfort considrable de troupes anglaises avait t envoy dans l'le de
Guernesey. On ignorait jusqu'ici la cause de ce dbarquement de forces.
A en croire le _Guernesey-Star, le cabinet anglais aurait t tout
simplement l'objet d'une mystification. Un ministre protestant, M.
Dobre, dit cette feuille, avait reu chez lui un nomm Moulin, qui
mourut subitement le 15 mai. M. Dobre eut des soupons
d'empoisonnement, et il alla communiquer au gouverneur que M. Moulin lui
avait rvl que lui et cinq ou six autres individus avaient form un
complot pour tirer un coup de feu sur le gouverneur  la premire revue
des troupes, et qu'il tait probable que, devenu suspect aux autres
conspirateurs, M. Moulin avait t empoisonn. Le gouverneur Napier crut
tout ce que lui dit le rvrend M. Dobre, et il demanda aussitt dans
une dpche au ministre l'ordre d'examiner le cadavre. Sans doute qu'il
ajouta aussi quelques dtails sur la rvlation du complot; car on sait
la prcipitation avec laquelle le gouvernement expdia 600 hommes dans
l'le. La crdulit du gnral Napier est dplorable, car les habitants
de Guernesey sont certainement les plus tranquilles du globe, et ne
pensent nullement  ter la vie  qui que ce soit. Dans la chambre des
communes, le ministre de l'intrieur, sir J. Graham, auquel il en et
cot sans doute de convenir que le gouvernement avait t dupe d'une
mystification, a dclar que cet envoi de troupes avait eu lieu par
suite d'excitation tenant  des causes locales. Mais, a-t-il ajout, le
gouvernement n'a pas d'apprhensions srieuses. Les lecteurs du
_Guernesey-Star le croiront aisment.

Les dernires nouvelles de l'Inde, en date du 1er mai, n'offrent 
signaler que le meurtre de Sudjet-Singh, venu  Lahore sur la foi de
troupes jusque-l sditieuses, que son oncle Hira-Singh avait
secrtement reconquises  son autorit, et que celui-ci lui avait
proposes pour garde, afin de lui inspirer toute confiance. Sudjet-Singh
et son escorte particulire de cinq cents hommes ont t massacrs; mais
ils ont vendu chrement et glorieusement leur vie.--Dans les mers de
Chine, un nouveau btiment anglais, porteur d'opium, vient encore d'tre
saisi par les Chinois, remis aux autorits de Hong-Kong, et condamn 
une amende. Les contrebandiers anglais dcouverts sont nombreux, ce qui
porte  croire que ceux qui demeurent ignors pourraient bien tre en
nombre plus important encore.

Des troubles trs-graves ont clat  Philadelphie. L'influence que les
migrants irlandais naturaliss et admis aux droits de citoyens taient
arrivs  exercer dans les lections politiques et municipales, causait
depuis plusieurs annes de vives alarmes aux Amricains natifs. Ceux-ci
voyaient avec ombrage cette intervention dans les affaires qu'ils
regardent comme tant particulirement les leurs, d'hommes qu'ils ont de
la peine  ne pas considrer comme trangers. La diffrence de religion
est venue ajouter  ces aigres dispositions. Les Amricains de
Philadelphie sont protestants zles; les Irlandais tablis dans cette
ville sont au contraire, pour la plupart, des catholiques fervents.
Certaines dmarches de l'vque de ces derniers ont t fort mal prises
par les natifs. Ceux-ci ont tenu le 6 mai un meeting nombreux. Des
catholiques irlandais ont t exasprs par les discours de quelques
orateurs; bientt la mle est devenue complte et la collision s'est
tendue dans toute la ville. Aprs des phases diverses, les rangs des
natifs se recrutant  chaque instant de combattants nouveaux, les
Irlandais catholiques furent battus. Pendant deux jours la fureur des
natifs les poussa contre leurs adversaires  des actes de violence
sauvage: leurs maisons furent saccages et incendies, trois glises et
une cole brles; la voix de l'autorit, qui voulait mettre un terme 
ces dvastations, fut compltement mconnue. Le surlendemain, le
gouverneur est arriv  Philadelphie, la loi martiale y a t proclame,
et l'ordre, nous ne dirons pas la paix, rtabli. Des correspondances
prtendent que la question de race n'est entre pour rien dans cette
lutte sanglante, que les Irlandais protestants n'ont pas pris la dfense
de leurs compatriotes catholiques; on va mme jusqu' leur imputer
d'avoir fait entendre des airs orangistes, tandis que les glises
catholiques tombaient sous les mains dvastatrices des natifs.--Le
projet de modification du tarif des droits d'importation a t rejet
par deux votes successifs de 105 contre 99 et de 103 contre 98. M. Van
Buren et ses amis se sont prononcs contre l'abaissement. Le _Courrier
des tats-Unis affirme que cette conduite compromet son lection  la
prsidence.

En Espagne, les reines et Narvaez continuent  prendre les eaux. Nous
serions donc sans nouvelles n'taient les bulletins d'excutions. Douze
malheureux viennent encore d'tre fusills par derrire  Morella. Le
nombre des victimes passes par les armes depuis le 15 avril est de cent
vingt-cinq. Esprons qu'un temps viendra o toute puissance de l'Europe
aura la conviction que le jour o elle se livrerai!  de pareilles
horreurs, tous les ambassadeurs des autres souverains lui demanderaient
immdiatement leurs passe-ports.

Une catastrophe a eu lieu le 31 mai dans la houillre de Horloz, en
Belgique, par suite d'une explosion de gaz hydrogne,  une profondeur
de 285 mtres. Immdiatement quatre ouvriers ont t retirs
dangereusement fracturs et brls; un boulement est venu en renfermer
vingt-six autres, dont ou ignorait alors la situation et l'tat. Aprs
vingt-quatre heures de travaux et d'efforts, on est parvenu  retirer
successivement ces vingt-six victimes, qui n'taient plus que des
cadavres.



Thtres.

_Le Mari  la Campagne ou Rien de trop, comdie en trois actes et en
prose, de MM. Bayard et de Wailly. (Thtre-Franais.)--_Le Chevalier de
Grignon, vaudeville de MM. Melesville et Bayard. (Thtre des
Varits.)

        Faut d'la vertu, pas trop n'en faut!
        L'excs en tout est un dfaut,

dit je ne sais plus quelle vieille chanson de nos pres. Ce refrain de
philosophie sense et de morale pratique pourrait servir d'pigraphe 
la comdie de MM. Bayard et de Wailly; c'est le juste milieu en effet
qu'elle prche avec gaiet: ne vous donnez pas trop au plaisir mondain!
ne vous jetez pas avec excs dans l'austrit! Amusez-vous honntement
quand l'heure de s'amuser arrive; Soyez raisonnable et srieux  propos;
et MM. Bayard et de Wailly dmontrent l'excellence de leur doctrine
ainsi qu'il suit.

Madame Aigueperse est une vieille femme trs-peu tolrante et
trs-rigide; la distraction la plus innocente la scandalise, et pour un
air de musette, elle jetterait les hauts cris et vous dclarerait damn.
Madame Aigueperse est pousse dans cette voie aride et maussade par un
certain M. Mathieu, qui affecte sur des riens de grands airs de
dvotion, et tale de grands scrupules  la moindre mouche qui vole;
vritable fesse-mathieu.

Madame Aigueperse ne se contente pas de pratiquer ce rgime inflexible
pour son propre compte, elle y soumet sa fille et son gendre. M. et
madame Colombet; l'une, excellente personne qui obit  sa mre et vit,
pour lui plaire, dans l'abstinence la plus complte de tout agrable
passe-temps; l'autre, bon petit homme, qui, de peur de troubler le
mnage, feint des airs de sainte-nitouche, et au fond n'en pense pas
moins.

Tournez les talons, respectable belle-mre, et laissez M. Colombet libre
de ses actions, vous verrez comme il s'en tirera! Ce n'est plus le mme
homme; figurez-vous un prisonnier chapp de sa chane; il rit, il
gambade, il fait mille folies, le champagne, la galanterie, la bonne
chre, l'air dbraill, les gants glacs, la botte vernie, le frac
lgant, la rose  la boutonnire, voil Colombet! c'est un vrai lion;
tout  l'heure, c'tait un agneau.

Sobre chez lui, vtu de noir, mari, le regard humble et timide, hors de
chez lui, Colombet se donne pour clibataire, affronte intrpidement le
premier venu, dvoile une soif formidable et veut pouser les veuves.

C'est au milieu de telle belle vie que madame Aigueperse, M. Mathieu et
madame Colombet elle-mme le surprennent. Horreur! est-ce bien lui?
Quoi! mon gendre? quoi! mon mari? mais nous irons tous en enfer, et dj
Satan prend sa fourche pour nous enfourcher!

Un ami de Colombet s'entremet dans cette aventure; c'est un homme de
sens, qui pratique la maxime: _Rien de trop; il entreprend d'en faire
profiter les Colombet et de la tourner  leur usage: Si vous tiez,
moins austre, dit-il  madame Colombet, votre mari ne vous jouerais pas
de ces tours; mais vous lui offrez l'ennui  domicile, il va chercher le
plaisir ailleurs. Pourquoi ne dansez-vous pas un peu? pourquoi ne
riez-vous pas un peu? pourquoi cette perptuelle svrit de visages, de
discours et de costumes? Ne dirait-on pas que la vie est un prche ou un
enterrement? Que n'allez-vous de temps en temps au bal? que ne
recevez-vous quelques amis? que ne souriez-vous par hasard?--Eh! mon
Dieu, dit la jeune femme, j'aimerais assez cela; mais danser, mais
sourire, bon Dieu! j'aurais peur de fcher ma mre.

On la dcide cependant. Voici qu'elle rejette sa robe de couleur sombre,
et, toute blanche vtue et couronne de fleurs, se prpare au bal.
Diable! dit Colombet, ma femme est charmante! et dj son humeur
maussade s'adoucit; puis il devient aimable, puis empress, puis
heureux. Tout  l'heure il avait envie de sauter par la fentre pour
chapper  la monotonie et  la tristesse de sa maison; maintenant, il y
reste volontiers, et bientt il y restera avec plaisir. Mais que dira la
belle-mre? mais que dira M. Mathieu?

Le sage ami conduit M. Mathieu, qui, aprs tout, n'tait qu'un Tartufe
rchauff, convoitant la vieille Aigueperse pour son coffre-fort. Quant
 madame Aigueperse, le cas est plus difficile et la nuance plus
dlicate; d'abord elle se fche. Mais, dit Colombet, je veux tre
matre chez moi.--Mais vous tes des paens, rplique l'Aigueperse. Sur
ce ton, la querelle menace de s'achever par une rupture violente;
heureusement que Colombet est excellent et sa femme aussi.

J'irai le soir au bal avec mon mari, dit la jeune femme  sa mre; et
le matin au prche avec vous. Cette espce de compromis arrange
l'affaire, et tout le monde vivra dsormais heureux dans la maison
Colombet, surtout une certaine petite fille nave, dont nous n'avons pas
encore parl, mais qui n'attendait que ce trait de paix entre le bal et
la pnitence, pour pouser son cousin Edmond.

Il y a de jolis mots, de jolies scnes et de la gaiet dans cette vive
comdie, qui a obtenu un succs trs-dcid.

Elle est lestement et agrablement joue par Provost, Brindeau et
Rgnier, qui a t plein de verve dans le personnage de Colombet. Madame
Desmousseaux est une vraie douairire pre et bigote; madame Volnys, une
charmante pnitente convertie au monde; mademoiselle Denain remplit avec
convenance son rle de veuve; quant  mademoiselle Boze, que depuis deux
ans le public regrettait, elle a lgitim son retour par beaucoup
d'amabilit et de grce. Aussi, le parterre l'a-t-il accueillie, comme
une jolie femme et un frais talent, de son bravo le plus doux.

Bouff, cependant, se fait applaudir au thtre des Varits sous le nom
du chevalier de Grignon. Ce chevalier n'est rien moins que chevalier: il
s'appelle Nogent tout court. Or, Nogent n'est que le vieux valet d'un
certain duc de Morangies, trs-aimable, trs vertueux, trs-excellent
jeune homme, mais sans un maravdis: la rvolution l'a ruin
compltement.

Pour dissimuler cette ruine des Morangies aux yeux du monde, pour la
cacher  M. le duc lui-mme, ce bon Nogent fait comme le Caleb de Walter
Scott, il se dmne, il invente mille ruses. Il fait plus encore; sous
ce nom de chevalier de Grignon, tantt il donne des leons de langue
franaise aux Prussiens (le duc s'est rfugi  Berlin), tantt des
leons de danse, et tantt d'autre chose. Le fruit de ses travaux
clandestins, ce bon Nogent le transmet  son matre, en lui laissant
croire qu'il les tient d'un banquier charg des affaires de M. le duc et
de son revenu. Il y a donc des moments o le duc fait grande figure,
joue, clabousse les passants du haut d'un brillant quipage, et se
donne la contenance d'un gentilhomme millionnaire; mais le lendemain il
n'a plus le sou.

Or, c'est dans un de ces lendemains-l qu'il s'aperoit de la ruse de
son bon Nogent. D'abord son amour-propre est bless, et il s'emporte
jusqu' la violence; puis il s'apaise et pleure dans les bras de son
vieux et excellent serviteur.

Mais enfin, comment M. le duc sortira-t-il de cette dtresse? Nogent et
la Providence ne sont-ils pas l? Nogent, tout en donnant des leons de
gavotte  une riche douairire, compte arranger le mariage de la nice
avec son matre, M. de Morangies. Il s'agit d'un million, et dj la
tante consent; mais cette mme Providence qui travaille, concurremment
avec Nogent, pour le bonheur de Morangies fait dcouvrir  notre jeune
duc une riche marquise et une magnifique dot dans une simple grisette
dont il est aim. Nogent n'a plus qu' laisser faire et  jouir de la
restauration de la maison des Morangies. Que ce soit par le fait de la
Providence ou par le fait de Nogent, peu importe! Morangies est riche,
heureux et mari; c'est l'essentiel.

Le talent de Bouff, des dtails spirituels et touchants, et un
dnouement trs-habile ont dcid le succs de cette joli pice, 
laquelle on peut reprocher des dveloppements un peu lents dans le
premier acte. Mais dj le savoir-faire des auteurs avait fait
disparatre ce dfaut ds la seconde reprsentation.



Courrier de Paris.

Vendredi dernier, vers sept ou huit heures du soir, si vous aviez
parcouru les rues de Paris, ses quais et ses boulevards, vous auriez vu
un spectacle assez original: toute la ville avait le nez en l'air;
j'entends les honntes Parisiens qui n'taient pas rests ce soir-l
sous leur toit domestique,  lire leur journal en baillant,  faire
sauter leurs petits sur leurs genoux,  se quereller avec leurs femmes,
 gronder leurs servantes,  se dcrocher la mchoire dans un fauteuil,
 mdire du voisin,  jouer au whist ou au jeu d'oie,  se ronger les
ongles,  se passer un cure-dent  travers les molaires,  se gratter
l'os frontal,  fumer un cigare, toutes rcrations qui embellissent
l'existence et aident  faire passer les heures du soir si difficiles et
si lentes.

C'est du Paris ambulant, du Paris promeneur, du Paris vagabond que je
veux parler; or, ce Paris-l, je vous l'ai dit, s'tait tout  coup
arrt dans sa course criante, et, le ventre tendu, le menton lev au
ciel, le dos renvers, il plongeait son regard dans la patrie des
toiles. N'est-ce pas, en effet, ce qui s'appelle avoir le nez en l'air?

Mais pourquoi avait-il le nez en l'air?

Il avait le nez en l'air parce qu'il regardait une clipse de lune, et
que les clipses de lune ne se passent pas d'ordinaire  la hauteur du
pav?

C'tait une rcration des plus comiques: tout le monde jouait 
l'astronome et  l'astrologue; les tlescopes taient braqus sur les
places publiques et  la face du bon Henri, le roi inamovible du pont
Neuf. Les petite garons se hissaient sur le dos des pres, les petites
filles se dressaient sur les bras des nourrices.

On peut affirmer que, le lendemain, la moiti de Paris avait le
torticolis ou le tour de reins.

C'est peu du torticolis, c'est peu des reins endoloris et malades;
l'clipse cause bien d'autres disgrces: les larrons y nagent en pleine
rapine comme les poissons dans l'eau. Au lieu de vous occuper de ce qui
se pass dans la lune, mes trs-chers Parisiens, que ne veillez-vous sur
vos goussets et sur vos poches? L'agile filou profite de ce moment
mmorable o le bon bourgeois voyage dans les astres, pour faire ses
coups impunment. Il grappille  droite et  gauche, il escamote de 
et de l; et tout  l'heure, quand celui-ci cherchera sa montre,
celui-l son foulard, cette blonde son binocle, cette brune son
bracelet... clipse totale! Montres, bracelets, foulards, binocles, tout
s'est clips avec la lune. Profonde allgorie, moralit non moins
profonde, dont La Fontaine a plac l'explication au fond d'un puits!
Nous nous occupons de ce qui se fait chez Mars et chez Saturne, et nous
oublions de regarder si ou ne nous vole pas notre femme ou notre
coffre-fort; aussi les grands politiques n'ont-ils pas de science plus
certaine que de dire aux peuples qu'ils gouvernent: Voyez-donc un peu
l-haut, dans la lune, si j'y suis! et pendant ce temps-l, ils font
main-basse sur les liberts et la fortune publiques.

Du reste, il n'est question, depuis quelque temps, que de voleurs et
d'histoires de voleurs; ou dirait que Paris est couvert en fort de
Rondy; ce n'est pas qu'on arrte les gens au coin des rues et que
d'horribles brigands vous demandent la bourse ou la vie, barbe noire au
menton et pistolet  la ceinture; nous sommes trop civiliss et trop
polis pour persvrer dans ces habitudes classiques du bandit de
mlodrame; messieurs les voleurs exercent avec un raffinement de
manires, avec une lgance de formes qui ne permettent pas le soupon.
Comment s'imaginer que cette main dlicatement revtue d'un gant paille
fasse le mouchoir? Comment croire que ce fin habit d'Helbeuf et cette
botte d'un vernis irrprochable, chaussent et habillent un philosophe de
cour d'assises ou de police correctionnelle? Le voleur a l'air de si
bonne maison et d'une si honnte crature, que souvent le vol lui
confie sa douleur et lui demande main forte. Je viens d'tre vol,
monsieur.--Pas possible, monsieur.--Je vous assure que si,
monsieur.--Comment, monsieur, il y a des tres assez mal levs pour
voler une excellente tte comme la vtre!--C'est une infamie, n'est-ce
pas, monsieur?--Certainement oui, monsieur.--Vous tes trop bon,
monsieur.--Pas le moins du monde, monsieur.--Je vous remercie de
l'intrt que vous prenez  mon infortune,--C'est si naturel, monsieur:
comment voir de sang-froid dvaliser un honnte homme?--Voulez-vous me
faire le plaisir, monsieur, d'accepter un petit verre?--Certainement,
oui, monsieur.--Je serais enchant de faire une plus ample connaissance
avec vous.--Vous me faites honneur, monsieur.--Un si galant homme!--Ah!
monsieur! Et sur cet ah! sentimental le voleur s'approchant du vol,
comme par une explosion de sensibilit irrsistible, escamote lestement
l'pingle en diamants qui s'tale orgueilleusement sur le collet de sa
chemise, et la glisse dans sa poche  ct de la tablette d'or qu'il
s'tait pralablement approprie.

Huit jours aprs, le vol, de retour dans sa ville natale, raconte sa
msaventure et ajoute: Mais ce qui me console, c'est qu'au mme
instant, je fis connaissance avec un Parisien charmant qui m'a plaint de
toute son me et a pouss la politesse jusqu' changer avec moi le
petit verre de l'amiti. Puis, l'exemple de M. de Pourceaugnac, il
s'crie: C'est le seul honnte homme que j'aie rencontr  Paris! Si
le nombre des voleurs se perfectionne et s'accrot, le nombre de vieux
htels, des htels historiques chaque jour diminue. En voici un et
encore aprs tant d'autres. Le doux nom de Guimard lui servait de
caution, et vous n'entriez pas sous ses votes dores sans respirer
comme un parfum de vie lgante et de voluptueux loisirs; on sentait que
l'esprit et les moeurs du dix-huitime sicle s'taient occups de btir
cet asile charmant et y avaient rgn en matres.

La Guimard fut, comme chacun sait, la danseuse adore du dix-huitime
sicle; le marchal de Soubise chercha prs d'elle, en qualit de
conqurant,  se tresser des couronnes de myrte pour remplacer les
lauriers qu'il n'avait pas cueillis en qualit de gnral; on ne saurait
dire prcisment que Soubise travailla avec la Guimard comme  Rosback,
pour le roi de Prusse; mais si la bayadre lui accorda du myrte, elle en
parpilla les feuilles et les branches sur bien d'autres assaillants; de
sorte qu'en vrit la victoire de Soubise fut trs-partage; il tait
arrt que nulle part, ni en guerre ni en amour, ce pauvre marchal ne
resterait compltement matre du champ de bataille.

La Guimard fit lever l'htel en question avec les produits de ses
campagnes en pays d'Anathonte et de Cythre. Elle s'adressa d'abord 
Fragonard, l'illustre de ce temps-l; Fragonard se mit  l'oeuvre; puis,
un beau jour, sur je ne sais quelle plainte de la Guimard,--un caprice
de danseuse sans doute,--il prit la mouche et se fcha. La Guimard, qui
n'tait rien moins que patiente, l'envoya au diable; il y alla, mais en
se promettant une bonne vengeance que voici.

Dans le salon, d'un got exquis, tout clatant d'or et de peinture, la
Guimard tait reprsente en pied, dans le costume de Terspsychore,
souriant de son plus aimable sourire, regardant de son regard le plus
tendre et le plus charmant. Fragonard se glissa, un matin, dans ce
salon, sans tre aperu, prit son pinceau, en donna trois ou quatre
coups sur la bouche et sur les yeux de cette Terspsychore adorable, et
au lieu de l'air sduisant et tendre, y mit un air furieux et maussade;
cette trahison accomplie, il s'esquiva comme il tait venu.

La Guimard revint escorte de ducs et de marquis convis par elle au
plaisir d'admirer son portrait. Je vous laisse deviner sa colre en le
voyant si cruellement mtamorphos. Elle entra dans un terrible
emportement; et ducs et marquis de rire; et plus ils riaient, plus notre
Guimard devenait furieuse, consquemment, plus elle ressemblait  la
Terspsychore enlaidie par Fragonard. Jamais vengeance ne fut plus
complte, car ce fut le lendemain le passe-temps de la ville et de la
cour.

Cette Guimard tait toutefois une agrable et excellente fille; un peu
maigre, disent les gourmets de son temps. Grimm, qui n'tait pas ce
jour-l en humeur de galanterie, l'appelle une araigne. Terspsychore
est bien loin!--Du reste, l'Opra et surtout le corps des ballets a
toujours t en proie  cet insecte; voyez notre ballet de 1844; que de
danseuses se disent des Terspsychores, qui ne sont que des araignes
comme la Guimard, tendant leur toiles pour prendre les mouches de
l'orchestre et de l'avant-scne.

Non-seulement la Guimard tait humaine, quelle danseuse ne l'est pas?
mais elle tait charitable; tmoin les 6,000 livres d'trennes que lui
donna le marchal de Soubise, et qu'elle convertit en aumnes pour les
pauvres frapps par le cruel hiver de 1768, allant elle-mme de mansarde
en mansarde, de misre en misre, distribuer son bienfait. Ce gnreux
dvouement la mit en grande rputation de chant, et lui attira une
ptre de Marmontel qui commence ainsi:

        Est-il bien vrai, jeune et belle damne,
        Que du thtre, embelli par tes pas.
        Tu vas chercher dans de froids taffetas
        L'humanit plaintive, abandonne?

Ainsi Marmontel rima une mauvaise ptre pour une bonne action; il n'en
a jamais fait d'autres!

Cet htel de la Guimard, dont l'amour fit les frais et dont le plaisir
dessina le plan, comme dit un contemporain, est dj au niveau du sol.
La niche de Cupidons qu'il cachait depuis quatre-vingts ans s'est
envole, de peur d'tre crase sous les gravois. Demain y amnera de la
toile, ou bien on y vendra des juliennes et des biftecks.--Passe encore
pour des ctelettes  la Soubise!

Aprs la Guimard, parlons de Taglioni; transition naturelle; de danseuse
 danseuse, il n'y a que le pied.

Nous dirons donc que mademoiselle Taglioni a commenc ses
reprsentations. C'est l une grande nouvelle, et si vous en doutez,
allez un peu voir la foule qui se presse au bureau de location; on se
dispute les stalles et les loges, et, le soir venu, mille bravos
accueillent la sylphide et la bayadre; aux bravos se mlent les
bouquets de fleurs et les couronnes.

[25 lignes illisibles.]

C'est une sylphide qui s'envole comme l'me d'une jeune fille qui meurt
d'amour; dans les collines fleuries de la Suisse, l ou s'abrite la
demeure de Guillaume Tell, l'oiseau lger ne saurait suivre ses pas; au
srail, quand elle excite la rvolte, quelle aime a plus de charme et
de sduction, quelle vierge plus de dcence, quelle amazone plus de
fiert? La Fille au Danube nous a rvl une dlicieuse vision du Nord:
la fe des eaux qui vogue sur le grand fleuve comme un blanc flocon
d'cume, comme la plume dtache de l'aile du cygne.

En 1838, Marie Taglioni quitta Paris, et se mit  voltiger  travers
l'Europe,  Berlin,  Vienne,  Londres,  Saint-Ptersbourg. Les
empereurs et les rois se la disputrent; la grande-duchesse Alexandrine
de Mecklembourg-Schwerin crivit  sa soeur l'impratrice de Russie,
pour obtenir que mademoiselle Taglioni vint danser  Dobberau. La reine
de Wurtemberg ne se spara d'elle qu'en pleurant: Ma soeur me
quitterait, que je n'aurais pas plus de chagrin, dit-elle.

A Munich elle ne fut pas moins adore. Le roi de Bavire lui prsenta la
reine, en lui disant avec la simplicit germanique: Mademoiselle, voici
ma femme! Et quand vinrent ses deux filles, les princesses Marie et
Sophie, il ajouta: Mesdemoiselles, saluez mademoiselle Taglioni;
faites-lui voir que vous profitez des leons de grce qu'elle vous donne
chaque soir. Ainsi partout Marie Taglioni mit sur un pied d'galit
parfaite l'aristocratie de naissance et l'aristocratie du talent. Elle a
toujours trait, du haut de sa royaut de thtre, de puissance 
puissance avec les princes, les rois et les empereurs de l'Europe.

[Illustration: Mademoiselle Taglioni, dans la Sylphide.]

Paris s'tait montr son admirateur le plus persvrant; Paris, en
quelque sorte, avait fait sa gloire; aussi est-ce  Paris que Marie
Taglioni donne son dernier sourire et son dernier triomphe. Aprs ces
soires clatantes dont nous sommes tmoins depuis huit jours, tout sera
dit, Marie Taglioni quittera le thtre; la sylphide ploiera ses ailes,
et se reposera de sa renomme au fond de quelque potique et silencieuse
retraite. Profite donc,  Paris, des dernires heures qu'elle te laisse
pour la voir encore et lui jeter sa dernire couronne.

Une grande fte se prpare  Versailles; il y aura spectacle  la cour;
les journaux l'annoncent. Mais que les temps sont changs! ce ne sont
pas les ducs tourdis, les petits chevaliers inutiles et les marquis
dbraills qui viendront s'asseoir sur les banquettes et au-dessous de
la loge du roi. L'aristocratie des titres a fait son temps;
l'aristocratie du travail la remplace. La fte annonce aura pour
convives et pour spectateurs tous ces hommes ingnieux et actifs qui ont
enrichi l'exposition de l'industrie des magnifiques chantillons de leur
intelligence.

Monsieur, quel est ce marquis?--C'est un fabricant de fer lamin.--Et ce
duc, monsieur?--Un filateur clbre.--Ce vicomte?--L'inventeur d'une
pompe admirable.--Ce chevalier?--L'auteur d'une machine  tiller le lin
et le chanvre.

On dit que le spectacle choisi par le roi se composera de la Lucrce de
M. Ponsard, et de la jolie comdie de M. Augier, la Cigu: cours complet
de grec et de latin. Un magnifique repas couronnera la fte; on y boira
du vin de Chio et de Falerne, et,--on peut s'y attendre,--plus d'une
amphore sera vide.

Il ne nous reste qu'un fretin de nouvelles; des nouvelles de rien, des
nouvelles en l'air, des nouvelles sans importance. Par exemple, un
barbet s'est noy hier sous le pont Neuf; une tuile, tombant d'un toit,
a borgn un monsieur bien mis qui allait dner en ville; l'empereur
Nicolas visite Londres  la barbe de Paris; M. Ancelot continue  jouer
au Vaudeville le rle du directeur malgr lui; on annonce, pour la
millime fois, que Rossini nous apportera un opra nouveau vers la fin
de juillet; un mari de la rue Beaubourg, ayant surpris un voisin dans
une situation suspecte, lui a matriellement coup les deux oreilles.



Exposition des Produits de l'Industrie.

(6e article.--Voir t. III, p. 49, 133, 164, 180 et 211.)
CLAIRAGE.--PRODUITS DIVERS.

[Illustration: Conglateur, glacire des familles.]

[Illustration: Fragment d'un lustre  gaz, excut pour le thtre de la
reine d'Angleterre, par M. Lacarrire.]

Nous sommes loin du temps o, dans les campagnes comme dans la plupart
des villes, l'heure du couvre-feu tait celle o chacun finissait sa
journe, o la unit commenait au moment o le soleil se couchait, pour
ne finir que lorsqu'il se levait; temps calme et paisible, temps de
jouissances matrielles peu mles de jouissances intellectuelles;
heureux temps peut-tre, o l'esprit humain ne cherchait pas au-del de
ce que ses pres avaient connu, et se reposait dans un sommeil
lthargique de travaux qui demandaient plus de routine que
d'intelligence. Dans ce temps-l, d'ailleurs, les sciences et les arts
domiciliaires surtout taient dans l'enfance; rien des brillants
produits que nous voyons aujourd'hui ne venait rvler  l'homme qu'il
avait encore un pas immense  faire pour tre vritablement le roi de la
cration; il naissait, vivait et mourait, sans s'inquiter si la terre
tait ronde et tournait autour du soleil, s'il avait sur cette terre la
masse de jouissances auxquelles il pouvait atteindre.

[Illustration: Cadre et bas-relief en chanvre impermable, par M.
Marcuzi de Aguirre.]

[Illustration: Garniture de chemine en bronze dor, par M. Rodel.]

[Illustration: Lampes Carcel par M. Dehennault.]

Aujourd'hui, il faut l'avouer, la condition de l'homme est toute
diffrente; son esprit, excit, stimul par les mille merveilles qu'il
voit natre autour de lui, par les dcouvertes qu'enfante le cerveau de
chacun, son esprit est toujours en avant de ce qu'il a; il conoit le
mieux tout en ayant le bien, et sa bourse, et sa maison sont toujours
ouvertes  qui vient lui apporter une ide nouvelle qui augmente ou
complte son bien-tre.

[Illustration: Lampes  gaz et  piston, par M. Joanne.]

On se rappelle comme un rve ou comme un pisode des romans de
chevalerie les fameux clairages des grandes salles des chteaux
antiques au moyen de torches de rsine que soutenaient des bras en fer
sortant du mur; leur lueur rougetre et la fume paisse qui remplissait
bientt la salle et luttait avec peine contre la flamme de chnes
entiers, que dvorait l'immense chemine. C'tait le luxe alors. Depuis,
chaque chaumire, pour qui la torche de rsine tait inabordable, chaque
chaumire eut sa lampe antique, o l'on brlait une huile impure
provenant de graines olagineuses imparfaitement tritures. Ces lampes 
bec allong,  mche ruineuse, on les voit encore dans nos
campagnes.--Mais que de progrs depuis lors! combien l'clairage a
gagn! avec quelle ardeur la chimie et la physique ont concouru  en
faire un des arts les plus complets! sous quelles formes brillantes et
nombreuses chacun peut-il trouver l'clairage qui convient le mieux  sa
fortune: chandelle, bougie de cire, bougie starique, huile pure,
alcool, hydrogne, huile de schiste, gaz de houille, gaz de rsine, gaz
ordinaire, gaz comprim, telles sont les diverses inventions pour
lesquelles la physique et la mcanique ont de leur ct dvelopp toutes
leurs ressources.

Nous allons essayer une revue rapide de ces diverses sortes d'clairage,
et nous indiquerons, en passant, les amliorations obtenues dans chacune
de ces branches.

La fabrication des chandelles en est arrive  un point o elle n'a plus
de grands progrs  faire. Les perfectionnements dont elle est
susceptible tiennent d'ailleurs au mlange du suif avec des matires
trangres, telles que de la cire ou du blanc de baleine, ce qui leur
donne de la consistance et en rend l'usage plus agrable. On les
fabrique de deux manires, au moule ou  la baguette. Pour le moulage,
on place la mche dans un moule qu'on remplit de suif; pour le second
procd, on plonge la mche dans un bain de suif, et on ritre cette
opration jusqu' ce que les couches de suif accumules donnent  la
chandelle la grosseur suffisante.

La cire est la matire la plus anciennement employe dans la fabrication
des bougies. On la blanchit en la fondant et en l'exposant  l'air en
rubans larges et minces. La plupart des bougies se fabriquent au moule
comme les chandelles.

Cependant la chimie prparait, dans le silence du laboratoire, le coup
le plus inattendu et le plus redoutable en mme temps  tous les
systmes d'clairage direct par les substances employes  l'tat
solide. On apprit, en effet, que le suif pouvait tre divis en
plusieurs substances, les unes solides, cristallisables; les autres
fluides  la temprature ordinaire. On parvint  liminer conomiquement
ces dernires, et  transformer les autres en vritables bougies, doues
des principales proprits qui conviennent  l'clairage de luxe. Telle
est l'origine de la bougie starique, dont la fabrication est
aujourd'hui une branche importante de l'industrie parisienne. Nous avons
remarqu  l'exposition les produits de M. de Milly, le fondateur de la
bougie dite de l'toile; ceux de M. Tresca, qui a cr la bougie de
l'clipse, et ceux de divers autres fabricants, dont les bougies
prsentent de bonnes qualits.

Il rsulte des observations faites par M. Peclet: l que dans
l'clairage par les chandelles de six ou de huit, les dernires sont
plus coteuses que les premires pour produire la mme quantit de
lumire; 2 que les prtendues chandelles conomiques ne le sont
rellement pas, attendu qu'elles cotent par heure plus que les
chandelles ordinaires et qu'elles donnent moins de lumire; qu'elles
prsentent seulement l'avantage de moins couler, d'tre plus sches,
plus blanches et de ne pas donner d'odeur; 3 que l'clairage par les
bougies de cire et de blanc de baleine diffre peu; que celles de blanc
de baleine sont prfres  cause de leur clat et de leur
translucidit; que les bougies d'acide starique valent les deux autres
pour l'usage, mais qu'elles sont d'un aspect moins agrable.

Les huiles les plus propres  l'clairage sont celles qui ne sont point
volatiles et qui ont la proprit de rester grasses  l'action de la
chaleur, quelque prolonge qu'elle soit. Telles sont les huiles d'olive,
de colza, de navette et d'oeillet qui sont communment employes dans ce
but. On les purifie d'ailleurs au moyen d'acide sulfurique concentr qui
dcompose les matires trangres et les prcipite au fond du vase o se
fait l'opration.

Jusqu'en 1786 on ne s'tait servi que de la lampe antique, de la lampe
de campagne, dont nous avons parl plus haut; mais  cette poque, Ami
Argand fit la dcouverte des becs  double courant d'air, et c'est de l
que datent les perfectionnements introduits dans l'clairage  l'huile.

Les avantages du systme d'Argand sont faciles  saisir: la mche, au
lieu d'tre plate, est en forme de cylindre creux retenu entre deux
cylindres concentriques; l'air arrive ainsi des deux cts et sur toutes
les parties de la mche; la combustion de l'huile se fait plus
rapidement; on obtient une belle lumire, il ne se vaporise que peu
d'huile et on n'a ni fume ni odeur. On augmente d'ailleurs le tirage en
protgeant la flamme par une chemine en verre.

Les diffrentes mthodes suivies dans la construction des lampes ont
pour but de verser continuellement sur la mche la quantit d'huile
ncessaire  la combustion. On a imagin ainsi: 1 les lampes 
rservoir suprieur au bec; 2 les lampes  rservoir au niveau du bec;
3 les lampes hydrostatiques; 4 les lampes mcaniques. Dans ces deux
dernires, le rservoir est dans la partie infrieure au bec.

Nous n'avons rien de particulier  dire des lampes des deux premires
espces: lampes de bureau, lampes astrales, lampes sinombres, telles
sont les principales varits, modifies plus ou moins, suivant le got
ou le gnie des constructeurs.

Quant aux lampes hydrostatiques, les premires furent inventes par les
frres Girard, et perfectionnes ensuite par M. Thilorier. Si l'on
suppose un siphon ouvert par les deux bouts et dont les branches
renferment des liquides de densit diffrente, les hauteurs de ces
liquides dans les deux branches seront en raison inverse de leur
densit; si on dispose un appareil de manire  ce qu'une colonne de
liquide agisse, au moyen d'un rservoir commun sur une colonne d'huile,
 mesure que l'huile se brlera, le liquide pesant descendra dans le
rservoir commun et forcera l'huile  s'lever et  conserver
sensiblement le mme niveau. Le liquide employ par M. Thilorier tait
une dissolution de sulfate de zinc dans un gal poids d'eau. Nous devons
dire que ces lampes ont t gnralement remplaces par les lampes
mcaniques ou lampes Carcel.

Dans ce dernier systme, la partie infrieure du pied de la lampe est
occupe par un mouvement d'horlogerie; immdiatement au-dessus se trouve
le rservoir d'huile, au fond duquel est un systme de pompes que le
mouvement d'horlogerie met en activit et qui fait monter l'huile dans
un petit tuyau qui aboutit  la partie infrieure au bec; l'huile en
excs retombe par les bords extrieurs du rservoir. Carcel employait
une pompe  piston horizontal et  double effet. M. Vissocq a introduit
un perfectionnement qui a pour but de supprimer l'intermittence qui
rsulte du jeu de la pompe. Il emploie deux systmes de pompe, l'une
verticale, l'autre horizontale, disposes de manire que la plus grande
pression de la premire rponde au minimum de pression de la seconde, et
rciproquement.

Depuis que le systme dont Carcel est l'inventeur est tomb dans le
domaine public, un grand nombre de fabricants ont envoy  l'exposition
des lampes mcaniques dont les dispositions sont plus ou moins
ingnieuses et les dtails plus ou moins bien soigns. Il nous semble
que maintenant ce qu'il faut atteindre, c'est le bon march, et sous ce
point de vue il y a encore de grands progrs  faire, et ensuite
l'lgance des formes. Nous citerons, parmi ceux dont nous avons
remarqu les produits, M. Joanne, M. Dehennault et M. Silvant. Nous
retrouverons tout  l'heure M. Joanne dans une invention qui lui est
propre. M. Dehennault est le premier qui ait eu l'ide de substituer les
vases en porcelaine aux formes anciennes, et fait d'une chose ncessaire
un objet d'ornement pour nos salons et en rapport avec les ameublements
de nos jours. Rien de gracieux, de riche et de prcieux comme les deux
modles que nous reproduisons aujourd'hui, l'un en porcelaine de France,
l'autre en porcelaine de Chine garnie, en bronze dor.

M. Silvant a expos un systme de lampe qui porte son nom et qui nous a
frapp par sa simplicit. L'air y fait l'effet du liquide de la lampe
hydrostatique; la pression exerce par l'huile qui tombe dans un
rservoir infrieur sur l'air qui y est contenu ragit sur l'huile du
rservoir suprieur et la force ainsi  monter et  alimenter la mche.
Ces lampes sont, du reste, garanties pendant cinq ans par l'inventeur.

Le systme pour lequel M. Joanne a t brevet consiste en ce que, dans
sa lampe, l'huile est leve par la seule pesanteur d'un piston
comprimant la surface; l'coulement rgulier est maintenu par l'addition
d'un flotteur rgulateur plac dans un rservoir le distribution
interpos entre le bec et l'extrmit de la colonne comprime. M. Joanne
a ajout, de plus, un cne mtallique plac au centre de la mche pour
forcer le courant d'air  frapper plus vivement la flamme. Ce mcanisme,
comme ou le voit, est excessivement simple; de plus, il est peu coteux
et d'un entretien facile; les rparations sont pour ainsi dire
insignifiantes. Avant la dcouverte de M. Joanne, on avait en vain
cherch  unir, dans ce systme, la simplicit  la solidit et 
l'conomie; toutes les tentatives avaient chou, aussi l'inventeur
est-il  se dfendre contre de nombreux contrefacteurs pendant presque
toute la dure de ses brevets. Ce n'est qu'aujourd'hui que son invention
est dans le domaine public qu'il lui est donn de respirer et de jouir
tranquillement du fruit de ses travaux.

M. Joanne a encore imagin une lampe  gaz pour la combustion de
l'hydrogne liquide. Ses lampes mritent  tous gards d'attirer
l'attention; il a innov encore de ce ct. Avant lui, pour teindre la
lampe  gaz, on tait oblig d'ter le verre, de souffler et de mettre
un teignoir sur la capsule  gaz; il a introduit dans ces lampes un bec
teignoir qu'il suffit de tourner pour intercepter immdiatement le
passage du gaz. De plus, il fait brler le gaz hydrogne comme l'huile
dans une mche circulaire  courant d'air. Nous aurons occasion de
revenir plus tard sur l'avenir de l'hydrogne liquide et sur la place
qu'il doit occuper dans les produits de consommation usuelle, surtout
entre les mains d'hommes intelligents et inventifs comme ceux dont nous
venons de parler.

Les curieux s'arrtent  l'exposition devant les normes appareils de M.
Franois jeune, les phares catadioptriques et les lentilles colossales
qu'a exposes cet habile fabricant. Peut-tre devrions-nous renvoyer ce
que nous avons  dire des phares  un article plus spcial; cependant
comme la puissance des phares et leurs effets viennent autant de
l'intensit de la lumire place au foyer que des proprits des verres
qui l'entourent, nous donnerons ici un aperu historique sur cette
admirable invention.

Les principes sur lesquels repose la construction des phares sont dus 
un savant franais, Augustin Fresnel. Un des grands dangers de la
navigation est l'approche, des ctes pendant la nuit. On conoit donc de
quelle importance il est que les ctes soient claires, que les feux
soient visibles de loin et reconnaissables les uns des autres par des
signes distinctifs.

Les Romains, qui avaient lev des tours d'une grande hauteur dans ce
but, allumaient simplement des feux de bois qu'on entretenait toute la
nuit; mais si la hauteur de ces tours permettait de voir de loin les
feux allums au sommet, le peu d'intensit de la flamme, la diffusion
des rayons, qui ne pouvaient percer les couches paisses de
l'atmosphre, en restreignaient l'utilit  une zone peu tendue autour
de chaque phare.

En principe un feu isol envoie des rayons vers tous les points de
l'atmosphre: beaucoup d'entre eux sont donc perdus, et ceux qui
arrivent au navigateur sont tellement faibles qu'ils ne peuvent prvenir
la plupart des dangers auxquels il est expos prs des ctes. Dtruire
cet parpillement fcheux de rayons, et profiter de toute la lumire de
la lampe, tel tait le double problme qu'on avait  rsoudre pour
tendre la porte des phares.

On a augment d'abord l'intensit du feu en se servant des lampes
d'Argand. Puis on a trouv la solution du problme en employant des
miroirs mtalliques profonds, connus sous le nom de miroirs
paraboliques. Une lampe place au foyer d'un tel miroir envoie sur la
surface du miroir tous ses rayons, qui, par rflexion, sont ramens 
une direction commune. L'inconvnient est que le faisceau ainsi rflchi
n'a que la largeur du miroir, et il faudrait pour clairer tous les
points de l'horizon beaucoup de miroirs diversement orients.

Le mme effet serait obtenu par l'interposition d'une masse de verre, en
forme de lentille entre la lumire et le navigateur. Cet essai, fait
d'abord par les Anglais, ne russit pas, jusqu' ce que notre
compatriote, Augustin Fresnel, appliquant  la construction des phares
les nouvelles lois de la lumire qu'il venait de dcouvrir, reprit la
question o l'avaient laisse les Anglais. Il vit qu'on ne rendrait les
phares lenticulaires suprieurs aux phares  rflecteurs mtalliques,
qu'en augmentant considrablement l'intensit de la flamme clairante et
en donnant aux lentilles d'normes dimensions, qu'on demanderait en vain
 la fabrication ordinaire. Alors il composa ses lentilles de petites
pices calcules suivant les lois de l'optique et imagina de plus toutes
les mthodes pour construire avec exactitude et conomie les lentilles 
chelons.

Enfin il inventa une lampe  plusieurs mches concentriques dont l'clat
galait vingt-cinq fois celui des meilleures lampes  double courant
d'air. Chaque lentille envoie  l'horizon une lumire quivalente 
celle de trois  quatre mille lampes  double courant d'air runies. De
plus, pour rendre ces phares parfaitement distincts les uns des autres,
on imagina de leur donner un mouvement de rotation de manire  ce
qu'ils produisent des clipses intermittentes et dont les intervalles
plus ou moins spares suffisent au navigateur pour lui indiquer  quel
phare et  quelle cte il a affaire.

Les lampes mcaniques des phares lenticulaires, de premier, deuxime et
troisime ordre, ont t excutes avec beaucoup de succs par MM.
Wagner et Lepaute. Depuis, d'antres fabricants ont t appels  fournir
des lampes pour des appareils de moindre puissance. Les machines de
rotation, qui exigent la mme perfection que les horloges, sont dues aux
artistes que nous venons de nommer.

Tel est le rsum succinct de l'une des plus admirables inventions de
l'esprit humain, dont l'honneur revient tout entier  un Franais, et
telle que l'humanit n'aura jamais  en gmir.

Nous ne pouvons aujourd'hui donner sur la fabrication du gaz des dtails
que, d'ailleurs, les lecteurs de _l'Illustration ont dj eus dans un
prcdent numro. Nous nous bornons  leur donner le dessin d'un
admirable lustre command par la reine d'Angleterre  la maison
Lacarrire, dont la renomme est europenne. Le lustre, en bronze dor,
est destin au thtre royal, et soutient dignement la rputation des
produits de notre compatriote.

Nous donnons galement le dessin d'une garniture de chemine n bronze
dor, dont l'ide est des plus originales, et l'excution excessivement
satisfaisante. L'artiste, M. Rodel, lui a donn le nom de
_pendule-candlabre. Les candlabres placs aux deux cts de la
chemine soutiennent, en se rejoignant, une pendule, qui se trouve ainsi
suspendue, et n'intercepte pas le coup d'oeil que toute dame est force
de donner de temps en temps  sa toilette. Un autre avantage est
d'obtenir un grand effet de lumire par la rptition des bougies dans
la glace; de plus, dans un salon dont le milieu est spar par une glace
sans tain, l'heure est indique des deux cts, les bougies clairent
les deux pices, et, cependant, rien n'intercepte la vie d'un salon 
l'autre. C'est une pice lgante, et qui fera bientt partie oblige de
tous les ameublements de luxe.

--Dans les prcdentes expositions, on a remarqu des bas-reliefs, des
rondes-bosses, des ornements de tous genres, fabriqus en carton-pierre:
la dcoration des appartements a surtout gagn en lgance par l'emploi
de ce nouveau plastique, qui, par son prix, est  la porte des fortunes
modestes. Aujourd'hui, nous avons  enregistrer l'apparition d'un
nouveau produit, qui ne le cde en rien, pour la mallabilit, la
nettet des contours, la solidit et la dure,  son prdcesseur, et
qui a sur lui l'avantage de la lgret et du bon march. Nous voulons
parler du chanvre impermable, d  M. Marsuzi de Aguirre.

Nous ne pouvons donner de dtails sur la manire dont se fabrique ce
chanvre impermable. Nous dirons seulement que les produits que nous en
avons vus sont minemment remarquables, comme nos lecteurs peuvent en
juger par le bas-relief que nous mettons sous leurs yeux. Nous
ajouterons que si, dans les petits dtails, ou peut en obtenir toute la
finesse et le fini de la fonte ou du bronze cisel, il se plie galement
aux grands ornements d'architecture, comme le prouvent les importante
travaux de dcoration de l'intrieur et de l'extrieur des salles de
l'exposition, dont les corniches, les chapiteaux et les moulures sont en
chanvre impermable. C'est une industrie minemment franaise, qui
occupe en ce moment 150 ouvriers, absorbe pour 150,000 fr. de matires
premires provenant toutes du sol fianais, et donne lieu  une
fabrication dont l'importance n'est pas moins de 500,000 fr. par an. Une
partie des produits est consomme en France: en 1843, l'tranger en a
achet pour 120,000 francs. Nous ne pouvons que dsirer les progrs de
cette industrie, qui est si bien en rapport avec les lgres
constructions que ce temps-ci, les modiques fortunes et les appartements
exigus. Tout ce qu'on peut craindre, c'est qu'un got svre ne prside
pas au choix des modles. Nous disons cela comme avertissement et non
comme reproche, car nous n'avons rien remarqu de choquant, comme got,
dans les produits exposs cette anne. C'est que rien ne doit tre plus
pur que ce qui est destin aux masses, dont les premires impressions
sont vives et presque toujours ineffaables.

_Conglateur, glacire des familles.--Rjouissez-vous, vous qui vivez,
dans les climats chauds, sous les rayons brlants du soleil, ou qui, par
raison d'conomie, rpugnez  entrer chez Torloni dans les jours de
canicule. Pleurez, glaciers infortuns dont l'art n'est plus un secret,
et qui ne pourrez plus nous vendre 25 centimes ce que nous obtenons
aussi bien que vous pour 5 centimes; et vous, Dame-Blanche et
Reine-de-Castille, faites trve  vos trop longues querelles; cessez de
vous agrandir et d'taler ces normes corbeilles d'ananas, ces cristaux,
ces porcelaines o l'or s'allie aux dessins les plus gracieux;
runissez-vous contre l'ennemi commun qui vient bouleverser les
existences acquises et vos guerres intestines; conspirez contre le
conglateur, glacire des familles, appareil pour faire de la glace en
toutes saisons et par toutes les tempratures.

L'utilit de la glace est incontestable, et rien n'approche de la
sensation dlicieuse qu'elle procure pendant les grandes chaleurs: aussi
avons-nous lu, je ne sais o, que Napolon lui-mme, brl sur son
rocher dsert, prouva une joie d'enfant en recevant d'Europe un
appareil pour faire de la glace. On sait qu'au moyen de la combinaison
de diffrents sels, on peut obtenir un refroidissement notable, et
arriver  plusieurs degrs au-dessous de zro. C'est sur la proprit de
ces mlanges qu'est fonde la construction de la glacire des familles.
Elle se compose de plusieurs cylindres concentriques, qui renferment
entre leurs parois le mlange et les matires  glacer. La premire
enveloppe comprend une substance non conductrice du calorique; la
seconde, de l'eau  glacer; la troisime, le mlange, et la quatrime,
qu'on nomme _sarbotire, les sorbets, fromages, glaces aux fruits,  la
crme ou au sirop.

Les mlanges rfrigrants sont de deux espces: le premier se compose de
trois parties de sulfate de soude et deux parties d'acide muriatique;
l'autre, d'une partie de nitrate d'ammoniac et d'une partie d'eau. Ce
dernier opre moins vite; mais il prsente l'avantage de pouvoir servir
continuellement et au moyen d'une simple vaporation de l'eau qui a
dissous le sel d'ammoniac.

Au-dessous des tubes, ou cylindres que nous venons d'indiquer, est un
autre vase cylindrique qui sert de rcipient aux matires rfrigrantes.
Au bas de la partie suprieure de l'appareil est un robinet qui sert 
couler l'eau suffisamment glace.

Et maintenait! il ne nous reste plus, ami lecteur, qu' vous engager 
faire l'essai de ce meuble indispensable, et nous sommes convaincu que
vous ne voudrez plus prendre d'autres glaces que celles faites par vos
propres mains.



Acadmie des Sciences.

COMPTE RENDU DES TRAVAUX PENDANT LE DERNIER
TRIMESTRE DE 1843 ET LE PREMIER TRIMESTRE DE 1844.

(Voir t. I, p. 217, 231, 238; t. II, p. 182, 198, 316 et 394; t. III, p.
25, 58, 134, 150, et 218.)

VII--Sciences mdicales. (Suite et fin.)

M. Lon Dufour a rpt ses dissections d'abeilles pour s'assurer de
nouveau si les organes scrteurs de la cire, dcrits par Huber,
existaient rellement. L'opinion de M. Milne Edwards, qui se rapprochait
de celle d'Huber, est le motif qui a dtermin M. Dufour  faire de
nouvelles recherches. Cette fois-ci comme la premire, il n'a trouv ni
glandes intrieures pour scrter la cire, ni poches extrieures pour la
recevoir labore, ni communication d'aucune espce entre la cavit de
l'abdomen o la cire est ingurgite, et les intervalles des anneaux o
on la trouve en lamelles. En consquence il croit devoir s'en tenir 
l'opinion de Raumur, que l'abeille avale la cire brute, la vomit aprs
qu'elle s'est pure dans ses organes digestifs, et la place entre les
anneaux de son abdomen, o elle se moule en lamelles pour tre ensuite
employe  la construction des alvoles.

M. Milne Edwards, qui n'est point convaincu par les observations
anatomiques de M. Dufour, donnera bientt sans doute le rsultat des
recherches et les dessins qu'il a promis d'excuter ds que les beaux
jours seraient venus.

On doit  MM. Baudrimont et Martin-Saint-Ange un mmoire, fruit de
longues et patientes recherches, sur les phnomnes de l'incubation des
oeufs des gallinacs. Il rsult du travail de ces observateurs que
l'oxygne est indispensable  l'volution organique de l'embryon; que
les oeufs, pendant l'incubation, perdent une partie de leur eau et
brlent du carbone et de l'hydrogne. C'est une sorte de respiration qui
s'opre. Les auteurs s'occupent en ce moment d'tudier le rle que peut
jouer l'azote pendant l'incubation.

Une note de MM. Gruby et Delafond contient des dtails fort curieux sur
le dveloppement d'animalcules nombreux dans l'estomac et l'intestin des
animaux herbivores et carnivores pendant la digestion. C'est surtout
chez les herbivores que ces animalcules se dveloppent en grand nombre.

M. Roger a fait sur la temprature des enfants,  l'tat physiologique
et pathologique, des recherches exprimentales, il a trouv dans la
marche du thermomtre des indications pour le diagnostic de certaines
maladies, et principalement pour l'oedme des nouveau-ns.

M. Persoz a fait, sur l'engrais des oies par le mas, des expriences
d'o il rsulte que:

1 L'oie, en s'engraissant, ne s'assimile pas seulement la graisse
contenue dans le mais, mais qu'elle en forme elle-mme une certaine
quantit aux dpens de l'amidon et du sucre de mas, et peut-tre aussi
 l'aide de sa propre substance, puisque la quantit de graisse forme
en elle est ordinairement plus du double de celle qui se trouvait dans
le mas;

2 qu'aprs avoir t engraisse, une oie contient une quantit de
graisse suprieure  l'augmentation de poids qu'elle a subie;

3 Que, durant l'engrais, le sang des oies change de composition, qu'il
devient riche en graisse, et que l'albumine en disparat ou s'y modifie;

4 Qu'enfin il semble exister une certaine relation entre le
dveloppement du foie et la quantit de graisse produite.

Nous rendrons compte du rapport de la commission nomme pour l'examen de
ce mmoire.

L'Acadmie a reu de M. Vrolik un extrait du rapport de la premire
classe de l'Institut royal des Pays-Bas sur les qualits nutritives de
la glatine. Il rsulte des expriences faites par les savants
hollandais que la glatine ne nourrit pas, et que, donne isolment
comme aliment, elle fait natre un dgot insurmontable.

M. d'Arcet, dans la sance suivante, a protest contre les conclusions
de ce rapport, et, sans entrer dans la discussion des faits
d'observation, il s'est appuy sur l'opinion du professeur Bergsma, dont
l'autorit aurait t invoque  tort contre la glatine; M. Bergsma est
un zl dfenseur de cette substance, qu'il croit alimentaire.

L'espace ne nous permet pas d'analyser un mmoire de MM. Prvost et
Lebert intitul: _De la formation des organes et de la circulation du
sang dans les vertbrs; et un autre mmoire de M. Hbert sur la
tuberculisation.

_Mdecine.--M. Pariset a fait un rapport des plus favorables sur un
mmoire relatif  une mthode d'ducation approprie aux jeunes idiots,
par M. Sguin, instituteur des idiots  Bictre. Nous parlerons des
rsultats admirables auxquels est arriv M. Sguin, dans une notice sur
les alins, que _l'Illustration publiera incessamment.

M. Flourens, en prsentant, au nom de MM. Baillarger, Cerise et Longet,
les deux premiers volumes des _Annales mdico-psychologiques, donne des
dtails sur le but de ce journal, rdig par des hommes dont le nom est
une garantie, et qui est destin  solliciter les travaux et 
recueillir les documents relatifs  la science thorique et pratique des
rapports du physique et du moral, et en particulier  la pathologie
mentale.

_Mdecine lgale.--MM. Flandin et Danger, poursuivant leurs travaux de
toxicologie, ont prsent  l'Acadmie un mmoire sur l'empoisonnement
par le plomb, suivi de quelques considrations sur l'absorption et la
localisation des poisons.

_Chirurgie._--M. Scoutetten a lu un mmoire sur la trachotomie dans la
priode extrme du croup. Le travail a pour base une observation
personnelle  l'auteur et qu'il a recueillie dans sa famille. Sa fille,
ge de cinq semaines, avait t atteinte du croup, et toutes les
ressources de la mdecine taient puises, sauf une; l'ouverture de la
trache-artre. Des confrres de l'auteur, appels en consultation par
lui, dclarrent mme cette opration inutile, et s'avourent d'ailleurs
inhabiles  la pratiquer. Alors, plac dans l'alternative d'agir
lui-mme ou de voir prir son enfant sous ses yeux, le pre s'arma
courageusement du bistouri. Aprs bien des accidents redoutables qui
vinrent entraver l'opration, la trache fut ouverte, et l'asphyxie
arrte dans sa marche. Les premiers jours aprs l'opration furent
difficiles  passer, cependant le dixime jour on put enlever
dfinitivement la canule; la plaie marcha rapidement vers la
cicatrisation, et l'enfant, ge maintenant de quatre ans et demi, jouit
d'une sant parfaite.

Cette observation intressante serait une nouvelle preuve, s'il en tait
besoin, que c'est  un tat spasmodique de la glotte, et non 
l'occlusion par les fausses membranes, qu'est due l'asphyxie dans le
croup. En effet, si les fausses membranes suffisaient pour amener
l'asphyxie, ce dnouement funeste ne pourrait tre prvenu par une
ouverture pratique au-dessous du larynx, dans un point o les fausses
membranes se produisent comme dans le larynx mme.

M. Magne, dans un mmoire prsent  l'Acadmie, a dvelopp et confirm
une ide ingnieuse de feu le professeur Samson sur le moyen de
diagnostiquer entre elles, ds leur dbut, certaines maladies de
l'organe de la vue, d'aprs l'absence d'une ou de plusieurs des trois
images qui se peignent dans l'oeil quand on prsente devant la pupille
une bougie allume.

M. Sdillot, professeur  Strasbourg, envoie une note sur un nouveau
procd opratoire employ par lui pour l'ablation d'un cancer de la
base de la langue. Dans le but d'viter les inconvnients graves qui
rsultent des deux mthodes en usage, en oprant par la bouche ou par
l'intervalle maxillohyoidien, M. Sdillot a spar par un trait de sure
les deux moitis de la mchoire intrieure vers la ligne mdiane, et,
par leur cartement, il s'est mnage un espace de 10 centimtres de
large, sans intresser aucun organe important. L'opration a t
prompte, bien supporte, et neuf jours aprs la malade allait fort bien.

M. Feldmann, de Munich, a envoy un nouveau mmoire sur la
kratoplastie, c'est--dire le remplacement de la corne devenue opaque
par une corne prise sur un autre individu.

Ses oprations, faites sur des lapins et sur des chats, ont fort bien
russi; esprons qu'on pourra quelque jour en faire l'application 
l'homme.

M. Leroy d'tiolles a lu un mmoire sur l'vacuation artificielle des
dbris de calculs urinaires sur leur pulvrisation; c'est au moyen
d'instruments nouveaux et de son invention qu'il obtient ces rsultats.

Dans la sance du 26 fvrier, l'Acadmie a dcern les prix de mdecine
et de chirurgie pour l'anne 1842  MM. Stromeyer, Dieffenbach, Bourgery
et Jacob, Thibert, Longet, Valleix, Amussat, Serrurier et Rousseau,
Philippe Boyer.

Enfin, dans la sance du 18 mars, l'Acadmie a nomm membre
correspondant pour la section de mdecine et de chirurgie M. Brodie, en
remplacement d'Ashley Cooper, et dans la section d'anatomie et de
zoologie, M. Ch. Buonaparte, prince de Cunino, en remplacement de
Jacobson.



La Fte-Dieu,  Aix, et le roi Ren d'Anjou.

L'institution de la fte du Saint-Sacrement ou la Fte-Dieu ne remonte
qu'au treizime sicle. Ce fut une jeune fille, la bienheureuse
Julienne, religieuse hospitalire du Mont-Cornillon, prs de Lige, qui
en eut la premire ide. Un jour, ravie en extase, elle vit un croissant
splendide dont la courbure avait une brche, et il lui sembla que cette
vision s'expliquait clairement ainsi; le croissant, c'tait l'glise, et
la brche signifiait qu'il manquait une fte au calendrier, la fte du
Saint-Sacrement. La jeune religieuse ne dclara cependant qu'aprs de
longues hsitations l'avis qu'elle avait reu du ciel. On trouve dans
les _Hollandistes le rcit des tribulations qu'elle prouva lorsque,
devenue suprieure du Mont-Cornillon, elle entreprit d'accomplir sa
mission, et qu'elle fit clbrer dans son monastre l'office qu'elle
avait compos pour la fte du Saint-Sacrement. Soutenue par l'vque de
Lige et par quelques autres prlats contre les membres du clerg qui
n'approuvaient pas les innovations en matire de culte, elle passa sa
vie entire  lutter contre la perscution, et mourut ge de plus de
soixante ans sans avoir eu la satisfaction d'achever son oeuvre. Une
autre fille dvote, son amie et sa confidente, soeur ve, recluse de
Saint-Martin de Lige, jouit de ce triomphe; elle obtint du pape Urbain
IV que la Fte-Dieu serait clbre non-seulement dans les monastres
des Pays-Bas, mais encore dans toute la chrtient, le jeudi aprs
l'octave de la Pentecte.

Deux cents ans plus tard, Ren d'Anjou, comte de Provence, roi titulaire
de Sicile, de Naples et de Jrusalem, composa pour cette solennit le
spectacle original qu'on appelle les jeux de la Fte-Dieu. Ren d'Anjou
tait un prince assez semblable  ce bon roi d'Yvelot, qui dormait fort
bien sans gloire, sous un simple bonnet de coton; bien qu'il ft d'un
grand coeur et d'un grand courage, il n'eut pas de bonheur  la guerre;
le roi d'Aragon, qui avait dj son royaume de Sicile, lui prit encore
son royaume de Naples, et les infidles n'eurent garde de lui rendre son
royaume de Jrusalem. Il se rsigna philosophiquement  son rle de roi
_in partibus et vint tenir sa cour  Aix, l'ancienne cit romaine, la
ville capitale de son comt de Provence. Ce beau pays de Provence tait
 peu prs tout ce qu'il lui restait de ses tats, et il pouvait se
considrer comme le plus pauvre souverain de la chrtient. Pourtant il
protgea magnifiquement les lettres et tint une cour plus brillante que
son beau-frre le roi Charles VII, que son neveu le roi Louis XI et que
son gendre le roi d'Angleterre, Henri de Lancastre.

Aprs la mort de sa premire femme, Isabelle de Lorraine, il pousa la
belle Jeanne de Laval, de laquelle, disent les historiens, il tait
depuis longtemps et en tout honneur secrtement pris. Ren d'Anjou
avait alors prs de cinquante ans, et, d'aprs les portraits
authentiques qui sont rests de lui, il n'tait pas beau de visage.
Pourtant sa nouvelle reine l'aima si tendrement, qu'elle mettait en
action avec lui les galantes pastorales dont les potes espagnols et
provenaux ont donn les premiers modles. Souvent le royal couple
prenait de rustiques habits, et le bon roi Ren, la houlette  la main,
conduisait ses petits montons dans les prairies riantes qu'arrose l'Arc.
Un pote de l'poque, Georges Chatelain, a consacr ce fait dans sa
chronique en vers:

        J'ai le roi de Sicile
        Vu devenir forger,
        Et sa femme gentille
        De ce propre mtier,
        Portant la panetire,
        La houlette et chapeau,
        Longeant sur la bruyre
        Auprs de leur troupeau.

Ce fut au milieu de ces dlassements bucoliques que Ren d'Anjou imagina
les jeux de la Fte-Dieu. Peintre, musicien et pote, il inventa toutes
les scnes de son drame, dessina les costumes des personnages, et
composa les airs nafs qu'on joue encore aujourd'hui dans cette
solennit. Cette pice, tout  la fois profane et religieuse, n'avait
pas moins de vingt-quatre actes qui se jouaient simultanment  tous les
carrefours de la ville. A la vrit les acteurs taient muets, et leur
rle se rduisait  une pantomime expressive. Ce gigantesque spectacle,
qui dut paratre au monde lgant de cette poque une composition
sublime, une oeuvre magnifique, n'est plus aujourd'hui qu'un curieux
spcimen des divertissements de la socit du quinzime sicle. Du
reste, la pice du roi Ren a fourni une aussi longue carrire que les
chefs-d'oeuvre de la scne franaise. Joue pour la premire fois en
1162 et reprise d'anne en anne jusqu'en 1790, elle a eu trois cent
vingt-huit reprsentations, sans compter quelques reprises donnes de
loin en loin sous l'empire et sous la restauration.

Voici le programme de cette fte, dont une tradition non interrompue a
conserv dans leur originalit tous les dtails.

Trois personnages, choisis entre les plus considrables de la cit,
reprsentaient les trois ordres, et prsidaient, chaque anne, aux jeux
de la Fte-Dieu; c'taient le prince d'Amour, pour la noblesse; l'abb
de la Jeunesse, pour le clerg; et le roi de la Basoche, pour le
tiers-tat. La veille de la fte, vers le soir, les btonniers du roi de
la Basoche et de l'abb de la Jeunesse parcouraient la ville, prcds
des tambourins et des galoubets, qui jouaient l'air de la passade, et se
rendaient  l'htel de ville pour se joindre  la procession nocturne,
qu'on appelle _ou qu. Cette trange cavalcade, o figurent tous les
dieux de l'antiquit paenne, met fort en relief l'rudition
mythologique du roi Ren; l'Olympe et les Enfers y sont au grand
complet. La Renomme ouvre la marche, vtue d'une robe jaune,  travers
laquelle sortent deux grandes ailes d'oie; elle porte au cou une ample
fraise, et tient  la main sa classique trompette; un bonnet rouge, orn
de quatre petites ailes, complte le costume de la desse aux cent voix,
laquelle, comme toutes les autres divinits, est reprsente par quelque
jeune garon au teint fauve, aux traits fins et hardis,  l'air grave et
malin.

[Illustration: La Passade.]

[Illustration: Marche de la Passade.]

[Illustration: Les lanciers du prince d'Amour.]

[Illustration: Marche du prince d'Amour.]

[Illustration: Les Lpreux.]

[Illustration: L'Abb de la Jeunesse.]

[Illustration: Le Veau d'or.]

Aprs la Renomme marche en bel ordre la foule des potiques divinits
que Ren a navement costumes suivant les traditions de l'antiquit et
la mode du quinzime sicle, Pluton a quelque chose des allures du
diable avec sa robe noire seme de flammes et sa collerette borde de
rouge. La sombre Proserpine l'accompagne en robe de deuil, une torche 
la main. Neptune et sa jeune pouse sont couronns de roseaux et portent
des habits du plus beau vert de mer. La troupe joyeuse des nymphes et
des satyres entoure le dieu Pan, lequel est vtu d'une peau de bouc et
coiff d'un petit chapeau  plumes de dessous lequel ressortent ses
cornes. Le costume des autres divinits est dans le mme got: Apollon
est charmant, surtout avec son rebec, dont il brandit glorieusement
l'archet, et sa couronne de lauriers entremls de rosettes en papier
rose. Le grand char qui ferme la marche porte le matre des dieux
couronn d'une tiare de fer-blanc; son altire moiti trne prs de lui,
un bouquet de plumes de paon  la main, en guise de sceptre, ce qui nous
semble une conomie d'attributs tout  fait ingnieuse; Vnus et son
fils sont sur le mme char, environns d'une foule de Jeux, de Ris et de
Plaisirs, lesquels sont reprsents par les plus dtermins polissons de
la ville. La belle Aphrodise a pour sceptre un bouquet et minaude
derrire un grand ventail. Enfin, derrire le char, marchent les trois
livides soeurs; Ctotho tient une norme quenouille, et Atropos, arme
d'une grande paire de ciseaux de tondeur, coupe  chaque instant la
ficelle que Lachsis lui tend avec un geste lugubre. Tous ces
personnages sont  cheval et accompagns de lampadophores qui portent
des torches de rsine dont les clarts fumeuses environnent les dieux
d'une espce de nuage.

[Illustration: Le prince d'Amour.]

[Illustration: Le Btonnier du roi de la Basoche.]

[Illustration: La belle toile.]

[Illustration: Les Aptres.]

Cette trange cohorte parcourt les rues jusqu' minuit; c'est le
triomphe des divinits paennes, la dernire de ces riantes ftes, de
ces magnifiques thoxnies dont les Grecs avaient transmis le programme
aux habitants de Massilie; le paganisme rgnait encore un moment dans
l'antique Provence; mais au premier rayon du jour ces fantmes
disparaissaient; le christianisme sortait radieux des tnbres, et les
saints personnages voqus par le roi Ren commenaient  reprsenter
les pieuses lgendes de l'Ancien et du Nouveau Testament.

[Illustration: Les Centaures]

[Illustration: Marche des Centaures.]

[Illustration: Le roi Salomon et la reine de Saba.]

[Illustration: Marche de la reine de Saba.]

[Illustration: Saint Christophe.]

[Illustration: Capitaine des gardes du roi de la Basoche.]

_La reine Sabo, la reine de Saba, s'avance, entoure des dames de sa
cour; elle vient, dans les atours d'une dame du quinzime sicle,
visiter le roi Salomon et tche de le sduire avec des rvrences et des
minauderies un peu vives pour une personne de son minente condition. Le
roi Salomon, sensible  ses grces, danse devant elle au son du
tambourin et des grelots attachs  ses jarretires, et la salue en
baissant pe, laquelle est surmonte d'un petit chteau reprsentant
probablement le temple de Jrusalem.

_Leis chivaou frus les centaures, dcors du scapulaire de
Notre-Dame-du-Mont-Carmel, excutent des manoeuvres et des volutions,
et forment ainsi une espce de contredanse, dont la mesure est marque
par les tambourins et les galoubets.

[Illustration: Le massacre des innocents.]

_La bello estelo, la belle toile. L'astre radieux, port au bout d'un
bton, guide les rois mages, lesquels ont des pantalons turcs de filasse
et des couronnes dores. Ces grands potentats sont suivis chacun d'un
page, qui salue  chaque instant l'toile par un mouvement des reins; ce
geste gracieux, qu'on appelle _lou rguigneau, charme d'autant plus les
assistants qu'il est trs-difficile  excuter; c'est une invention
chorgraphique du roi Ren dont la tradition est prs de se perdre.

[Illustration: Le porteur de cierge.]

[Illustration: La Mort.]

[Illustration: Le grand jeu des Diables.]

[Illustration: La petite me.]

_Lou juech d'oou cat, le veau d'or. Mose s'avance; il tient d'une main
une baguette et de l'autre les tables de la loi;  ses cts marche le
grand prtre coiff de la cdaris et portant le pectoral. Ces deux
vnrables personnages cherchent  ramener les Isralites infidles;
mais ceux-ci se moquent d'eux et dansent autour du veau d'or, reprsent
par un matou, lequel hiss sur une planchette, au bout d'un bton,
miaule et roule des yeux effroyables  la grande satisfaction de ses
impies adorateurs.

_Leis tirassouns, le massacre des innocents. Hrode parat la couronne
en tte et un soleil d'or sur la poitrine; il est suivi d'un tambour,
d'un porte-drapeau et d'un fusilier; une douzaine de marmots en chemise
fuient devant lui. Le barbare Hrode lve son sceptre, le drapeau
s'agite, le tambour bat, le coup de fusil part, et les ennemis tombent
les uns sur les autres comme des capucins de carte; ordinairement, ils
choisissent pour se laisser choir quelque endroit propice, un tas de
boue par exemple, ou le milieu d'un ruisseau, d'o ils se relvent aux
applaudissements de la foule, crotts jusqu' la nuque et barbouills
jusqu'aux yeux.

_Leis apotros, les aptres. Judas ouvre la marche; il tient la fatale
bourse, prix de sa trahison; saint Paul le suit, portant la grande pe,
instrument de son supplice; les autres aptres viennent aprs avec leurs
attributs et vtus d'une dalmatique orne de rubans; tous ont  la main
un morceau de bois semblable  la batte d'Arlequin. Cette troupe de
saints personnages environne le tratre Judas, et le frappe sans
misricorde devant le Sauveur, qui les suit en tranant sa croix.

_Lou juech deis diables, le jeu des diables. Satan et sa cour viennent
en grand costume, les cornes  la tte, une fourche  la main, et des
grelots  la ceinture. Le diable est mari; sa femme, reprsente par
quelque rustre d'une taille gigantesque et d'un affreux visage, est
vtue d'aprs le journal des modes. Avant, la rvolution, elle portait
la poudre et les paniers. On l'affubla, sous l'empire, d'une robe de
satin rose et d'un chapeau  la comte. Cette troupe maudite entoure le
roi Hrode et le harcle avec ses fourches, pour venger sans doute le
meurtre des innocents; le roi tche de les carter avec son sceptre, et
fait en fuyant des bonds prodigieux. Quand il leur chappe enfin, il
saute encore et clbre en dansant sa dlivrance; mais le groupe
infernal ressaisit sa proie, et la diablesse cabriole alors pour marquer
sa satisfaction  son funbre poux.

_L'armette, la petite me. Un adolescent s'avance, vtu de blanc et les
cheveux pars; il tient une grande croix et l'embrasse avec ferveur,
tandis qu'une lgion de diables et son bon ange gardien se battent
derrire lui. Les dmons tchent de l'enlever avec leurs btons
fourchus; l'ange le dfend, et reoit sur son dos garni d'un pais
coussin les coups qu'on veut lui porter; enfin l'enfer est mis en fuite,
et le bon ange danse en agitant ses ailes dores, tandis que la petite
me prie au pied de la croix.

_Lei rascassetos, les lpreux. Tout le monde danse dans la pice du roi
Ren; le lpreux immonde danse, tandis que d'autres lpreux peignent,
brossent et accommodent une grosse perruque pose sur la tte de l'un
d'entre eux. La tradition n'a pas conserv l'explication de cette scne,
qui fut peut-tre, dans l'origine, une allgorie fine et hardie.

_Sun Christoou, saint Christophe, le gant du paradis, se mle  ces
groupes, portant sur son bras le petit enfant Jsus. D'autres troupes
succdent  celles dont nous venons de parler; ce sont les grands et les
petits danseurs, et enfin la Mort, qui passe seule et silencieuses,
balayant le sol de sa faux, et tranant sur les pas de la foule joyeuse
ses pieds dcharns.

L'ensemble de cette trange reprsentation peint bien, ce me semble,
l'humeur pacifique, l'esprit tolrant et libral de Ren d'Anjou. Rien
dans son drame ne rappelle les ftes guerrires de cette poque. Aprs
la grande cavalcade o elles triomphent, les divinits paennes ne sont
point poursuivies  outrance et extermines par les saintes lgions du
vrai Dieu; elles disparaissent aux premires lueurs de la foi nouvelle,
devant l'aurore du christianisme. Aucune trace des moeurs fodales ne
parat non plus dans cette fte; la noblesse n'y est point reprsente
par quelque seigneur puissant accompagn de ses cuyers, de ses hommes
d'armes, et le prince d'Amour n'a d'autre suite que les officiers de sa
cour, troupe jeune et galante qui porte le pourpoint de soie en guise de
cuirasse, et un bouquet  la main au lieu de l'pe et de la lance.
Aussi le peuple a-t-il conserv la mmoire du dbonnaire et pieux
souverain qui imagina les jeux de la Fte-Dieu, et l'appelle-t-on
encore, en Provence, le bon roi Ren.



Le dernier des Commis Voyageurs.

(Suite et fin.--Voir t. III, p. 70, 86, 106, 118, 138, 150, 170, 186,
202 et 214.)

XII.

LE COUP DE GRCE.

Ds que Potard se vit assur de la disparition de Jenny, il n'hsita pas
sur le parti qui lui restait  prendre. Remontant  la hte dans son
cabriolet de voyage, il se fit conduire  la rue du Griffon, (l) o les
Beaupertuis et les Blainval avaient le sige de leur tablissement, mit
pied  terre devant, leur porte, et pntra avec vivacit dans le
magasin o les commis procdaient  l'emballage des toffes. Sans
changer avec eux la moindre parole, le vieux voyageur marcha vers le
cabinet du chef de la maison, comme un homme qui ddaigne de s'expliquer
avec les subalternes. Le pre Beaupertuis tait absent; Eustache se
trouvait seul dans le bureau.

[Note 1: C'est par erreur qu'on a mis _du Gaillon dans le premier
chapitre; il n'y a pas de rue du Caillon  Lyon.]

Tiens! c'est encore ce cher troubadour! s'cria-t-il en reconnaissant
Potard et allant  sa rencontre. Comment la passons-nous, vieux?
Toujours frais, toujours vermeil,  ce que je vois!

--Pas de mots perdus, Eustache; j'ai  parler au patron, dit Potard en
l'interrompant.

En mme temps son oeil sondait tous les recoins du bureau, comme pour y
dcouvrir celui qu'il cherchait.

Absent par cong, reprit Eustache; en course pour une affaire, vieux.
Tu ne l'as manqu que de cinq minutes! Mais si tu n'es pas press,
attends-le sur cette chaise. Il va revenir.

--J'aimerais mieux savoir o il est, rpliqua Potard, dont la patience
tait  bout; j'irais le rejoindre.

--Ah! pour a, troubadour, tu m'en demandes plus que je n'en sais. Ce
sont les secrets du patron; il ne doit de comptes  personne. Mais
qu'as-tu donc, vieux? Tu frtilles comme un poisson. On dirait que tu as
des inquitudes dans les jambes.

--Le chef tardera-t-il  rentrer? reprit Potard en insistant; j'ai
quelque chose de trs-urgent  lui dire.

--Eh hum! sois calme, rpondit Eustache; le pre Beaupertuis ne
s'clipse jamais pour longtemps; il sait ce que vaut l'oeil du matre.
Allons! voyons, assieds-toi, troubadour.

Au lieu de se rendre  cette invitation, Potard continuait  arpenter le
bureau  grands pas et  jeter de temps en temps un regard impatient
vers le magasin, pour s'assurer si le chef de la maison n'arrivait pas.
Eustache suivait ses mouvements avec un air de dfiance et de curiosit.

Sur quelle herbe as-tu march ce matin? lui disait-il. Comme te voil
effarouch, troubadour! On t'a souffl une commission majeure,  ce
qu'il parat. Vrai, l'on dirait un livre qui a manqu son gte. Voyons,
Potard, dboutonne-toi. Que risques-tu, vieux! Devant un camarade, un
ami?

--Un ami! s'cria le voyageur, comme s'il se ft rveill  ce mot. Un
ami, toi! un ami!!! Il n'y a plus d'amis! ajouta-t-il avec douleur.
Entre anciens, c'tait bon; les modernes ont supprim cela. Toi, mon
ami? allons donc!

--Comme tu le prends! rpondit Eustache un peu dmont par cette brusque
sortie. En voil des bourrades! Tu tournes dcidment  l'homme des
bois; tu deviens sauvage. Que t'ai-je fait, vieux?

--Ce que tu m'as fait, Eustache? Peu de chose; tu t'es jou de moi,
voil tout. Quand je suis venu, il y a quelque temps, le demander o
tait douard Beaupertuis, que m'as-tu rpondu?

--La vrit, Potard, rpliqua le commis, qui perdait de plus en plus
contenance. Je t'ai dit qu'il tait en voyage; nous avions l des
lettres.

--Oui, des lettres, fabrication moderne, n'est-ce pas? dit amrement le
voyageur. Et,  cette heure, o est-il, votre beau fils?

--Mais, toujours en voyage, vieux, rpondit Eustache, dont l'attitude
tait de plus en plus embarrasse. Mon Dieu, oui, en voyage, demande 
ces messieurs.

--Et il y a des lettres, reprit Potard, encore des lettres, en veux-tu,
en voil? Toujours du mme tonneau.

--Sans doute il doit y en avoir.

--Assez, Eustache, assez. Il ne faut pas traiter un ancien comme si ou
avait affaire  des recrues. Bon pour une fois, mon garon. Comment,
toi, avec qui j'ai si longtemps battu l'estrade, poursuivit le voyageur
en s'animant; toi, qui es mon contemporain, qui sais ce que je vaux,
quel coeur il y a dans cette poitrine, toi, me tromper!

--Mon Diou, Potard...

--Pas de mauvaises dfaites; je sais ce que je sais. Tu m'as tromp,
Eustache! et, pour qui? Pour un misrable, pour un Machiavel, qui
m'enlve ma tille!

--Ta fille, vieux, est-ce possible?

--Oui, Eustache, ma fille, mon enfant, mon seul amour. Elle court les
champs avec cet infme.

--Dis-tu vrai, Potard?

--Vrai, comme j'existe! La foudre est tombe sur ma maison: je n'avais
qu'une joie au monde, et la voil dtruite. Autant vaudrait tre clou
entre quatre planches avec dix pieds de terre sur le corps. Si je vis,
c'est pour me venger.

--coute, vieux, dit le commis mu de cette confidence; j'ignorais tout
cela, foi de camarade. Je ne voyais l-dedans qu'une aventure de jeune
homme. Aussi, que ne parlais-tu plus tt?

--Ce secret ne m'appartenait pas tout entier, Eustache.

--A la bonne heure; mais ce n'en est pas moins une fatalit, poursuivit
Eustache. Si je l'avais su! N'importe, ajouta-t-il, peut-tre est-il
temps encore! Viens, Potard.

En mme temps le commis cherchait  entraner son interlocuteur dans une
pice plus loigne, d'o le son de sa voix ne pt pas parvenu;
jusqu'aux oreilles des employs, lorsqu'en se retournant il aperut son
patron qui venait d'entrer dans le magasin. Cette vue suffit pour oprer
un changement de scne. Par un mouvement machinal, et comme une personne
prise en faute, Eustache se remit  la besogne, et laissa Potard seul en
face du chef de la maison Beaupertuis, qui, le mesurant d'un regard
froid et souponneux, lui dit;

Qu'y a-t-il pour votre service, monsieur?

Le pre Beaupertuis possdait une de ces physionomies qui glacent et
intimident. C'tait un petit, homme sec, jaune, au teint bilieux, d'une
sant grle, mais soutenu par cet amour du gain qui donne du ressort aux
constitutions les plus chtives. Ses manires, ses paroles avaient
quelque chose de dur et, pour ainsi dire, de cassant; son commandement
affectait des formes imprieuses et militaires. Dans sa famille comme
dans son comptoir, il ne souffrait pas d'autre opinion, d'autre volont
que la sienne. L'orgueil du parvenu se lisait sur ses traits; sa lvre
tait pince, son oeil ddaigneux. Aussi, malgr son sang-froid habituel
et les griefs qui l'amenaient, Potard ne put-il se dfendre d'un
sentiment de trouble  l'aspect de ce visage hautain, o l'gosme avait
marqu son empreinte.

Monsieur, rpondit-il, je voudrais avoir avec vous un entretien
particulier.

--Parlez, monsieur, dit le vieillard; il n'y a point ici d'oreilles
indiscrtes.

--Pourtant, monsieur...

--Parlez, vous dis-je, et soyez bref. Quand on est dans les affaires,
les moments sont compts.

Une explication en prsence de tant de tmoins embarrassait Potard.
Cependant, comme il y avait urgence, il n'hsita pas. Avec tous les
mnagements possibles, il dclara au chef de la maison Beaupertuis le
motif qui le conduisait auprs de lui, raconta brivement la sduction
dont sa fille avait t la victime, et laissa entrevoir quelle
rparation il en attendait. Quoique le voyageur fit tout au monde pour
se contenir, on voyait,  mesure qu'il avanait dans son rcit, se
rveiller en lui les bouillonnements tumultueux de sa colre. Sa voix,
d'abord sourde et touffe, trouva par degrs un accent plus nergique,
son geste s'anima, ses joues se colorrent, son oeil prit un clat
menaant et sombre. Cependant le calme ironique du vieillard ne se
dmentait pas; il coutait cette confidence comme si elle ne l'eut
touch que trs-indirectement. Au lieu de se proccuper de l'motion
toujours croissante de son interlocuteur et de la fureur concentre qui
clatait dans ses gestes et dans ses paroles, il semblait porter son
attention ailleurs, et parcourait d'un air distrait quelques papiers
qu'il venait de prendre dans l'un de ses cartons. Ce ddain exaspra
Potard; quand il vit que le chef de la maison Beaupertuis s'obstinait
dans ce mange, il s'arrta brusquement, et se posant devant lui en
athlte et les bras croiss;

Eh bien! monsieur, dit-il brusquement.

--Excusez-moi, mon garon, rpliqua froidement le vieillard; je tenais 
vrifier un fait qui vous concerne. C'est clairci maintenant; vous tes
dcidment le numro dix.

--Le numro dix! Qu'entendez-vous par l, monsieur?

--J'entends, mon cher, ajouta l'industriel, que vous tes le dixime
pre, ou oncle, ou tuteur, qui vient ici me rabattre les oreilles des
fredaines de mon fils. Est-ce que cela me regarde? Il est majeur,
adressez-vous  lui.

--Monsieur....

--Trve  ces balivernes, mon garon; c'est du temps perdu. Je vous
rpterai le mot de cet ancien; Mon coq est lch, gardez vos
poulettes.

En prononant ces mots, le chef de la maison Beaupertuis adressa 
Potard un salut qui quivalait  un cong, et lui tourna le dos, comme
un homme press de retourner  ses affaires. Notre hros cumait, un
tremblement nerveux parcourait tous ses membres, il sentait s'lever en
lui des transports de rage et avait toutes les peines du monde  se
contenir. Cependant il parvint  vaincre sa colre, et, rejoignant le
vieillard, il ajouta;

Vous me renvoyez  votre fils, monsieur: soit; c'est avec lui que je
m'expliquerai. Veuillez seulement me dire o je pourrai le rencontrer.

--Eh! parbleu, mon camarade, rpliqua le vieillard avec vivacit; ce ne
sont pas l mes affaires. Vous me brisez la tte, avec vos histoires de
pronnelles.

--Ah! c'est ainsi que vous prenez! s'cria le voyageur clatant  la
fin; ah! vous croyez que je me laisserai traiter sous jambe, monsieur le
marquis de l'organsin et de la trame. Attendez, nous allons changer
d'antienne. Vous me direz o se cache votre fils, monsieur! vous me le
direz sur-le-champ, de votre plein gr, ou je vous ferai sortir les mots
de la gorge.

A cette menace, le chef de la maison Beaupertuis comprit qu'il fallait
changer de tactique; il fit quelques pas vers le magasin et s'cria; 
toi, Joseph!

Cet ordre amena sur-le-champ  ses cts une espce de colosse qui
remplissait dans la maison les fonctions de garon de peine. C'tait un
Alsacien, taill en bloc de marbre et qui semblait avoir toutes les
qualits d'un homme d'excution. L'industriel l'avait habitu  obir en
aveugle et  deviner ses dsirs. Sur un signe, cet Hercule venait de
comprendre ce que son matre voulait de lui; il tenait Potard en arrt.
En mme temps le bataillon entier des employs tain accouru, de sorte
que le pre Beaupertuis se trouvait entour d'une sorte de garde
prtorienne.

Quoique l'exaspration du voyageur ft au comble et qu'il en ft arriv
au point o la prudence n'a plus d'empire, il tait impossible qu'il ne
vit pas combien la partie devenait ingale. Dsormais tout ceci ne
pouvait aboutir qu' un esclandre sans rsultat; il le comprit  temps
et s'pargna un chec inutile. Remettant brusquement son chapeau sur sa
tte et jetant  la ronde des regards de dfi. Dix contre un! c'est
trop, monsieur Beaupertuis, s'cria-t-il. Peste, quel tat-major! Je
mets bas les armes, mais je saurai bien vous retrouver, monsieur.

Ces mots dits, il se retira lentement et gagna l'escalier. Il venait
d'atteindre l'alle lorsque, dans l partie la plus obscure, il entendit
une voix qui l'appelait. C'tait celle d'Eustache:

Vieux, disait-il, coute ici.

Potard alla vers lui; le commis le prit par la main et ajouta avec une
motion qu'il dguisait mal: Deux mots seulement et ne me trahis pas.
Il y a complot entre le pre et le fils; il s'entendent comme deux
larrons en foire. Et dire que je trane le boulet dans cette baraque!

--Au fait, Eustache.

--Eh bien! mon pauvre troubadour, on te joue. douard Beaupertuis est
parti depuis ce matin pour l'Angleterre. C'tait arrang depuis
longtemps.

--Pour l'Angleterre!

--Oui, vieux, et l il s'embarquera sur le _Great-Western. On l'envoie
aux tats-Unis pour les affaires de la maison. Les Amricains sont de
mauvais payeurs, et ils nous doivent cent mille cus. Tu comprends!

--Dis-tu vrai, Eustache? N'est-ce pas encore un pige?

--Non, Potard; fie-toi  un ancien. douard est sur la route de Calais;
il n'a pas un instant  perdre, le paquebot part le 10.

--Le 10! Et nous sommes au 7! Et ma fille est avec lui! Dieu du ciel,
inspire-moi!

Par un geste prompt comme la pense, le voyageur repoussa vivement le
pauvre Eustache, qui s'apprtait  lui rpondre, et courut comme un fou
vers le cabriolet de voyage qui l'attendait toujours  la porte.

En route, dit-il. Par le Bourbonnais, postillon. Cinq lieues  l'heure;
je paie comme un prince du sang.

La voiture s'branla, et le malheureux pre reprit sa course au clocher.

XIII.

UN RAYON DE SOLEIL.

La fatalit s'en mlait. Quelque diligence qu'il mit dans sa poursuite,
Potard ne, put rejoindre le ravisseur, dont les mesures taient prises
avec une prcision dsesprante. Sur le chemin notre hros retrouvait
les traces du couple fugitif, mais  vingt heures de distance. Au terme
de son douloureux itinraire, une dernire preuve lui tait rserve.
Quand il arriva sur les quais de Liverpool, le _Great-Western venait 
peine de se laisser glisser sur les eaux de Mersey. On l'apercevait au
loin agitant ses grandes nageoires, et se couronnant d'une aigrette de
fume. Potard,  cette vue, sentit ses forces l'abandonner; ce spectacle
le terrassa. Le vertige s'empara de lui; il chancelait comme un homme
ivre, et ce fut avec toutes les peines du monde qu'il gagna l'htel le
plus voisin, o une fivre ardente le retint routine pendant six
semaines. Affaibli par le mal et par la douleur, il put, au bout de ce
temps, repasser la Manche et reprendre le chemin de sa petite maison des
Brotteaux.

Ds lors entre lui et le monde il y eut rupture complte; la solitude
devint son seul abri contre le dsespoir. Il ne restait plus rien du
grand Potard, de ce troubadour incomparable qui avait grandi au milieu
de flots de bire et de mlodie. Tout ce qui se rattachait  sa vie
passe lui tait devenu odieux; la pipe, cette dernire compagne de
l'isolement, n'avait plus pour lui le moindre charme. Il avait bris de
ses mains tout un arsenal de ce genre, laborieusement amass, et o il
avait prodigu le souffle de sa jeunesse. C'tait une abdication
complte, un de ces actes dcisifs qui tirent de Charles-Quint un simple
profs ilu Saint-Juste, et du voluptueux de Ranc, le fondateur de
l'ordre le plus svre qui ait jamais difi la chrtient. Comme eux,
Potard se dclara mort au monde; il renouvela les grands exemples des
vallons de la Castille et des marcages du Perche; il fit voeu de
silence et de misanthropie, et y persista en dpit de tous ses amis,
mme des Grabeausec.

Un bonheur lui restait pourtant et semblait lui suffire: sa fille, en
quittant le toit paternel, n'avait pas pu y effacer les traces d'un long
sjour, ni emporter avec elle ces mille riens qui acquirent tant de
prix par l'absence. C'tait la joie du bon Potard de dcouvrir  chaque
instant quelque souvenir de ce genre: tantt un vtement oubli, tantt
un ouvrage d'aiguille qu'un brusque dpart avait interrompu. Pour ces
petits dtails, hochets d'un coeur aimant, la mmoire du malheureux pre
le servait  merveille. Il savait reconnatre dans le parfum quelles
fleurs Jenny avait plantes, sur quel banc de gazon elle aimait 
s'asseoir. Un oiseau, lev par ses soins, tait devenu l'hte favori de
la maison; le piano sur lequel ses doigts agiles s'taient promens, le
couvert, le gobelet dont elle se servait  table, le fauteuil qu'elle
prfrait, les meubles de sa chambre, la glace qui avait souvent reflt
ses traits, tout tait devenu pour Potard l'objet d'un culte qui allait
presque  l'idoltrie. Il ne vivait plus que dans ces restes d'un pass
vanoui, et repeuplait ainsi sa maison d'images qui lui taient chres.

Dans les heures les plus pnibles du regret, jamais Potard n'avait song
 sa Jenny pour la maudire; il ne savait que la pleurer et la plaindre.
Les torts qu'il n'imputait pas  douard Maupertuis, c'tait sur
lui-mme qu'il les rejetait. Il se reprochait avec des larmes amres de
n'avoir pas obi au dernier voeu d'Agathe, d'avoir nglig cette enfant
 qui il n'avait manqu, pour tourner au bien, qu'une tutelle plus
claire et une surveillance plus attentive. Cette pense accablait
Potard; son malheur, si grand qu'il ft, ne lui semblait qu'une
expiation incomplte de ses torts. Pouvait-il exiger qu'une jeune fille,
 peine close  la vie des passions, et le sentiment de ses devoirs,
quand lui, avec sa tte grisonnante et une longue exprience des
faiblesses du coeur, avait  ce point mconnu les siens? Ainsi
raisonnait le vieux voyageur, s'accusant lui-mme, se frappant la
poitrine, et jetant sur la faute de sa Jenny un voile misricordieux.

Huit mois s'coulrent sans que Potard se dpartit de sa rgle de
conduite. Il n'avait pas quitt un seul jour sa maison des Brotteaux; il
n'y recevait que de rares visiteurs, et seulement pour des objets
d'affaires. Une vieille servante prsidait  son mnage, et respectait
le silence et la mlancolie de son matre. Un jour pourtant que notre
hros parcourait son jardin en donnant  et l quelques soins  des
plantes prfres, un violent coup de sonnette retentit  sa porte, et
Eustache entra chez lui avec une imptuosit qui ne lui tait point
ordinaire.

Potard, dit-il. Potard!

--Qu'y a-t-il donc, Eustache? te voil bien effar.

--Il y a, vieux, que le pre Maupertuis est au plus bas; une attaque de
paralysie! Il n'ira pas loin. Qui aurait imagin? Un homme que je
croyais sensible comme une pierre  fusil!

--Mais encore, Eustache.

--C'est juste, vieux; il faut commencer par le commencement. Hier donc,
il nous arrive une lettre de la Nouvelle-Orlans; la maison Fichenall et
compagnie, de bons correspondants que nous avons l-bas. Le pre
Maupertuis dcachette le pli et se met  lire; je le suivais du coin de
l'oeil. Te figures-tu mon tonnement quand je vois le patron se pmer et
tomber roide entre mes bras? Un homme sec comme un caillou!

--Et la cause, Eustache, la cause?

--Ah! la cause, c'est une autre histoire. N'empche que je n'aurais
jamais cru a du pre Beaupertuis. Un homme dur comme du mtal!

--En finiras-tu?

--M'y voici, vieux. La lettre des Fichenall annonait tout uniment que
le petit douard venait d'tre pinc par la livre jaune et qu'avant
vingt-quatre heures il serait entirement tordu. Il parat que c'est un
mal qui ne plaisante pas.

A mesure que le commis parlait, on voyait le visage de Potard
s'panouir.

Bont du ciel, s'cria-t-il, me voil donc veng! Frapps tous deux! le
pre et le fils! Je savais bien que j'aurais mon tour! Et mon enfant,
ajouta-t-il avec inquitude, ma Jenny, qu'est-elle devenue, Eustache?

--Ah! pour cela, vieux, j'en ignore. Les Fichenall n'en disent rien.

Le retour sur les dangers que courait sa fille changea  l'instant mme
les dispositions de Potard. Il oublia tout pour ne plus songer qu'
elle; il se demandait avec effroi si le flau l'aurait respecte, si
elle n'aurait pas succomb aux atteintes d'un climat meurtrier. Cette
ide remplissait son me d'pouvante. Il voulait partir sur-le-champ,
aller arracher son enfant  ce ciel maudit, la ramener sous le toit
paternel. Eustache eut beaucoup de peine  obtenir de lui qu'il
attendrait l'arrive du prochain paquebot porteur de nouvelles
dcisives.

Quinze jours se passrent dans cette attente; quinze jours, c'est--dire
un sicle. Pas du lettres, rien qui put mettre un terme aux inquitudes
de Potard. Le pre Beaupertuis venait de mourir, emport par une
secousse trop rude pour son ge. Cette perte touchait peu notre hros;
son oraison funbre consista en quelques jurons qui durent rjouir la
tombe du dfunt. Une autre proccupation dominait sa pense et
l'absorbai tout entier. L'impatience le gagnait, et, press d'aller  la
recherche de sa fille, il faisait dj ses prparatifs de dpart.

L'une des habitudes du vieux voyageur tait d'entrer une fois par jour
dans la chambre de sa fille, et d'y tromper sa douleur par les souvenirs
que cette, vue rveillait en lui. Un matin, quelle fut sa surprise,
lorsqu'il aperut,  demi voile dans l'ombre et tendue sur le sopha,
une femme vtue d'une robe blanche. Il marcha rapidement vers la
croise, l'entr'ouvrit, et chercha  s'assurer quelle pouvait tre cette
apparition. Qu'on juge de ses transports! c'tait sa Jenny, qui se
prcipita plore dans ses bras. Potard crut qu'il allait mourir; il
tomba sans forces sur un fauteuil, et retint sa fille par une vive
treinte, comme s'il et craint de la voir s'chapper. Pendant quelques
minutes, on n'entendit dans cette chambre que des sanglots entrecoups.
Le pre passait les mains sur le visage de son enfant, pour s'assurer
qu'il n'tait pas le jouet d'un rve, d'une illusion; la fille,
silencieuse et craintive, continuait  fondre en larmes.

Eh! eh! vieux, je le savais bien, que je te la ramnerais. dit une
voix  leurs ctes.

C'tait Eustache, l'invitable Eustache.. Depuis le jour o Potard
l'avait pris pour confident. Eustache ne songeait plus qu' rparer ses
premiers torts. Ds ce moment, il se dvoua  son ami, silencieusement,
mystrieusement, et suivit cette affaire  son intention. Prvenu de
l'arrive de Jenny, il avait arrang cette mise en scne et conduit la
reconnaissance. Pour le remercier, Potard ne trouva pas un seul mot; il
se contenta de lui tendre la main.

Ce n'est pas tout, vieux, reprit le commis, il y a ici prs un second
coupable. Quand la tourterelle se montre, c'est que le tourtereau n'est
pas loin.

--Qu'est-ce  dire, Eustache? Et la livre jaune?

--On en revient,  ce qu'il parat, vieux. L'amour est un si grand
mdecin: demande  la fille.

Le commis avait  peine achev ces paroles, qu'douard parut sur le
seuil de la chambre, et alla se jeter aux genoux de Potard. Les larmes
recommencrent  ruisseler, et l'motion gagna jusqu' Eustache. Le
voyageur releva Beaupertuis et complta l'amnistie.

Ah! jeune homme, jeune homme, disait-il, quel mal vous m'avez fait!

On s'expliqua. douard Beaupertuis, frapp en effet de la fivre jaune,
n'avait d la vie qu'aux soins de Jenny; et la voix de la reconnaissance
avait fini par touffer chez lui la voix de l'intrt. La mort de son
pre, en le laissant matre de ses volonts, avait achev ce retour  de
meilleurs sentiments. Il venait demander  Potard la main de sa fille.

Quand notre hros fut certain de tant de bonheur, sa physionomie changea
comme par un coup de thtre. Ce n'tait plus le mme homme; l'ancien
Potard avait reparu; le troubadour tait retrouv.

Ouf! s'cria-t-il, il tait temps! J'en serais mort! Allons, il y a
encore des coeurs sous le ciel; et rptons avec la romance:

        Pas de chagrin qui ne soit oubli
              Entre l'amour et l'amiti.

--Bien! bien! disait Eustache en battant la mesure; tu n'as rien perdu
de les moyens, vieux.

--Quelle noce! ajoutait Potard, quelle noce!

--Et quelle bosse, troubadour! Ancien style, n'est-ce pas? Les petits
plats dans les grands?

--Tu verras, Eustache, cela fera du bruit dans Lyon. Je veux que ma
Jenny soit pare comme une reine.

--Mon pre! dit la jeune fille l'embrassant.

--Chre enfant! ajouta Potard attendri. Et vous, douard, je vous dois
une rparation; je vous avais condamn  la lgre.

--Au fait, tu es un peu vif, vieux, dit Eustache.

--Eh bien! rparation aux modernes. Mais c'est gal, Beaupertuis, reprit
Potard en hochant la tte, je n'en persiste pas moins  dire que le beau
temps du voyageur de commerce est pass. L'institution est en baisse,
mon cher; croyez-en l'ancien des anciens.

        Ah! pour un rien,
        Oui, pour un rien,
        Nous laisserions finir le monde
        Si nos femmes le voulaient bien.

--Adjug, dit Eustache; je suis garon.

XXX.



La Police correctionnelle de Paris.

(Voir t. I, p. 83 et t. III, p. 171.)

Les causes qui dfraient la premire partie de l'audience sont celles
des vagabonds, des mendiants, des repris de justice en tat de rupture
de ban.

Les enfants figurent en grand nombre sur le banc de la police
correctionnelle; nous retrouvons parmi eux ces pauvres petits ramoneurs,
joueurs de vielle, montreurs de singes ou de cochons de lait que nous
avons rencontrs dans les rues, sur les boulevards de Paris, dans notre
revue des petites industries. Arrts par les sergents de ville, en tat
de vagabondage, ou se livrant  la mendicit, ils comparaissent devant
lu justice, dbarbouills, dcrotts, et dans le costume de la maison de
correction.

Ce costume se compose, en hiver, d'une veste et d'un pantalon de gros
drap gris et d'une paire du sabots; en t, la veste et le pantalon sont
en toile crue, et les sabots sont remplacs par des souliers. Les
pauvres enfants font la plus triste figure du monde dans ces disgracieux
vtements, que, par prcaution, on a taills sur le modle le plus
ample; leurs petites mains se perdent dans des manches interminables; le
pantalon trop large et trop long, retenu  la ceinture par une lisire
de drap, dpasserait de beaucoup les sabots, s'il n'tait retrouss  la
hauteur de la cheville, et s'il ne dpensait dans d'innombrables plis sa
longueur dmesure.

Le banc de la police correctionnelle est chaque jour encombr par une
foule de petits mauvais sujets que leurs parents surveillent mal, ou ne
surveillent pas du tout.

Le matin, le pre va  sa journe, la mre sort pour faire des mnages,
les enfants abandonns  eux-mmes courent les rues, jouent sur les
boulevards, mendient et volent pour acheter des friandises, et se font
arrter par les agents; puis, les voil en casaques grises devant le
tribunal. Les parents sont appels: ils rencontre parmi ceux-ci des
pres adonns  l'ivrognerie, des mres fainantes et dnatures qui
sont bien aises de se dcharger sur la justice des soins et des dpenses
que leur cotent leurs enfants. Ils refusent de les rclamer, et disent
aux juges: Faites-en ce que vous voudrez; quant  nous, nous n'en
pouvons rien faire; envoyez-les en correction. C'est en vain que
l'enfant pleure et promet d'tre plus sage  l'avenir, c'est en vain que
le prsident s'efforce de rappeler ces mauvais parents aux sentiments de
la nature et du devoir. Leur rsolution est bien prise: elle est
inbranlable, et le tribunal se voit forc d'envoyer le petit prvenu
dans une maison de correction,  moins qu'il ne se trouve dans
l'auditoire, parmi les tmoins ou les curieux, quelque personne
charitable qui dclare rclamer l'enfant et se charger de lui faire
apprendre un tat.--Ces exemptes de charit se prsentent frquemment
aux audiences de la police correctionnelle, et forment une compensation
consolante aux tristes spectacles qu'on y rencontre trop souvent.

Aprs l'enfance, la vieillesse a son tour. Le banc se couvre de
malheureux en guenilles que les agents ont surpris se livrant  la
mendicit, pour quelques-uns, la misre, le grand ge, les infirmits,
sont des moyens d'excuse que les juges comprennent et admettent; pour
d'autres, la mendicit n'est que le rsultat de la paresse, de
l'ivrognerie, de l'inconduite; ce n'est point un dlit accidentel, c'est
une profession avec ses roueries. Celui-ci joue l'aveugle, et se fait
guider par un chien, qu'il guide lui-mme dans une rue dtourne 
l'approche des sergents de ville; cet autre feint d'tre paralytique, il
se trane pniblement sur deux bquilles, qu'il jette, en cas d'alerte,
dans les jambes des agents pour se sauver sur les siennes, qui sont
excellentes, quand elles ne sont pas par trop avines.

Notre systme pnal, si vicieux sur tant de points, si peu efficace pour
protger la socit et pour corriger les malfaiteurs, ramne devant les
tribunaux un grand nombre de condamns frapps de la peine de
surveillance. Certains voleurs incorrigibles, certains hommes dangereux,
des vagabonds mme, pauvres diables inoffensifs, et coupables seulement
d'une grande misre, sont soumis  la surveillance de la police  leur
sortie de prison. Le sjour des grandes villes leur est interdit, ils
doivent choisir pour lieu de rsidence une ville de second ordre, et
n'en pas sortir sans permission durant un certain nombre d'annes. C'est
l mi triste cadeau que Paris fait  la province. Mais Paris pense  lui
avant tout. Or, qu'arrive-t-il? c'est que la plupart de ces malheureux
sont repousss de tous les ateliers, dans les villes o ils doivent
sjourner, et qu'ils sont rejets par le besoin, autant que par leurs
mauvais instincts dans le vol et dans le crime. Ils s chappent donc de
lien de leur rsidence et reviennent  Paris: c'est l qu'ils retrouvent
leurs amis, leurs complices, leurs camarades de prison, et souvent aussi
leurs sergents de ville, qui les reconnaissent, les arrtent et les
rintgrent  la Force,  la Conciergerie, aux Madelonnettes, leurs
domiciles habituels.

Et bientt on les revoit sur le banc de la police correctionnelle,
prvenus d'avoir fait infraction  leur ban de surveillance. Le tribunal
les condamne, ils subissent leur peine, sont du nouveau renvoys en
province, reviennent encore  Paris, et sont de nouveau condamns. Il en
est un grand nombre qui passent ainsi leur vie dans une continuelle
alternative de captivit et de libert. Dernirement, un de ces hommes
comparaissait devant le tribunal avec une effrayante escorte de dix-sept
condamnations antrieures. Il tait g de quarante-deux ans; il avait
pass vingt-cinq ans en prison, et le tribunal l'y renvoya pour cinq
autres annes. Voil un exemple des corrections qu'opre la police
correctionnelle.

Quant aux vagabonds, leur nombre est grand aussi, surtout aux approches
de l'hiver. Un vagabond est un individu qui n'a ni feu ni lieu, ni
moyens d'existence; le vagabondage est une sorte de dlit prventif, et
nos institutions pnales, qui le rpriment par mesure de sret,
l'engendrent plus souvent encore. Dans certaines prisons,  la Force,
par exemple, le travail, qui permettait aux dtenus d'conomiser une
masse pour le jour de leur libration, a t supprim. L'individu qui
vient de subir sa peine, et devant qui s'ouvrent les portes de la
prison, se trouve donc en tat de vagabondage ds le premier pas qu'il
fait sur le pav libre de la rue. Il n'a ni le moyen de payer un gte,
ni celui de se procurer lgalement le pain ncessaire  la vie. Sa
triste qualit de libr lui ferme tous les ateliers. Le voil donc
livr aux tentations de la misre, et s'il chappe comme vagabond aux
agents de la police, ceux-ci ne tarderont pas  l'arrter comme voleur
rcidiviste.

[Illustration: Le vagabond.]

Il y a des maisons de dpt pour les mendiants condamns; il n'y en a
pas pour l'ouvrier qu'une maladie ou que le manque d'ouvrage laisse sans
ressources, et place en tat de vagabondage. La misre honnte n'est
point un titre suffisant pour obtenir un lit et un morceau de pain dans
une maison d'asile: cette faveur ne s'accorde qu'aux prvenus qui ont
mendi: c'est une prime rserve au dlit de mendicit.

Mais une nouvelle catgorie de prvenus vient s'asseoir sur la fatale
sellette. Ce sont les voleurs, race nombreuse d'industriels vivant aux
dpens du prochain, et qui, dans ce sicle de classifications et de
spcialits, se subdivise en mille espces varies.

Un statisticien prtend qu' Paris il y a chaque matin vingt mille
individus qui se lvent sans savoir comment ils feront pour dner. Or,
le soir arrive, et ces vingt mille individus ont dn. Ce qui tablit
une balance de vingt mille vols par jour et d'autant de dupes. Vous
m'objecterez peut-tre que les agents n'arrtent pas vingt mille voleurs
par vingt-quatre heures: non, certes; ils en arrtent tout au plus dix
ou douze. S'ils les prenaient tous en un jour, o les mettrait-on?

[Illustration: Costume du Jeune dtenu.]

[Illustration: Le Ban rompu.]

Et puis, le lendemain de cette immense capture, qu'auraient donc  faire
ces estimables protecteurs de la sret publique? ils se croiseraient
les bras et verraient leur brigade claircie faute d'occupation. Au lieu
qu'en mnageant conomiquement les arrestations, ils se maintiennent
dans un tat d'utilit permanente, et fournissent aux prisons et aux
tribunaux le contingent ncessaire. Il y a bien, au rsultat, quelques
vols de plus, mais cela ne fait de mal  personne, except aux personnes
voles. Aprs tout, il faut que tout le monde vive.

[Illustration: Le Faux Paralytique.]

Mais n'oublions pas que nous sommes  la sixime chambre, que les
voleurs arrts sont assis sur le banc. Tchons de nous instruire de
leurs divers moyens d'opration, afin de pouvoir protger nos poches
contre leurs habiles tentatives.

Faisons d'abord connaissance avec le voleur  la tire, ainsi nomm dans
l'argot de la rue Jrusalem, parce que son industrie consiste  tirer
des foulards, des montres, des bourses, des portefeuilles, des
lorgnettes de la poche des passants presss dans une foule. Il exerce
habituellement  l'entre et  la sortie des spectacles, dans les
attroupements de curieux qui se forment devant un magasin, autour d'un
accident; il est assidu dans les glises les jours de solennit; les
ftes publiques qui attirent et rassemblent la population sur un point
quelconque de la ville, les expositions du Louvre, celles de
l'Industrie, sont d'excellentes aubaines pour lui.

[Illustration: Le faux Baron.]

Un M. Gadiffet, gros et honnte provincial venu  Paris pour affaires,
se plaignait la semaine dernire, devant la sixime chambre, contre un
voleur  la tire qui lui avait vol sa montre, sa chane et ses
breloques. Ce n'tait pas tant la perte de son bijou qui indignait M.
Gadiffet, bien que ce ft un vnrable joyau de famille, que la ruse
audacieuse et perfide au moyen de laquelle le voleur l'avait ainsi
dpouill.

Messieurs, disait-il aux juges, je traversais tranquillement la cour du
Louvre, me rendant  l'exposition du Muse, lorsqu'un individu, qui
marchait en sens inverse de mon chemin, me saute brusquement au cou, me
presse dans ses bras, en s'criant: Ce cher ami! quelle heureuse
rencontre! que je suis ravi de le revoir! Je rponds machinalement 
son treinte, ne pouvant d'ailleurs voir son visage, car il m'embrassait
frntiquement sur les favoris. Quand cet accs de tendresse fut pass
et que mon homme se recula un peu, je reconnus que je ne le connaissais
pas du tout, et lui-mme, se confondant en excuses, Ah! monsieur,
dit-il, mille pardons; je vous ai pris pour un de mes amis  qui vous
ressemblez horriblement. Ce qu'il m'avait pris, messieurs, ajoutait M.
Gadiffet, c'tait ma montre et tous ses accessoires. Je m'en aperus
quand il tait dj loin. Je dis que c'est profaner le sentiment sacr
de l'amiti que de l'appliquer  de pareilles manoeuvres. Aussi
m'empressai-je de faire ma dclaration, et M. mon _ami fut arrt le
lendemain, au moment o il cherchait  vendre ma montre  un brocanteur.
Je demande pour lui le maximum de la peine.

Le tribunal a fait droit aux rquisitions de M. Gadiffet.

Le voleur au bonjour procde d'une manire moins perfide. Il monte le
matin dans un htel garni, ouvre la premire porte dont la clef est sur
la serrure, entre  pas discrets dans l'appartement, prend l'argent, les
bijoux poss sur les meubles par le voyageur, qui dort paisiblement dans
le demi-jour de l'alcve. Si quelque bruit veille le dormeur, et s'il
demande: Qui est l? le voleur rpond le plus poliment du monde;
Bonjour, monsieur; excusez-moi de troubler votre sommeil: c'est moi, le
tailleur que vous avez fait demander.

--Ce n'est pas ici... Je n'ai pas fait demander de tailleur...

Allez au diable! Le visiteur salue et sort. Le tour est fait.

Le vol  l'amricaine est une petite comdie  trois personnages, deux
compres et une dupe. Cette sorte de manoeuvre est d'autant plus
ingnieuse, d'autant plus infaillible, qu'elle s'adresse  la cupidit
de la victime, et qu'elle tient jusqu'au bout celle-ci dans la ferme
persuasion que c'est elle qui trompe le naf tranger  qui elle a
affaire. Hier encore un vol de cette espce amenait un filou en prsence
du tribunal.

[Illustration: Vol au bonjour.]

[Illustration: Vol  l'Amricaine.]

Un naf Auvergnat, vitrier de profession, tait venu  Paris dans
l'espoir d'y faire fortune; mais, au bout de quelques mois, il s'aperut
que le nombre de ceux qui courent le mme livre tait beaucoup trop
grand dans la capitale pour qu'il lui ft seulement possible de gagner
son pain quotidien. Notre homme pensa sagement qu'il ferait mieux de
retourner au pays avant d'avoir mang jusqu' son dernier sou. Il arrte
sa place aux messageries royales, et comme il devait partir le soir
mme, il se disposa  se promener dans Paris jusqu' l'heure du dpart.
Notez qu'il tait porteur de toute sa fortune, consistant en une montre,
un parapluie et une somme de 150 francs. En sortant des bureaux des
messageries, il est accost dans la rue Notre-Dame-des-Victoires par une
espce d'Anglais qui lui demande le chemin de l'oblisque, et lui promet
cinq francs s'il veut l'accompagner. Un Auvergnat ferait cent lieues
pour cent sous. Le ntre trouva l'aubaine bonne, et accepta. On marche,
on chemine; ou rencontre bientt un monsieur qui entre en conversation
avec les deux flneurs. L'Anglais parle de ses richesses; il montre des
rouleaux d'or. En traversant le jardin des Tuileries, il exprime le
dsir d'tre conduit  l'exposition du Muse; mais il craint d'tre vol
dans la foule; il voudrait cacher son or quelque part. L'Auvergnat est
pri de creuser un trou au pied d'un arbre; l'Anglais feint d'y enfouir
son trsor; puis on s'loigne, on entre dans un caf. Ici, nouvelle
crainte de l'Anglais. Si on m'avait vu enterrer mes rouleaux! dit-il;
si quelqu'un allait les exhumer!... L'Auvergnat offre d'aller bien vite
les chercher. Oui, mais qui me rpond de votre fidlit? Laissez-moi du
moins quelque garantie. L'Auvergnat remet aussitt entre les mains de
l'Anglais ses 150 francs, sa montre, son parapluie et sa blouse. Il
court aux Tuileries; pas de trsor, le trou est vide.

Il revient au caf; pas plus d'Anglais que de trsor.--Penaud, confus,
min, dsespr, l'Auvergnat montait, le soir, sur l'impriale de la
diligence, maudissant Paris, o il avait si mal fait fortune.

La voiture part; elle traverse la place des Victoires. Tout  coup notre
enfant de l'Auvergne pousse un cri, il fait arrter, il saute  terre,
court aprs un passant et s'crie: C'est mon voleur! c'est mon filou!
Un sergent de ville s'empare du faux Anglais; il tait encore nanti de
la montre de sa victime style judiciaire. Le complice n'a pas t
retrouv; mais notre Amricain, qui tait tout simplement un repris de
justice natif de Saint-Omer, a t condamn  cinq annes de prison et 
cinq annes de surveillance.

La fivre des commandites, qu'il ne faut pas confondre avec les _fivres
de l'me de madame Gatti de Gaumont, a amen des filous plus lgants
et plus habiles sur les bancs de la police correctionnelle. On se
rappelle le scandaleux procs des mines de Saint-Brain et vingt autres
de mme espce; il s'agissait l, non point de 150 misrables francs et
de la montre d'un Auvergnat, mais de millions dvors par d'audacieux
escrocs, mais de la ruine complte de cent familles. La banqueroute du
notaire Lehon a prsent ces effroyables rsultats, et pourtant le
notaire Lehon et le voleur  l'amricaine ont t condamns  la mme
peine; je crois mme que le dernier a de plus  subir, comme supplment
de peine, la mesure de la surveillance... mesure qu'on n'a pas jug 
propos d'appliquer au notaire flon, comme tant moins coupable ou moins
dangereux sans doute.

La police correctionnelle a vu nagure, sur son banc, un chevalier
d'industrie d'une audacieuse espce. Jeune, assez beau garon, intrpide
viveur, ami des plaisirs, de la table, du luxe, mais sans fortune
aucune, notre chevalier s'tait dcor, de son chef, du titre de comte
ou de baron; il affichait des airs de grand seigneur, parlait bien haut
de ses chteaux et de ses terres, et inspirait ainsi  de crdules
fournisseurs une confiance illimite. Il habitait un appartement garni
dans une maison de la rue d'Argenteuil, mais il avait exig qu'on
enlevt du dehors les criteaux dsignant une maison meuble; par ce
moyeu, il faisait croire aux marchands qu'il tait dans ses meubles; de
plus, il leur montrait de vieilles peintures qui ornaient les murs,
disant qu'elles reprsentaient les portraits de ses nobles anctres. La
soir, l'appartement tait illumin avec une profusion de bougies
extraordinaire: le garon picier, le commis du marchand de vin, blouis
par ce faste seigneurial, laissaient leurs fournitures sans mfiance et
n'osaient dranger M. le baron pour exiger de lui le montant de leurs
factures; or, pendant ce temps, M. le baron sablait le champagne et
savourait les mets les plus exquis dans le salon voisin, en tte--tte
avec de joyeux amis et de jeunes et jolies femmes, qui fort souvent
l'aidaient dans ses manoeuvres, et qui plus lard figuraient avec lui sur
le banc de la prvention.

[Illustration: Vol  la tire.]



Bulletin bibliographique.

_Les Caractres ou les Moeurs de ce Sicle; par La Bruyre. Nouvelle
dition collationne sur celle de 1696.--Paris. 1 vol. in-8. _Lefevre.

C'est un sujet continuel de scandale et de chagrin pour ceux qui aiment
les bons livres et les livres bien faits, que de voir avec quelle
ngligence les auteurs classiques se rimpriment journellement. Ainsi
dbute l'avertissement dont M. Auger a fait prcder plusieurs ditions,
nanmoins fort ngliges, des _Caractres de La Bruyre. M. Lefevre,
qui les avait publies, a pens qu'il tait possible de mieux faire que
n'avait fait son diteur. Il l'a tent et il y a facilement russi. Il a
suivi trs-videmment la neuvime et dernire dition, publie par
l'auteur en 1696; il a eu le soin de reproduire avec fidlit toutes les
dispositions typographiques auxquelles l'auteur avait eu recours pour
rendre sa pense plus claire, et mme de faire regraver en ancien signe
typographique qui n'existait plus depuis longtemps dans les casses
d'imprimerie, appel _la patte de mouche, signe qui indique que
l'auteur passe  une autre ide, et que, sans nanmoins entamer un
chapitre nouveau, il veut sparer ce qu'il va dire de ce qu'il vient de
terminer plus nettement que par un simple alina.

Toute cette partie matrielle est irrprochable. Mais l'diteur nous
parat avoir recul devant les soins que demandait une amlioration bien
autrement importante, Quand La Bruyre publia, en 1688, la premire
dition de son livre, il l'intitula les _Caractres de Thophraste,
parce qu'en effet la traduction du moraliste grec formait la plus grande
et la premire partie du volume, et il ajouta _avec les Caractres ou
les Moeurs de ce Sicle, parce, qu' la suite de sa traduction, qui
occupait la plus belle et la plus large place, il glissa timidement une
addition peu en vue, o, auteur inconnu et homme du monde encore peu
rpandu, il esquissait quelques-uns des rares caractres qu'il avait pu
tudie jusque-l. Mais bientt un plus grand nombre d'originaux
passrent sous ses yeux; bientt surtout les attaques dont il devint
l'objet chauffrent sa verve, et, d'dition en dition, de la seconde 
la neuvime, on peut tablir la progression du ses observations et de la
vivacit de ses traits. Voil ce qu'il et t curieux pour le lecteur
de lui montrer; voil ce qu'il aurait fallu le mettre  mme de suivre,
en indiquant par des notes au bas des pages, ou par un chiffre grav sur
le fond noir de la patte de mouche, le numro de l'dition dans laquelle
parurent les additions successives.

Elles devinrent bientt assez nombreuses et assez importantes pour que
le moraliste franais n'et plus besoin d'introducteur auprs du
lecteur, et pour que Thophraste se trouvt relgu au second plan.

S'il reste encore  se livrer  ce travail pour donner une dition
compltement satisfaisante de La Bruyre, celui qui voudrait en publier
une dfinitive aurait  entreprendre de bien autres recherches pour
recueillir des dtails biographiques sur l'auteur. Ce ne serait pas les
dictionnaires historiques qu'il lui faudrait feuilleter; car, 
commencer par la _Biographie universelle, ils ne consacrent  La
Bruyre que quelques lignes dont chacune renferme au moins une erreur.
L'auteur de la plus ingnieuse notice sur lui, M. Sainte-Beuve, a dit:
On ne sait rien ou presque rien sur La Bruyre... S'il n'y a pas une
seule ligne de son livre unique qui, depuis le premier instant de la
publication, ne soit venue et reste en lumire, il n'y a pas, en
revanche, un dtail particulier de l'auteur qui soit bien connu. Tout le
rayon du sicle est tomb juste sur chaque page du livre, et le visage
de l'homme qui le tenait ouvert  la main s'est drob. Pour
entreprendre des recherches avec quelques chances de rsultat, il
faudrait donc compter plus sur les documents manuscrits que sur les
livres imprims; mais rien ne serait  ngliger, car une erreur dont ou
arrive  trouver l'explication vous met la voie de la vrit. La notice
qui est en tte du nouveau volume ne renferme absolument rien de
nouveau, et se tait sur des circonstances que nous ont fait connatre
des recherches que nous n'avons cependant pas pousses trs-loin.

La _Revue rtrospective avait signal une lettre non recueillie de La
Bruyre au comte de Bussy, imprime dans la correspondance de celui-ci,
 la date du 9 dcembre 1691; le nouvel diteur ne l'a point omise cette
fois, mais il a nglig de faire ressortir les points biographiques et
d'histoire littraire qu'elle peut servir  mettre en lumire. La
Bruyre y remercie le comte de Bussy des efforts obligeants, mais vains
nanmoins, qu'il a tents pour le faire entrer  l'Acadmie franaise.
Les altesses  qui je suis, dit le pensionnaire de l'htel de Cond,
seront informes de tout ce que vous avez fait pour moi, monsieur. Les
sept voix qui ont t pour moi, je ne les ai pas mendies, elles sont
gratuites; mais il y a quelque chose  la vtre qui me flatte plus
sensiblement que les autres. En se reportant  la chronologie
historique de l'Acadmie franaise, on voit que cette compagnie perdit
Benserade le 19 octobre, 1691; c'tait donc lui qu'il s'agissait de
remplacer, et un passage de l'loge de Pavillon, son successeur, par
l'abb Tallement, nous fait connatre comment Pavillon l'emporta sur ses
concurrents qu'il ne nomme pas. Je n'oublierai pas ici la manire
extraordinaire et nouvelle dont il fut mis  l'Acadmie franaise. Je
lui avais souvent dit qu'une place dans cette clbre compagnie lui
convenait extrmement, surtout puisqu'il n'tait gure occup. Mais sa
modestie le retenait, et les sollicitations qu'il croyait ncessaires
l'en avaient toujours dtourn. L'Acadmie se trouva balance entre deux
personnes qui partageaient les voix, et formaient deux partis qu'on ne
pouvait accorder. Je ne sais par quel instinct il me vint dans l'esprit
de parler de M. Pavillon; mais, des que je l'eus nomm, il se fit un
applaudissement gnral. On abandonna les deux partis auxquels on
paraissait si attach, et tout se runit en un moment en faveur d'un
mrite qui parut suprieur  tout autre. Cette lection peu usite
tonna tout le monde, et M. Pavillon,  qui j'en portai la nouvelle, en
fut lui-mme dans une, surprise qui n'est pas croyable; mais, vaincu par
la manire obligeante d'un tel choix, il fut trs-sensible  l'honneur
qu'il en recevait, et son remerciement fit connatre avec clat et la
grandeur de sa reconnaissance et la justice d'une si singulire
lection. Pavillon fut reu le 17 dcembre 1694 En rapprochant cette
date de celle de la lettre de La Bruyre, on voit que cette
qualification de _singulire est bien la plus honnte que cette
nomination puisse recevoir, et que c'est, sans doute aucun, l'auteur des
_Caractres qui fut un des deux candidats auxquels Pavillon fut prfr
tout d'une voix, comme d'un mrite _suprieur  tout autre.

En poursuivant ces rapprochements, on pourrait montrer plus tard La
Bruyre tirant vengeance, non pas de cette prfrence injuste, mais de
mauvais procds qui en furent comme le complment. Ce ne fut que deux
ans aprs qu'il fut admis  prendre seance  l'Acadmie. De nombreuses
cabales avaient fait diffrer jusque-l cet acte de justice, et elles
seraient parvenues  en obtenir encore l'ajournement, si son concurrent,
Pelisson, n'et eu la dlicatesse de se retirer devant lui au moment
mme de l'election. Le discours de rception du nouvel lu fut l'objet
des plus violentes attaques, et La Bruyre, en les repoussant dans la
prface de ce morceau avec le mpris qu'elles lui inspiraient si
lgitimement, dit qu'elles taient diriges en secret par des
acadmiciens. Il faut les nommer, dit-il: ce sont des potes. Mais
quels potes!... Des faiseurs de stances et d'lgies amoureuses; de ces
beaux esprits qui tournent un sonnet sur une absence ou sur un retour,
qui tout une pigramme sur une belle gorge, un madrigal sur une
jouissance. Ne faut-il pas voir l une dsignation assez claire de ces
mmes Pavillon et Tallement, qui vous traaient le _Portrait du pur
Amour, et vous rdigeaient une _Gazette galante, date _De l'Ile des
Passions, ce 1er du Mois d'Inclination.

Il existe dans la collection d'autographes de M. Moumerque une lettre
adresse  l'abb Bossuet, neveu de l'vque de Meaux,  la date du 21
mai 1696, dans laquelle se trouvent des dtails sur la mort de La
Bruyre, dont on ignorait jusqu' la date certaine, et sur laquelle
l'abb d'Olivet n'avait recueilli et n'a donn que des renseignements
fort peu exacts.

... Je viens  regret  la triste nouvelle du pauvre M. de La Bruyre
que nous perdmes le jeudi 10 de ce mois, par une apoplexie, en deux ou
trois heures,  Versailles. J'avais soup avec lui le mardi; il tait
gai et ne s'tait jamais mieux port. Le mercredi et le jeudi mme,
jusqu' neuf heures du soir, se passrent en visites; il soupa avec
apptit, et, tout d'un coup, il perdit la parole; sa bouche se tourna,
M. Fagon, M. Foelix et tous les mdecins de la cour vinrent  son
secours. Il montrait sa tte comme le sige de son mal; il eut quelque
connaissance. Saigne, mtiques, lavement de tabac, rien n'y fit; il
fut assist jusqu' la fin de M. Gaon, que M. Fagon y laissa, et d'un
aumnier de M. le prince. Il m'avait fait boire  votre sant deux jours
auparavant; il m'avait lu des _Dialogues qu'il avait faits _sur le
Quitisme, non pas  l'imitation des _Lettres provinciales, car il
tait toujours original, mais des dialogues de sa faon. Il disait que
vous seriez bien tonn quand vous le verriez  Rome; enfin il parlait
toujours de coeur. C'est une perte pour nous tous: nous le regrettons
sensiblement.

L'auteur de cette lettre et t plus exact en donnant la date du 11 
la mort de La Bruyre, qui en effet fut frapp le 10 au soir, mais ne
mourut qu'aprs minuit, ainsi que le prouve son acte de dcs, sur la
trace duquel ces renseignements prcis mettaient naturellement. Le
voici: _Extrait du registre des actes de dcs de la paroisse
Notre-Dame de Versailles. Ce douzime de mai mil six cent
quatre-vingt-seize, Jean La Bruyre, cuyer, gentilhomme de monseigneur
le duc, g de cinquante ans ou environ, est dcd  l'htel de Cond,
le onzime du mois et auque dessus, et inhum le lendemain dans la
vieille glise de la paroisse, par moi soussign, prtre de la mission,
faisant les fonctions curiales, en prsence de Robert-Pierre de La
Bruyre, son frre, et de M Charles Laboreys de Bosbze, aumnier de son
altesse la Duchesse, qui ont sign, et de M. Huguet, concierge de
l'htel de Cond, qui ont signe.

Ce dernier document prouve que jusqu'ici les biographes de La Bruyre,
qui ont tant vari sur la date de sa naissance, et qui se sont trouvs
d'accord sur la date assigne par eux  sa mort, n'ont pas plus
rencontr la vrit dans leurs contradictions que dans leur unanimit,
mais il est vident surtout, par les rsultats auxquels nous ont fait
arriver des recherches qui n'ont t ni bien nombreuses ni bien
persvrantes, que si un diteur de La Bruyre avait  coeur de remplir
compltement sa mission, il parviendrait, avec un peu de suite dans ses
efforts,  nous tracer la vie ignore de l'auteur des _Caractres.

T.

_Des Tendances pacifiques de la Socit europenne, et du Rle des
Armes dans l'Avenir; par le capitaine Ferdinand Durand. Deuxime
dition, augmente d'une nouvelle prface. 1 vol. in-8.--Paris, 1844.
_Dumaine. 6 fr.

La dissertation de M. Ferdinand Durand, intitule: _Des Tendances
pacifiques de la Socit, europenne, et du Rle des Armes dans
l'avenir, a paru pour la premire fois en 1841: elle est rimprime
telle qu'elle avait t publie  cette poque. Fidle  la devise de
_l'Illustration, l'actualit, nous ne nous occuperons donc, en
annonant cette seconde dition, que de sa partie vraiment nouvelle,
c'est--dire de sa prface.

M. Ferdinand Durand dfend son livre contre les attaques auxquelles il a
t expos. C'est  tort qu'on l'a accus de vouloir tuer l'esprit
militaire; on lui fait trop d'honneur, en vrit. Ce qui tue l'esprit de
la guerre en France, c'est le progrs des sciences politiques et
sociales, c'est l'industrie et le commerce. Ne doit-on pas s'en
fliciter? Est-il une pense plus consolante pour l'homme que celle qui
lui montre la vie terrestre comme une marche incessante vers un tat
meilleur, vers un tat de paix et d'association?

De ce fait dcoule naturellement une importante question d'conomie
politique. Les armes permanentes peuvent-elles rester toujours ce
qu'elles sont actuellement, trs-nombreuses ou exclusivement organises
pour combattre? La raison publique, l'intrt des nations, rpondent
non. Cependant les gouvernements croient encore  la ncessit de se
tenir prts  se faire la guerre, bien que les nations dsirent
conserver la paix. Ne devrait-on pas, pour ddommager les nations, pour
mettre d'accord leurs intrts et les restes de vellits guerrires des
gouvernants, utiliser les loisirs des annes en les consacrant 
l'excution de grands travaux civils?

Telle est l'opinion de M. Ferdinand Durand. D'aprs des calculs qu'il
croit plutt au-dessous de la vrit qu'au-dessus, l'Europe a dpens,
depuis 1830 seulement, pour l'entretien de ses armes et du ses flottes
de guerre, la somme de 25 milliards de francs Avec cette norme masse
d'or, dit-il, on aurait sillonn l'Europe de chemins de fer et de
canaux; on aurait amlior le lit de tous les fleuves, rebois les
hauteurs, dfrich toutes les terres incultes, assaini les marais,
embelli nos villes, etc... On aurait ouvert ainsi aux nations des
Sources immenses de nouvelles richesses, et, par consquent, de
bien-tre. Que reste-t-il aujourd'hui de ces 23 milliards consacrs 
des provisions de guerre, qui moisissent ou se rouillent dans nos
magasins, dans nos arsenaux, et dont l'entretien cote encore
trs-cher?

Aprs avoir rfut les principales objections de ses adversaires contre
l'emploi de l'arme dans les grands travaux publiques, M. Ferdinand
Durand passe rapidement en revue tout ce qui manque  la France sous le
rapport matriel, tout ce qu'il lui faudrait encore de travaux pour que
la misre, source de tant de crimes, ne ronget plus hrditairement le
quart de sa population, pour qui les maladies endmiques ou pidmiques
ne vinssent plus priodiquement la dcimer, pour que les inondations ou
les scheresses ne dtruisissent plus chaque anne une partie de ses
rcoltes; et enfin, pour que les habitants du beau pays de France, dont
la prosprit est proclame si hautement par quelques heureux du sicle,
pussent, non pas jouir d'un bien-tre complet, mais seulement recevoir
leur pain quotidien. Les travaux innombrables touchent  tous les
points du sol; ce sont: l'achvement des routes royales,
dpartementales, vicinales; l'achvement de nos lignes de navigation, la
cration d'un systme de canaux d'irrigation; le reboisement du sol,
l'excution des chemins de fer, le dfrichement des landes,
l'assainissement des villes, etc., etc.

M. Ferdinand Durand a eu raison de le dire au dbut de son introduction,
une ide nouvelle, offrit-elle dans sa ralisation les avantages les
plus positifs, les plus grands, n'est jamais adopte qu'aprs de longues
discussions et de vives rsistances;  sa naissance, elle est toujours
accueillie avec une dfiance presque gnrale, et quelquefois avec un
mprisant ddain. Les masses populaires, les hommes clairs eux-mmes,
la repoussent sans prendre souvent la peine de l'examiner. La postrit
aura-t-elle  nous reprocher aussi l'aveuglement routinier qui entrava
si longtemps la marche du progrs? Comme dans un pass plein d'ignorance
et de superstition, attachons-nous sur le rocher, les Promthes
nouveaux? N'aurions-nous jamais que la cigu pour les Socrate? que la
croix pour les Jsus de l'avenir? La prison s'ouvrira-t-elle encore pour
les Roger Bacon et les Galile? la misre sera-t-elle toujours le lit de
Kepler? les sarcasmes et les quolibets, celui des Saint-Simon et des
Fourier? N'est-il pas temps enfin que nous, si fiers de nos lumires, si
vains de notre civilisation, bien imparfaite encore cependant, nous
brisions ce lit de Procuste o nous voulons tout mesurer, hommes et
choses?

_La Cigu, comdie en deux actes et en vers; par M. mile
Algier.--Paris, 1844. _Furne. 1 vol. in-18. 1 fr. 50.

_La Cigu a paru cette semaine  la librairie Furne dans le mme format
que _Lucrce. L'Illustration a dj analys et lou (page 179 de ce
volume) la spirituelle comdie du petit-fils de Pigault Lebrun. Nous n'y
reviendrons pas aujourd'hui. Constatons seulement que M mile Augier a
obtenu, connue M. Ponsard, autant de succs  la lecture qu' la
reprsentation. Cette charmante dition de _la Cigu a sa place marque
sur les tables de tous les salons de Paris et de la province. Les gens
de got et d'esprit, qui ne peuvent aller  l'Odon, prouveront un vif
plaisir  s'assurer par eux-mmes que les loges de la presse parisienne
n'ont point t exagrs, et que ce brillant dbut promet  la France ce
qu'elle attend et ce qu'elle espre en vain depuis si longtemps: un
pote comique.

_Rponse  la Note sur l'tat des forces navales de la France, suivie
de quelques considrations sur la marine et le commerce; par M. G. de la
Landelle, ancien officier de marine.--Paris, 1844.

La premire partie de cette brochure est une rponse  la Note du prince
de Joinville, sur _l'tat des forces navales de la France. M. G. de la
Landelle rsume ainsi lui-mme la discussion  laquelle il se livre:

En cas de collision navale, la guerre d'agression, la course semble tre
le voeu de l'auteur de la _Note._

Il voudrait appliquer  ce systme la marine  vapeur, dont il demande
l'extension sur une vaste chelle.

Jusque-l, nous avons compltement partag ses opinions fondamentales.

Mais dans le dessein d'atteindre un but louable, il rduirait la flotte
 voiles  des proportions exigus, il supprimerait en quelque sorte les
vaisseaux de ligne.

Nous ne pensons pas qu'il convienne de se priver si prmaturment de
cette arme dfensive, qui devrait constituer notre corps de rserve
jusqu' ce que l'exprience d'une guerre ait dcidment tranch la
question de sa plus ou moins grande utilit.

Enfin, l'auteur de la _Note veut, au moyen de croisires de frgates,
obtenir la rduction de nos petits btiments stationns sur les rades
trangres.

Ici, nous accepterions comme un bienfait les croisires vigilantes qu'il
demande, mais en regardant la suppression des bricks et corvettes comme
une grande imprudence et un vritable malheur.

Dans les considrations sur la marine et le commerce qui suivent la
_Rponse, M. de la Landelle signale une foule de plaies honteuses,
saignantes, qu'il ne nous est pas permis de montrer ici. Il a cru faire
oeuvre de bon citoyen en parlant haut et en ne dguisant rien de ce
qu'il savait.

_Les Lois nouvelles annotes; par MM. Loiseau et Ch. Verg, avocats 
la Cour Royale.--En vente: _la Loi sur la Chasse, 75 c.; _la Loi sur
les Patentes, 75. c.--4 fr. par an, toutes les les lois de l'anne; rue
des Maons-Sorbonne, 11.

Faire connatre et surtout faire comprendre les lois nouvelles, en
rpandre la lettre, en expliquer l'esprit, tel est le double but de
cette publication. A dater de la session de 1844, _les lois nouvelles
annotes paratront en volumes spares, au moment mme de leur
insertion au _Bulletin des Lois. Une introduction historique, un
commentaire, des notes explicatives, l'analyse des exposs des motifs,
rapports et discussions parlementaires, la doctrine des auteurs, la
jurisprudence, les nouvelles circulaires et les instructions
ministrielles, accompagneront toujours le texte de chaque loi.

Aucuns jurisconsultes n'taient plus capables de bien diriger cette
utile entreprise que ces deux jeunes avocats qui rdigent avec tant de
talent et de succs, sons la direction de M. Mignet, le compte rendu
mensuel des sances et travaux de l'Acadmie des sciences morales et
politiques.

Mmoires de la Socit royale d'mulation d'Abbeville. 1841, 1842, et
1843.--Abbeville.

La Socit royale d'mulation d'Abbeville vient de publier en un fort
volume in-8 les principaux rsultats de ses travaux pendant les annes
1841, 1842 et 1843. Parmi les articles dont se compose ce recueil, nous
avons remarqu une longue dissertation sur _l'ducation du pauvre, par
M. Boucher de Perthes, prsident de la socit; la _Stnographie
musicale, ou mthode simplifie pour l'enseignement, la lecture et
l'criture de la musique et du plain-chant, par M. de Rambures; des
_recherches archologiques sur le Crotoy, par M. A. Labourt, et des
_vers de M. Pougerville. La Socit royale d'mulation d'Abbeville
continue  se maintenir au rang o elle s'est place parmi toutes les
socits de ce genre dont s'honore la France.



[Illustration: Modes.--Calche  grandes guides.]



[Illustration: tude de moeurs.--Dcidment, je ne suis pas dans une
belle position]



Rbus.

EXPLICATION DU DERNIER RBUS,

L'homme entran par une femme lgante et coquette aura beau faire, il
tombera dans le pige.

[Illustration: Nouveau rbus.]














End of Project Gutenberg's L'Illustration, No. 0067, 8 Juin 1844, by Various

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lieu of a refund. If you received the work electronically, the person
or entity providing it to you may choose to give you a second
opportunity to receive the work electronically in lieu of a refund. If
the second copy is also defective, you may demand a refund in writing
without further opportunities to fix the problem.

1.F.4. Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS', WITH NO
OTHER WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT
LIMITED TO WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5. Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of
damages. If any disclaimer or limitation set forth in this agreement
violates the law of the state applicable to this agreement, the
agreement shall be interpreted to make the maximum disclaimer or
limitation permitted by the applicable state law. The invalidity or
unenforceability of any provision of this agreement shall not void the
remaining provisions.

1.F.6. INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in
accordance with this agreement, and any volunteers associated with the
production, promotion and distribution of Project Gutenberg-tm
electronic works, harmless from all liability, costs and expenses,
including legal fees, that arise directly or indirectly from any of
the following which you do or cause to occur: (a) distribution of this
or any Project Gutenberg-tm work, (b) alteration, modification, or
additions or deletions to any Project Gutenberg-tm work, and (c) any
Defect you cause.

Section 2. Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of
computers including obsolete, old, middle-aged and new computers. It
exists because of the efforts of hundreds of volunteers and donations
from people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come. In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future
generations. To learn more about the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation and how your efforts and donations can help, see
Sections 3 and 4 and the Foundation information page at
www.gutenberg.org Section 3. Information about the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service. The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541. Contributions to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation are tax deductible to the full extent permitted by
U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is in Fairbanks, Alaska, with the
mailing address: PO Box 750175, Fairbanks, AK 99775, but its
volunteers and employees are scattered throughout numerous
locations. Its business office is located at 809 North 1500 West, Salt
Lake City, UT 84116, (801) 596-1887. Email contact links and up to
date contact information can be found at the Foundation's web site and
official page at www.gutenberg.org/contact

For additional contact information:

    Dr. Gregory B. Newby
    Chief Executive and Director
    gbnewby@pglaf.org

Section 4. Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment. Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States. Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements. We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance. To SEND
DONATIONS or determine the status of compliance for any particular
state visit www.gutenberg.org/donate

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
against accepting unsolicited donations from donors in such states who
approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States. U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses. Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations. To
donate, please visit: www.gutenberg.org/donate

Section 5. General Information About Project Gutenberg-tm electronic works.

Professor Michael S. Hart was the originator of the Project
Gutenberg-tm concept of a library of electronic works that could be
freely shared with anyone. For forty years, he produced and
distributed Project Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of
volunteer support.

Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as not protected by copyright in
the U.S. unless a copyright notice is included. Thus, we do not
necessarily keep eBooks in compliance with any particular paper
edition.

Most people start at our Web site which has the main PG search
facility: www.gutenberg.org

This Web site includes information about Project Gutenberg-tm,
including how to make donations to the Project Gutenberg Literary
Archive Foundation, how to help produce our new eBooks, and how to
subscribe to our email newsletter to hear about new eBooks.


Updated editions will replace the previous one--the old editions
will be renamed.

Creating the works from public domain print editions means that no
one owns a United States copyright in these works, so the Foundation
(and you!) can copy and distribute it in the United States without
permission and without paying copyright royalties.  Special rules,
set forth in the General Terms of Use part of this license, apply to
copying and distributing Project Gutenberg-tm electronic works to
protect the PROJECT GUTENBERG-tm concept and trademark.  Project
Gutenberg is a registered trademark, and may not be used if you
charge for the eBooks, unless you receive specific permission.  If you
do not charge anything for copies of this eBook, complying with the
rules is very easy.  You may use this eBook for nearly any purpose
such as creation of derivative works, reports, performances and
research.  They may be modified and printed and given away--you may do
practically ANYTHING with public domain eBooks.  Redistribution is
subject to the trademark license, especially commercial
redistribution.



*** START: FULL LICENSE ***

THE FULL PROJECT GUTENBERG LICENSE
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To protect the Project Gutenberg-tm mission of promoting the free
distribution of electronic works, by using or distributing this work
(or any other work associated in any way with the phrase "Project
Gutenberg"), you agree to comply with all the terms of the Full Project
Gutenberg-tm License (available with this file or online at
http://gutenberg.org/license).


Section 1.  General Terms of Use and Redistributing Project Gutenberg-tm
electronic works

1.A.  By reading or using any part of this Project Gutenberg-tm
electronic work, you indicate that you have read, understand, agree to
and accept all the terms of this license and intellectual property
(trademark/copyright) agreement.  If you do not agree to abide by all
the terms of this agreement, you must cease using and return or destroy
all copies of Project Gutenberg-tm electronic works in your possession.
If you paid a fee for obtaining a copy of or access to a Project
Gutenberg-tm electronic work and you do not agree to be bound by the
terms of this agreement, you may obtain a refund from the person or
entity to whom you paid the fee as set forth in paragraph 1.E.8.

1.B.  "Project Gutenberg" is a registered trademark.  It may only be
used on or associated in any way with an electronic work by people who
agree to be bound by the terms of this agreement.  There are a few
things that you can do with most Project Gutenberg-tm electronic works
even without complying with the full terms of this agreement.  See
paragraph 1.C below.  There are a lot of things you can do with Project
Gutenberg-tm electronic works if you follow the terms of this agreement
and help preserve free future access to Project Gutenberg-tm electronic
works.  See paragraph 1.E below.

1.C.  The Project Gutenberg Literary Archive Foundation ("the Foundation"
or PGLAF), owns a compilation copyright in the collection of Project
Gutenberg-tm electronic works.  Nearly all the individual works in the
collection are in the public domain in the United States.  If an
individual work is in the public domain in the United States and you are
located in the United States, we do not claim a right to prevent you from
copying, distributing, performing, displaying or creating derivative
works based on the work as long as all references to Project Gutenberg
are removed.  Of course, we hope that you will support the Project
Gutenberg-tm mission of promoting free access to electronic works by
freely sharing Project Gutenberg-tm works in compliance with the terms of
this agreement for keeping the Project Gutenberg-tm name associated with
the work.  You can easily comply with the terms of this agreement by
keeping this work in the same format with its attached full Project
Gutenberg-tm License when you share it without charge with others.

1.D.  The copyright laws of the place where you are located also govern
what you can do with this work.  Copyright laws in most countries are in
a constant state of change.  If you are outside the United States, check
the laws of your country in addition to the terms of this agreement
before downloading, copying, displaying, performing, distributing or
creating derivative works based on this work or any other Project
Gutenberg-tm work.  The Foundation makes no representations concerning
the copyright status of any work in any country outside the United
States.

1.E.  Unless you have removed all references to Project Gutenberg:

1.E.1.  The following sentence, with active links to, or other immediate
access to, the full Project Gutenberg-tm License must appear prominently
whenever any copy of a Project Gutenberg-tm work (any work on which the
phrase "Project Gutenberg" appears, or with which the phrase "Project
Gutenberg" is associated) is accessed, displayed, performed, viewed,
copied or distributed:

This eBook is for the use of anyone anywhere at no cost and with
almost no restrictions whatsoever.  You may copy it, give it away or
re-use it under the terms of the Project Gutenberg License included
with this eBook or online at www.gutenberg.org/license

1.E.2.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is derived
from the public domain (does not contain a notice indicating that it is
posted with permission of the copyright holder), the work can be copied
and distributed to anyone in the United States without paying any fees
or charges.  If you are redistributing or providing access to a work
with the phrase "Project Gutenberg" associated with or appearing on the
work, you must comply either with the requirements of paragraphs 1.E.1
through 1.E.7 or obtain permission for the use of the work and the
Project Gutenberg-tm trademark as set forth in paragraphs 1.E.8 or
1.E.9.

1.E.3.  If an individual Project Gutenberg-tm electronic work is posted
with the permission of the copyright holder, your use and distribution
must comply with both paragraphs 1.E.1 through 1.E.7 and any additional
terms imposed by the copyright holder.  Additional terms will be linked
to the Project Gutenberg-tm License for all works posted with the
permission of the copyright holder found at the beginning of this work.

1.E.4.  Do not unlink or detach or remove the full Project Gutenberg-tm
License terms from this work, or any files containing a part of this
work or any other work associated with Project Gutenberg-tm.

1.E.5.  Do not copy, display, perform, distribute or redistribute this
electronic work, or any part of this electronic work, without
prominently displaying the sentence set forth in paragraph 1.E.1 with
active links or immediate access to the full terms of the Project
Gutenberg-tm License.

1.E.6.  You may convert to and distribute this work in any binary,
compressed, marked up, nonproprietary or proprietary form, including any
word processing or hypertext form.  However, if you provide access to or
distribute copies of a Project Gutenberg-tm work in a format other than
"Plain Vanilla ASCII" or other format used in the official version
posted on the official Project Gutenberg-tm web site (www.gutenberg.org),
you must, at no additional cost, fee or expense to the user, provide a
copy, a means of exporting a copy, or a means of obtaining a copy upon
request, of the work in its original "Plain Vanilla ASCII" or other
form.  Any alternate format must include the full Project Gutenberg-tm
License as specified in paragraph 1.E.1.

1.E.7.  Do not charge a fee for access to, viewing, displaying,
performing, copying or distributing any Project Gutenberg-tm works
unless you comply with paragraph 1.E.8 or 1.E.9.

1.E.8.  You may charge a reasonable fee for copies of or providing
access to or distributing Project Gutenberg-tm electronic works provided
that

- You pay a royalty fee of 20% of the gross profits you derive from
     the use of Project Gutenberg-tm works calculated using the method
     you already use to calculate your applicable taxes.  The fee is
     owed to the owner of the Project Gutenberg-tm trademark, but he
     has agreed to donate royalties under this paragraph to the
     Project Gutenberg Literary Archive Foundation.  Royalty payments
     must be paid within 60 days following each date on which you
     prepare (or are legally required to prepare) your periodic tax
     returns.  Royalty payments should be clearly marked as such and
     sent to the Project Gutenberg Literary Archive Foundation at the
     address specified in Section 4, "Information about donations to
     the Project Gutenberg Literary Archive Foundation."

- You provide a full refund of any money paid by a user who notifies
     you in writing (or by e-mail) within 30 days of receipt that s/he
     does not agree to the terms of the full Project Gutenberg-tm
     License.  You must require such a user to return or
     destroy all copies of the works possessed in a physical medium
     and discontinue all use of and all access to other copies of
     Project Gutenberg-tm works.

- You provide, in accordance with paragraph 1.F.3, a full refund of any
     money paid for a work or a replacement copy, if a defect in the
     electronic work is discovered and reported to you within 90 days
     of receipt of the work.

- You comply with all other terms of this agreement for free
     distribution of Project Gutenberg-tm works.

1.E.9.  If you wish to charge a fee or distribute a Project Gutenberg-tm
electronic work or group of works on different terms than are set
forth in this agreement, you must obtain permission in writing from
both the Project Gutenberg Literary Archive Foundation and Michael
Hart, the owner of the Project Gutenberg-tm trademark.  Contact the
Foundation as set forth in Section 3 below.

1.F.

1.F.1.  Project Gutenberg volunteers and employees expend considerable
effort to identify, do copyright research on, transcribe and proofread
public domain works in creating the Project Gutenberg-tm
collection.  Despite these efforts, Project Gutenberg-tm electronic
works, and the medium on which they may be stored, may contain
"Defects," such as, but not limited to, incomplete, inaccurate or
corrupt data, transcription errors, a copyright or other intellectual
property infringement, a defective or damaged disk or other medium, a
computer virus, or computer codes that damage or cannot be read by
your equipment.

1.F.2.  LIMITED WARRANTY, DISCLAIMER OF DAMAGES - Except for the "Right
of Replacement or Refund" described in paragraph 1.F.3, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation, the owner of the Project
Gutenberg-tm trademark, and any other party distributing a Project
Gutenberg-tm electronic work under this agreement, disclaim all
liability to you for damages, costs and expenses, including legal
fees.  YOU AGREE THAT YOU HAVE NO REMEDIES FOR NEGLIGENCE, STRICT
LIABILITY, BREACH OF WARRANTY OR BREACH OF CONTRACT EXCEPT THOSE
PROVIDED IN PARAGRAPH 1.F.3.  YOU AGREE THAT THE FOUNDATION, THE
TRADEMARK OWNER, AND ANY DISTRIBUTOR UNDER THIS AGREEMENT WILL NOT BE
LIABLE TO YOU FOR ACTUAL, DIRECT, INDIRECT, CONSEQUENTIAL, PUNITIVE OR
INCIDENTAL DAMAGES EVEN IF YOU GIVE NOTICE OF THE POSSIBILITY OF SUCH
DAMAGE.

1.F.3.  LIMITED RIGHT OF REPLACEMENT OR REFUND - If you discover a
defect in this electronic work within 90 days of receiving it, you can
receive a refund of the money (if any) you paid for it by sending a
written explanation to the person you received the work from.  If you
received the work on a physical medium, you must return the medium with
your written explanation.  The person or entity that provided you with
the defective work may elect to provide a replacement copy in lieu of a
refund.  If you received the work electronically, the person or entity
providing it to you may choose to give you a second opportunity to
receive the work electronically in lieu of a refund.  If the second copy
is also defective, you may demand a refund in writing without further
opportunities to fix the problem.

1.F.4.  Except for the limited right of replacement or refund set forth
in paragraph 1.F.3, this work is provided to you 'AS-IS' WITH NO OTHER
WARRANTIES OF ANY KIND, EXPRESS OR IMPLIED, INCLUDING BUT NOT LIMITED TO
WARRANTIES OF MERCHANTABILITY OR FITNESS FOR ANY PURPOSE.

1.F.5.  Some states do not allow disclaimers of certain implied
warranties or the exclusion or limitation of certain types of damages.
If any disclaimer or limitation set forth in this agreement violates the
law of the state applicable to this agreement, the agreement shall be
interpreted to make the maximum disclaimer or limitation permitted by
the applicable state law.  The invalidity or unenforceability of any
provision of this agreement shall not void the remaining provisions.

1.F.6.  INDEMNITY - You agree to indemnify and hold the Foundation, the
trademark owner, any agent or employee of the Foundation, anyone
providing copies of Project Gutenberg-tm electronic works in accordance
with this agreement, and any volunteers associated with the production,
promotion and distribution of Project Gutenberg-tm electronic works,
harmless from all liability, costs and expenses, including legal fees,
that arise directly or indirectly from any of the following which you do
or cause to occur: (a) distribution of this or any Project Gutenberg-tm
work, (b) alteration, modification, or additions or deletions to any
Project Gutenberg-tm work, and (c) any Defect you cause.


Section  2.  Information about the Mission of Project Gutenberg-tm

Project Gutenberg-tm is synonymous with the free distribution of
electronic works in formats readable by the widest variety of computers
including obsolete, old, middle-aged and new computers.  It exists
because of the efforts of hundreds of volunteers and donations from
people in all walks of life.

Volunteers and financial support to provide volunteers with the
assistance they need, are critical to reaching Project Gutenberg-tm's
goals and ensuring that the Project Gutenberg-tm collection will
remain freely available for generations to come.  In 2001, the Project
Gutenberg Literary Archive Foundation was created to provide a secure
and permanent future for Project Gutenberg-tm and future generations.
To learn more about the Project Gutenberg Literary Archive Foundation
and how your efforts and donations can help, see Sections 3 and 4
and the Foundation web page at http://www.pglaf.org.


Section 3.  Information about the Project Gutenberg Literary Archive
Foundation

The Project Gutenberg Literary Archive Foundation is a non profit
501(c)(3) educational corporation organized under the laws of the
state of Mississippi and granted tax exempt status by the Internal
Revenue Service.  The Foundation's EIN or federal tax identification
number is 64-6221541.  Its 501(c)(3) letter is posted at
http://pglaf.org/fundraising.  Contributions to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation are tax deductible to the full extent
permitted by U.S. federal laws and your state's laws.

The Foundation's principal office is located at 4557 Melan Dr. S.
Fairbanks, AK, 99712., but its volunteers and employees are scattered
throughout numerous locations.  Its business office is located at
809 North 1500 West, Salt Lake City, UT 84116, (801) 596-1887, email
business@pglaf.org.  Email contact links and up to date contact
information can be found at the Foundation's web site and official
page at http://pglaf.org

For additional contact information:
     Dr. Gregory B. Newby
     Chief Executive and Director
     gbnewby@pglaf.org


Section 4.  Information about Donations to the Project Gutenberg
Literary Archive Foundation

Project Gutenberg-tm depends upon and cannot survive without wide
spread public support and donations to carry out its mission of
increasing the number of public domain and licensed works that can be
freely distributed in machine readable form accessible by the widest
array of equipment including outdated equipment.  Many small donations
($1 to $5,000) are particularly important to maintaining tax exempt
status with the IRS.

The Foundation is committed to complying with the laws regulating
charities and charitable donations in all 50 states of the United
States.  Compliance requirements are not uniform and it takes a
considerable effort, much paperwork and many fees to meet and keep up
with these requirements.  We do not solicit donations in locations
where we have not received written confirmation of compliance.  To
SEND DONATIONS or determine the status of compliance for any
particular state visit http://pglaf.org

While we cannot and do not solicit contributions from states where we
have not met the solicitation requirements, we know of no prohibition
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approach us with offers to donate.

International donations are gratefully accepted, but we cannot make
any statements concerning tax treatment of donations received from
outside the United States.  U.S. laws alone swamp our small staff.

Please check the Project Gutenberg Web pages for current donation
methods and addresses.  Donations are accepted in a number of other
ways including checks, online payments and credit card donations.
To donate, please visit: http://pglaf.org/donate


Section 5.  General Information About Project Gutenberg-tm electronic
works.

Professor Michael S. Hart is the originator of the Project Gutenberg-tm
concept of a library of electronic works that could be freely shared
with anyone.  For thirty years, he produced and distributed Project
Gutenberg-tm eBooks with only a loose network of volunteer support.


Project Gutenberg-tm eBooks are often created from several printed
editions, all of which are confirmed as Public Domain in the U.S.
unless a copyright notice is included.  Thus, we do not necessarily
keep eBooks in compliance with any particular paper edition.


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